SVP nourrir les animaux


Stefan St-Laurent


1er janvier au 28 février 2021


Résidence à domicile
Conférence virtuelle sur Zoom — le 11 mars 2021, à 17h


En 2014, l’artiste Stefan St-Laurent a produit un corpus d’œuvres pour une exposition intitulée S.v.p. nourrir les animaux, qui fût présentée à AXENÉO7. Ses questionnements persistent toujours: est-ce possible d’intervenir d’une façon éthique dans le monde animal, sans rien prendre en retour ? 

En 1973, le psychologue britannique Richard D. Ryder a inventé le terme « spécisme » pour décrire la discrimination très répandue qui est pratiquée par les humains à l’égard des autres espèces; depuis ce temps, nous avons élaboré des expressions intéressantes pour décrire notre rapport actuel au monde animal : suprématie humaine, anthrocentrisme, et centralisme humain. Certains d’entre nous anthropomorphisent les animaux pour rétablir un lien avec eux; à travers ce jeu narcissique, nous avons perdu de vue notre propre animalité en projetant une foule de qualités humaines sur les animaux. Nous dressons ces derniers pour qu’ils nous imitent, et nous nous éloignons encore plus d’eux par ce procédé. Cependant, les meilleures collaborations artistiques humaines–animales sont d’ordre relationnel et sont enracinées profondément dans l’amour réciproque et le respect mutuel; l’échange et la liberté font partie intégrante du processus de création. 

Lors de sa résidence à domicile, St-Laurent entamera la conception d’une œuvre interdisciplinaire qui incorpore le journal intime, la philosophie autour de l’éthique animale, la performance, la vidéo, l’art de marionnettes, et la musique. 

Cliquez ici pour RSVP à la conférence virtuelle gratuite.


L'artiste

Artiste multidisciplinaire et commissaire indépendant, Stefan St-Laurent est né à Moncton au Nouveau-Brunswick en 1974 et vit et travaille à Gatineau, Québec. Il est détenteur d’un baccalauréat en arts médiatiques de l’Université Ryerson de Toronto. Son travail performatif et vidéographique a été présenté dans de nombreuses galeries et institutions muséales au Canada (YYZ à Toronto; La Galerie d’art d’Ottawa; Ottawa Art gallery; Western Front à Vancouver; Art Gallery of Nova Scotia à Halifax; Théâtre français du Centre National des Arts à Ottawa) et en Europe (Centre national de la photographie de Paris; Centre d’art contemporain de Basse-Normandie; Edsvik Konst och Kultur en Suède). Il a été commissaire, directeur artistique et directeur de la programmation pour plusieurs organismes artistiques et festivals dont Images Festival of Independent Film and Video (Toronto), le Lux Centre (Londres), la Cinémathèque québécoise (Montréal), le Festival international du cinéma francophone en Acadie (Moncton), Canada House (Londres), Pleasure Dome (Toronto) et Vtape (Toronto). En 2008, il était le commissaire invité de la Biennale d’art performatif de Rouyn-Noranda, et en 2010 et 2011, était commissaire du Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul au Québec. Il a agi à titre de commissaire de la Galerie SAW Gallery à Ottawa de 2002 à 2012, et était directeur d’AXENÉO7 à Gatineau de 2014 à 2019. Il est professeur auxiliaire au Département des arts visuels de l’Université d’Ottawa depuis 2011.


SVP nourrir les animaux. Stefan St-Laurent © 2017



Danser sur un pied d’égalité

Texte par Caroline Monnet

 

Selon la tradition Anishinaabe, l’univers a été créé sur le dos d’une tortue. C’est elle qui soutient le monde et incarne l’identité, la culture, l’autonomie et un profond respect pour l’environnement naturel. C’est le centre de toute création et solidifie notre relation particulière avec la Terre et tous les êtres vivants qu’elle abrite. Malheureusement, aujourd’hui à l’échelle planétaire, nos fréquences de vibrations se sont déconnectées et notre gratitude envers le monde naturel et animal s’est effritée. 

La démarche audacieuse et généreuse derrière le projet SVP nourrir les animaux se place humblement en intermédiaire vers une réconciliation entre le monde animal et humain. Si vous avez déjà été en présence de l’artiste multidisciplinaire et commissaire indépendant en art contemporain Stefan St-Laurent, vous connaissez sans doute son grand attachement pour toutes les formes de vies et son amour pour les choses qui l’entourent. Sa personnalité rassembleuse et empathique, consciente du bien être des autres, vous met systématiquement à l’aise. À travers son regard, la différence n’existe pas. Les catégories sont écartées et toutes les formes de vie dansent sur un pied d’égalité. L’artiste invite à redonner au suivant, peu importe sa forme, son statut ou son espèce, à nous mobiliser pour s’élever collectivement. 

C’est sous forme d’actes performatifs que St-Laurent offre son corps physique et métaphorique aux animaux. Il se dénude de tout égo pour atteindre une forme de pureté et d’abandon total qui lui permet, grâce à sa sensibilité et son intuition aiguë, à entrer en communion véritable avec le monde animal. Cet acte symbolique, amené tel un rituel sacré, laisse entrevoir une lueur de rédemption pour l’espèce humaine.

Par sa compréhension du cycle de la vie et de l’interconnexion entre toutes les espèces vivantes, l’artiste repousse la suprématie humaine sur le reste de l’état naturel et rejette par le fait même l’héritage occidental d’exploitation des ressources sous un régime capitaliste. On discerne une quête pour l’égalité au sens large, incluant la défense des droits des femmes ou des personnes racisées. Tout est inter relié et St-Laurent rend ainsi comparables toutes les formes de violences.

Ces manifestations artistiques prennent d’autant plus de signification à l’heure actuelle où la proximité avec le monde animal n’a jamais été aussi tangible. Les conflits entre les animaux et les humains s’aggravent partout sur la planète et nous devons faire usage de notre intellect pour trouver les moyens de les résoudre. Nous devons nous tenir responsables de la façon dont nous traitons les autres êtres vivants avec qui nous partageons la planète et comprendre que la survie des prochaines générations dépend de notre clairvoyance quant à la durabilité de nos habitudes de consommation. 

St-Laurent pose la question fondamentale : Est-ce possible d’intervenir d’une façon éthique dans le monde animal et naturel sans rien prendre en retour ? Pouvons-nous faire mieux ? Pouvons-nous le faire différemment ?