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Derrière les portes avec Laurent Vaillancourt

On voulait savoir : comment vont les artistes ?
Durant cette pandémie mondiale, forcé.es de rester à la maison pour le bien de toutes et tous, nous nous invitons chez les artistes – virtuellement – le temps d’une jasette à propos de leur pratique, leurs travaux et l’état de leur créativité en ce moment.
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Pour le premier arrêt, on s’invite à Hearst, dans l’atelier de l’artiste Laurent Vaillancourt  pour une conversation avec la directrice de la GNO, Danielle Tremblay diffusée en direct sur FB live, le mardi 19 mai 2020 à 16h.
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Ami de longue date de la GNO et artiste phare franco-ontarien, Laurent Vaillancourt a une pratique variée qu’il promène partout à travers la province et au-delà, notamment avec ses projets «Cents bornes» et «La Tournée mondiale en Ontario». Il a exposé plusieurs fois au cours de sa carrière à la GNO, plus récemment avec «Mission Site» et durant les FAAS – Foire d’art alternatif de Sudbury.

 


Fermeture temporaire due au COVID-19

Pour aider à atténuer la propagation de COVID-19, la Galerie du Nouvel-Ontario fermera temporairement ses portes au public jusqu’à nouvel ordre. C’est une décision qui nous attriste, mais qui est pour le bien de toutes et tous.
 
Nous surveillerons la situation et resterons à l’écoute des conseils du ministère de la Santé de l’Ontario, de la Santé publique de Sudbury et de l’Agence de la santé publique du Canada.
 
Bien que nos événements soient actuellement reportés, il est toujours possible de suivre le projet de claude wittmann, roues/politique/panique, sur notre blogue. Nous vous tiendrons informé.es des développements concernant toutes nos expositions et projets.
 
Merci de votre compréhension et de votre support.
Prenez soin, l’équipe de la GNO.

Hey les jeunes, voulez-vous apprendre ça la photo ?

La Slague du Carrefour francophone et la GNO assemblent leur force pour offrir une série d’ateliers de photographie pour la jeunesse (15 à 25 ans). Les thèmes explorés sont l’impact de l’humain sur son environnement. Les ateliers se déroulent en français et sont… GRATUITS ! Tout le matériel est fourni.

Organisés en marge de la prochaine exposition de la GNO, Contre vents et marées/Against All Odds, les ateliers servent à se familiariser avec les différents types de photographies, comme le cyanotype. En plus c’est l’occasion d’en apprendre avec les trois artistes de l’expo : Alanis Rodriguez-Beaudoin, Elyse Portal et Camille Tremblay-Beaulieu.

Bonus : l’art réalisé durant les ateliers sera exposé durant La 8e Nuit émergente le vendredi 27 mars au March 27 au Collège Boréal, oui madame !

Toute l’information sur la page Facebook de l’événement : https://www.facebook.com/events/828680800977617/

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ATELIER 1
L’eau de la vie avec Elyse Portal et Camille Tremblay Beaulieu
> Le 29 février de 10 h 30 à 15 h 30

Dans un contexte de crise écologique, nous portons un regard sur l’importance de l’environnement, à travers la lentille de la photographie.

ATELIER 2
Atelier cyanotype avec Ali Rodriguez
> Le 7 mars de 11 h à 15 h

Les photos prises lors du premier atelier sont développées en utilisant cet ancien processus de tirage photographique négatif bleu cyan.

ATELIER 3
Montage de l’exposition avec la Galerie du Nouvel-Ontario
> Le jeudi 26 mars au Collège Boréal

EXPOSITION / VERNISSAGE
L’exposition finale aura lieu lors de La 8e Nuit émergente!
> Le vendredi 27 mars à 19 h au Collège Boréal!


roues/politique/panique : le projet mené par claude wittmann débute sur notre blogue

claude wittmann qui réside à Toronto nous guidera vers ce que l’art est pour lui durant le mois d’avril.

il mènera un atelier en collaboration avec Kevin Morgan de Bike Sudbury et leur but sera de centrer et réparer des roues de vélos appartenant au programme « Bike Exchange ». cet atelier sera ouvert à la participation de toute personne intéressée à apprendre et/ou à les aider. aucune expérience préalable ne sera nécessaire. le lieu et dates exactes de ce volet seront annoncées bientôt.

claude va aussi nous introduire à la mécanique qui joue dans les coulisses de ce projet: son handicap invisible, son besoin de plans de contingences spécifiques, son activisme pour améliorer la sécurité de revenu des récipients du Programme ontarien d’aide aux personnes handicapées (POSPH) et de Ontario au travail (OT). une partie de ces coulisses sont déjà activées sur notre blogue où claude partage pensées et sensations telles qu’il les vit au moment où il écrit.


Nuit Blanche 2020 : de l’art de bord en bord

Le samedi 8 février 2020, de 19h à 1h, l’école d’architecture McEwen en était à sa 4è Nuit Blanche, une soirée de vitrine sur des installations artistiques créées par des étudiants, des membres du personnel et de la communauté. La GNO en a profité pour joindre le party du voisinage en présentant en exclusivité l’exposition Partage/Partake, de Andrei Aranyi, Jonathan Kabumbe et Jennie Philipow, trois étudiants de McEwen.

Les bottes d’hiver et crampons ont dû rester à la porte avant d’entrer dans l’espace conceptualisé par les artistes où des masques d’inspiration congolaise et des dessins de scènes nourries par l’histoire et les lieux de Sudbury entrent en conversation grâce aux interactions des visiteurs.

Partage/Partake se poursuit jusqu’au 14 mars à la GNO. Son vernissage officiel se déroule le jeudi 13 février à 17h accompagné d’une discussion animée par le professeur d’architecture et co-directeur de Afield, Kai Wood Mah.

 


La GNO dit : Joyeuses Fêtes et bon repos !

Après une année move-mentée (la pognes-tu ?), l’équipe de la GNO termine 2019 en beauté et s’en va de ce pas faire une sieste pour vous revenir en feu pour la prochaine décennie d’art actuel !

En 2019, la GNO a :

  • accueilli une nouvelle employée
  • collaboré au Projet Manifeste de la Place des Arts
  • présenté des performances extérieures, hiver comme été
  • fait la grève
  • quitté son nid habité depuis 22 ans
  • déménagé à pieds avec l’aide d’une belle gang
  • sacré contre une couple de boîtes
  • tenu sa planification stratégique les deux pieds dans le lac Nipissing
  • ri en maudit grâce à la légalisation
  • groové à Up Here 5
  • refait son design avec ses chums de Studio 123
  • fracassé un record de vente au Nouveau Louvre
  • préparé une maudite belle saison hors-les-murs

La GNO est fermée du 22 décembre au 6 janvier. Nous serons de retour au 139 Durham du 7 au 9 janvier pour que les artistes du Nouveau Louvre récupèrent leurs œuvres. 

JOYEUSES FÊTES et une BONNE ANNÉE 2020 !


L’ouverture du Nouveau Louvre : un franc succès

La 24è édition du Nouveau Louvre a débuté samedi le 23 novembre avec les traditionnels chants de Noël de notre chorale de lutins-bénévoles.

La foule qui a investi les locaux du 139 rue Durham à partir de 14h a pu choisir parmi plus de 374 œuvres d’artistes locaux et d’ailleurs, émergents et établis. Un record de vente a été fracassé en cette première journée alors que 56 œuvres ont trouvé preneur, ce qui a permis à la GNO de remettre 7000$ aux artistes en débutant sa collecte de fonds annuelle.

L’événement qui se tient du mardi au samedi jusqu’au 21 décembre expose 2 œuvres d’un même artiste à la fois jusqu’à épuisement des stocks. L’exposition se renouvelle alors que des œuvres jamais vues auparavant font leur apparition sur les murs au fur et à mesure des ventes.

C’est un pensez-y bien pour les acheteurs qui n’auraient pas trouvé la perle rare à l’ouverture du Nouveau Louvre parmi les acryliques, aquarelles, pastels, photographies, sculptures, collages, vitraux, etc. qu’offre cet événement unique en son genre. Pour se tenir au courant de ce que le Nouveau Louvre propose, consultez la galerie virtuelle sur la page de l’exposition.

 


Nous sommes tous.te.s des trompettes abandonnées

une impression laissée par l’exposition «L’effort olympique des Sex Magick Warriors» de Maximilian Suillerot , sur Elyse Bertrand

Des slogans et des gens emplissent les rues, reprenant la nuit. Manifester parmi elleux, charge l’air de cette énergie qui apporte le changement. Le sens de communauté lie ces gens qui ont souffert ou ont vu les leurs souffrir aux mains des autres. M’intégrer à ce mouvement, la voix rendue rauque par ces chants, ces cris pour ensuite atterrir dans cette pièce nue aux accents blancs, roses et bleus. Le message est clair. Nous sommes ici. Nous sommes queer. Nous n’irons nulle part.

Une carapace de couleurs binaires est échouée sur un podium, vide. Promesses vides de tolérance. Elle me rappelle que nous sommes plus que notre sexe assigné, rose ou bleu. Elle se nomme Fruity armour, cette mue qui révèle un soi vulnérable, permettant de se dépouiller du régime strict binaire que notre société impose et de transitionner vers une autre, faite de tolérance et d’acceptation. Une société où l’on peut être qui l’on est sans crainte de violence, sans honte ni colère.

Tellement d’émotions m’ont submergé.e lorsque j’ai d’abord investi l’espace. Tout en étant incapable de les identifier, je reconnaissais leur puissance. Une puissance faite de fierté forte et claire qui a eu des échos instantanés en moi. Voilà un espace où je peux être, me reconnaître non pas selon le genre avec lequel on m’identifie – femme –, mais selon mon identité non binaire. Où je peux être cette personne qui supplante la honte et la colère que m’imposent la société, où je peux être cette personne qui corrige les gens qui me mégenre.

Nous sommes ces trompettes abandonnées dans un coin par des gens qui ne peuvent nous accepter malgré nos cris de protestation, rapidement balayé.e.s afin qu’on ne fassent plus de bruit, qu’on ne dérangent plus. Mais nous sommes entendu.e.s. Chaque fois que mes ami.e.s utilisent les bons pronoms, nous sommes entendu.e.s. Nous sommes entendu.e.s par chaque allié.e qui se tient debout devant chaque ennemi.e.

Sex Magick Warriors : nous nous battons pour le droit fondamental d’exister. D’être qui nous sommes sur cette planète comme n’importe quel humain.e. La flamme nous a été transmise par nos ancêtres trans, submergé.es. par la vie et leurs avancées. Cette flamme a été transmise et relayée depuis aussi longtemps que les humains existent; vacillante par moment, mais toujours vivante.

À l’image de la vidéo de l’exposition, je vais continuer de faire vivre cette flamme pour mes camarades trans, pour que la prochaine génération la reprenne et coure éclairée par sa lumière vers un avenir où nous pourrons simplement être. Où nous pourrons vivre tel.le.s que nous sommes, comme quiconque souhaite vivre. Pourquoi nous l’interdire ? Pourquoi nous refuser le droit d’être nous-mêmes alors que ça ne blesse personne ?

Ça nécessitera beaucoup de Magick, de cette énergie pour changer les mentalités de celleux qui ne changent pas. Le changement se produit tous les jours. Les feuilles dans les arbres et l’air ambiant en sont la preuve. Rien ne demeure inchangé, pas même la société. Nous nous devons d’utiliser cette énergie magique pour le bien-être de notre société. Cette énergie qui nous lie dans notre souffrance, nos amours, notre résilience. Nous sommes ici, avons toujours été ici et serons toujours ici.


Elyse est un.e artiste qui apprécie côtoyer des gens cools, des animaux et travailler dans son studio. Yel est aussi à son paroxysme quand les couleurs automnales couvrent les arbres.


APPEL AUX ARTISTES – Nouveau Louvre 2019

Il n’y a pas encore de neige au sol que le temps des Fêtes se fait déjà sentir ! Non, vous ne rêvez pas, c’est l’heure de déboucher vos tubes de peinture, mélanger les couleurs et soumettre vos œuvres au Nouveau Louvre !

                                                                                                       

La GNO invite tous les artistes à exposer et mettre en vente leurs œuvres lors de la 24è édition du Nouveau Louvre. Que vous travailliez le fusain, la peinture à l’huile, l’argile, l’acrylique, le vitrail, la photo, peu importe! Vos créations auront une place sur nos murs et qui sait, bientôt sur ceux des nombreux acheteurs d’art qui fréquentent cette tradition sudburoise des Fêtes.

Cette année, quelques changements : Apportez vos œuvres dans nos nouveaux locaux au 54, rue Elgin, d’ici le vendredi 22 novembre 2019. Notez bien que nos heures d’ouverture sont de midi et 18 h, du mardi au samedi. Nous acceptons, dès aujourd’hui, jusqu’à quatre (4) œuvres par artiste.

Autre nouveauté, vos œuvres seront exposées deux à la fois au 139 rue Durham (en face du YMCA) afin qu’elles profitent d’une vitrine sur une rue passante du centre-ville. La vente se tiendra du samedi 23 novembre au samedi 21 décembre 2019. 

Le Nouveau Louvre est la plus importante activité de collecte de fonds de la GNO. Les œuvres au Nouveau Louvre seront toutes à vendre au prix unique de 200 $, dont 125 $ seront payés à l’artiste et 75 $ à la GNO.

Nous encourageons les artistes à nous apporter leurs œuvres le plus tôt possible, afin qu’on puisse bien les documenter et les ajouter au site web du Nouveau Louvre. Si vous connaissez d’autres artistes, partagez-leur la bonne nouvelle. On vous attends avec impatience !


NOUVEAU : La GNO à la radio

C’est officiel ! L’équipe de la GNO se joint à l’émission hebdomadaire Stie-Citte au côté des intrépides de la Slague et du TNO.

Cette émission de radio diffusée sur les ondes de CKLU, 96.7 à 11 h les jeudis vous propose un contenu culturel et artistique en FRANÇAIS !!! Vous pourrez y entendre la couverture de nombreux événements locaux et d’ailleurs, des éditoriaux qui ne se prennent pas trop au sérieux, et ce, en encourageant la radio communautaire locale. Mais ce n’est pas tout ! Si vous manquez le rendez-vous en direct, il est toujours possible de réécouter les émissions en rediffusion icitte.


Le cœurporel éphémère

un texte d’accompagnement de Alex Tétreault sur la série de performances «Les clés du cœur» d’Hélène Lefebvre.

Y fait chaud.

Le centre-ville bourdonne alors que les masses circulent et sillonnent dans la cacophonie festive. Une madame, seule, aux écouteurs orphelins, danse au rythme de ses propres clés. Elle part des multiples cadenas d’amoureux qui alourdissent le pont au-dessus des tracks avec la lourdeur des « pour toujours » gelés dans le temps et l’espace.

Sur les trottoirs bondés de la Elgin ou les pistes serpentines du Parc Memorial, elle passe largement inaperçue. Hormis quelques hochements de tête polis, des sourires en coin ou des requêtes sincères quant à son état psychologique, elle est rapidement répertoriée comme appartenant aux autres classes ignorées du coin.

Absorbée par son univers, elle poursuit sa danse, sa bacchanale for one. Lorsqu’elle traverse la clôture cependant, c’est un tout autre set de clés. Elle arrive sur le party. Le contexte change tout. Presqu’instantanément, les festivaliers, déjà bien primés par les pulsations des speakers et le pinot grigio du bar, se mettent à groover à son beat. Pour un bref instant, l’amour de cette femme nourrit ses nouveaux partenaires de danse, qui ne font que le lui redonner et ainsi de suite, dans un feedback loop de love.

Et puis, le moment passe, comme les autres qui l’ont suivit et l’ont précédé. Les parties concernées partent chacune de leur côté, la femme qui jingle poursuivant son parcours. Mais ce moment demeure…magique.

Il y a quelque chose de magique à la regarder, emportée par une musique qu’elle seule peut entendre, son corps se nourrissant de l’énergie autour d’elle, ses écouteurs branchés dans le cosmos qui siphonnent les vibes. Parce que bien sûr, nous pourrions tous l’entendre aussi cette musique, se nourrir de cette énergie. Elle n’est pas la seule à avoir un trousseau plein de clés. Nous n’avons qu’à vivre pleinement les moments d’éphémérité quand ils se présentent, soient-ils des performances, des festivals ou l’amour.

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Alex est un p’tit cul d’Azilda. Sa chatte et muse, Ariane Minouchkine, lui est une source perpétuelle d’inspiration. Quand ça y tente, il écrit des affaires.


Une première activité hors-les-murs pour la GNO

Quoi de mieux pour notre première présence hors galerie que de participer au fringant festival d’art urbain et de musique émergente Up Here ? Et pour bien faire les choses, la Galerie du Nouvel-Ontario a invité Hélène Lefebvre, une collaboratrice de longue haleine, à présenter des performances surprises tout au long de la fin de semaine.

Son style parfois troublant mais toujours pertinent interroge les rapports à l’identité et l’altérité en repoussant les limites du corps et du symbolisme. Pour l’occasion, l’artiste interdisciplinaire offrira aux spectateurs déambulant dans les rues du centre-ville des performances dans la continuité de celle présentée lors de la 5è édition de la FAAS.

Sa dernière intervention est planifiée pour le dimanche 18 août, vers midi, en face du YMCA (rue Durham), juste avant le départ du tour mystère organisé par Up Here – parce qu’il n’y a rien comme faire patienter des assoiffés d’art avec encore PLUS d’art !

L’artiste sera en résidence à la GNO à partir du 13 août. Plus de détails sur la page Facebook de l‘événement.


Miner la mémoire

un texte d’accompagnement de Jamaluddin Aram sur l’exposition Lèvres de mille neuf cent quatre-vingt-seize enseignants, de Patrick Cruz

La même année où la Galerie du Nouvel-Ontario (GNO) fut fondée à Sudbury, à des milliers de kilomètres de là, un collectif madrasa captura la ville de Kaboul. C’était en 1996.

C’est l’histoire de deux commencements aux conséquences absolument divergentes. À Sudbury, la GNO ouvrit ses portes afin d’offrir un nouveau souffle au milieu des arts et un lieu de création aux artistes. À Kaboul, les camions des talibans pénétrèrent la ville au milieu de la nuit. Le matin suivant, lorsque les lève-tôt aperçurent ces étrangers, ils ne perçurent rien de différent mis à part leurs yeux soulignés au charbon, leurs pieds ornés de sandales et leur musique exempte d’instruments.

Avec la GNO, Sudbury s’ouvrit à l’art contemporain. Avec les talibans, Kaboul s’est fermée à tout ce qui était lié de près ou de loin aux arts : la musique, la danse, le dessin, le cinéma, la télévision, le théâtre, le cerf-volant, la boxe et même le sifflotement. J’étais jadis à Kaboul, je suis désormais à Sudbury. En me remémorant ces deux commencements, je compare les récits et constate l’écart béant entre eux.

Ma première réaction à Lèvres de mille neuf cent quatre-vingt-seize enseignants, une exposition de Patrick Cruz à la GNO, en est une de comparaison. L’assemblage maladroit et négligé m’a d’abord apparu comme laid, au point de me demander : « Est-ce de l’art ? » Patrick a réalisé un collage décousu d’items qui s’empoussiéraient depuis un moment déjà. Il a empilé au milieu de la galerie tout ce qui se trouvait à sa portée : plaques chauffantes, ordinateurs obsolètes, casques de construction, bottes, filières et fichiers, magazines et livres, béquilles, balles de pingpong, chandails, albums photo, etc. « J’ai excavé le sous-sol [de la GNO] », déclara Patrick. Dérangé par ma réaction — qui selon des expériences passées peut sembler ignorante — je me suis décidé à lui parler.

J’appris sa conceptualisation de la mémoire qui selon lui nécessite l’exhumation du passé pour que le futur prenne tout son sens. J’appris que l’art, en tant que concept, peut être subjectif et fluide, dérangeant et imparfait, qu’il y a beaucoup plus à apprendre dans l’acte même de créer que dans les coups de pinceau visibles sur une toile, les mouvements pratiqués d’une chorégraphie ou les derniers ajustements sur un costume rutilant.

Alors que j’en apprenais plus sur les installations in situ, j’ai réfléchi au dévouement des talibans à détruire toute forme d’art — incluant une statue du Buddha gravée au 5e siècle à même la face d’une montagne au centre de l’Afghanistan.

Alors que le reste de l’humanité avançait, l’Afghanistan reculait. Dans les écoles, les cours de dessin et de calligraphie furent remplacés par les cours de religion où l’on apprenait des leçons plus qu’étranges. Je ne m’étais jamais rendu compte de l’importance de l’éthique des toilettes lorsque notre professeur de religion borgne nous apprîmes qu’il était impératif d’entrer du pied gauche dans les latrines et d’en sortir du pied droit. « Et qu’est-ce qui arrive si on se trompe ? » de demander un camarade de classe. « Qu’est-ce qui arrive ? » répondit le professeur, « Satan entrera votre derrière ainsi offert. » Il va sans dire qu’il n’y avait aucune place à la discussion, encore moins à propos des arts.

C’est seulement en rétrospective, vingt-trois ans après, que je peux me demander si les cinq ans de ce régime taliban répressif ont pu contribuer à inspirer une nouvelle génération d’écrivains, de poètes, de musiciens, de réalisateurs et d’artistes visuels.

Après tout, l’exposition de Patrick Cruz suggère que la lumière qui sert à éclairer notre avenir se cache parfois dans le passé. Pour y accéder, il faut parfois la déterrer des milliers de mètres sous terre, parfois fouiller dans la cave d’un édifice, et parfois elle se terre dans l’esprit sous forme de souvenirs.


Jamaluddin Aram est un documentariste, producteur et nouvelliste originaire de Kaboul, en Afghanistan. Ses documentaires My Teacher Is a Shopkeeper et Unbelievable Journey ont été présentés en Afghanistan et ailleurs dans le monde. Il est le producteur associé du film Buzkashi Boys, sélectionné aux Oscars. Ses nouvelles peuvent être lues dans divers magazines littéraires afghans, américains et canadiens. Il vit présentement à Sudbury, Ontario.


La GNO déménage !

Installée depuis 22 ans à la même adresse, la GNO changera d’emplacement avant de s’installer à la Place des Arts, à la manière d’une crise d’adolescence précédant un engagement sérieux. La GNO profitera de cette relocalisation pour focaliser ses énergies sur une programmation riche et axée sur la création, tout en renouvelant ses publics. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la galerie qu’un déménagement subit nous invite à user de stratégies afin de promouvoir l’art actuel de manière inusitée, et c’est tant mieux.

Le déménagement se fera le 1er juillet 2019, à la suite de l’exposition Lèvres de mille neuf cent quatre-vingt-seize enseignants, de Patrick Cruz, présentée du 31 mai au 28 juin. L’artiste a justement utilisé cette annonce pour intégrer les archives de la galerie et autres objets trouvés au sous-sol à son installation multimédia qui analyse Sudbury à la manière d’un documentaire.


La Place des Arts de Sudbury dévoile son design architectural

La Place des Arts du Grand Sudbury a levé le voile sur le design extérieur de son futur centre d’excellence artistique multidisciplinaire. L’édifice qui abritera huit organismes culturels de langue française à l’angle des rues Larch et Elgin, au nord de la ruelle Medina à Sudbury, présente des lignes audacieuses et énergiques dans un design à la fois moderne et lumineux, qui arbore les traces du passé et du présent industriel du Nord.

« Nous avons là un édifice phare qui a beaucoup à raconter, explique le président de la Place des Arts du Grand Sudbury, Stéphane Gauthier. Il a été inspiré par la force motrice du mouvement culturel du Nouvel-Ontario, porté par une volonté d’advenir de toute une génération. C’est dans le Nouvel-Ontario que sont nés le plus ancien centre culturel, le premier théâtre de création, la première maison d’édition, le premier festival de musique provincial et la première galerie d’art en Ontario français. Ainsi il fallait imaginer un bâti surgissant du paysage comme si certaines formes avaient toujours été là, naturellement, faisant partie du panorama urbain. C’est à la fois une œuvre de mémoire et un espace rassembleur, actuel et ouvert sur de grands espoirs pour l’avenir », explique M. Gauthier.

L’édifice sera recouvert d’un matériau riche aux couleurs typiques du minerai du nord de l’Ontario : de l’acier corten. Exposé aux éléments, il s’oxyde naturellement et se stabilise pour former une patine qui varie du jaune doré au brun orangé. Cette patine unique protège le matériau et le rend durable et résistant.

« Le choix du corten s’est en quelque sorte imposé, inspiré des 300 années d’existence et de création que se partagent les sept membres fondateurs de la Place des Arts. Il signe un nouvel édifice à l’architecture unique, mais avec une façade extérieure qui, elle, rend hommage à un passé assumé qui continuera d’alimenter la vitalité de la communauté franco-ontarienne », indique l’architecte principal de Yallowega Bélanger Salach Architecture et Sudburois Louis Bélanger.

Le consortium d’architectes Yallowega Bélanger Salach Architecture et Moriyama Teshima Architects a conçu le futur centre artistique multidisciplinaire de quatre étages qui comprendra, à l’intérieur des 40 000 pieds carrés, une salle de spectacle, un studio multifonctionnel, une galerie d’art contemporain, un bistro avec terrasse débordant sur le trottoir en saison, une boutique-librairie, un centre artistique de la petite enfance avec terrain de jeu, puis des aires de bureau. « Nous sommes fiers du résultat et du défi que posait l’optimisation des espaces de plus d’une façon sans perdre au jeu. C’est tout un honneur de concevoir ce lieu rassembleur, invitant pour l’ensemble de la communauté et qui s’intègre harmonieusement dans la dynamique urbaine du centre-ville », renchérit l’architecte principal de Moriyama Teshima Architects originaire de Sturgeon Falls Jason Philippe.

Les coûts de réalisation de la Place des Arts totalisent 30 millions de dollars. La seconde phase des travaux de construction débutera à la fin du printemps pour une ouverture officielle durant la saison artistique 2020-2021.

La Place des Arts logera les sept organismes culturels et artistiques fondateurs, soit le Carrefour francophone de Sudbury (1950), le Centre franco-ontarien de folklore (1960), le Théâtre du Nouvel-Ontario (1971), les Éditions Prise de parole (1973), les Concerts La Nuit sur l’étang (1973), la Galerie du Nouvel-Ontario (1995) et Salon du livre du Grand Sudbury (2004).

FAITS SAILLANTS

  • La Place des Arts dotera le Grand Sudbury du premier centre artistique et culturel multidisciplinaire du nord de l’Ontario.
  • L’édifice aura 40 000 pieds carrés sur quatre étages.
  • Vitrage côté ouest au procédé de givrage par laser à gain solaire faible, diminuant les coûts énergétiques de l’édifice.
  • Centre artistique de la petite enfance accueillant 15 enfants par jour, avec terrasse et aire de jeu extérieure côté ouest de l’édifice, sur Elgin.
  • Terrasse du bistro débordant sur le trottoir en saison, rue Elgin.
  • Aires de bureaux d’une superficie de plus de 10 000 pieds carrés pour les sept organismes fondateurs.
  • Zone jeunesse de création.
  • Studio multifonctionnel de type boîte noire de 120 places.
  • Salle de spectacle de près de 300 places.
  • Galerie d’art contemporain et boutique-librairie avec vitrines sur Larch.
  • 850 activités prévues annuellement.
  • 50 000 entrées de visiteurs par année.
  • Le projet de 30 M$ bénéficie de l’appui de bailleurs de fonds dont Patrimoine canadien, FedNor, la Société de gestion du Fonds du patrimoine du nord de l’Ontario, le ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport de l’Ontario et la Ville du Grand Sudbury.

Perdre le Nord entre les lignes

un texte d’accompagnement de Sylvie Mainville sur l’expo VIENS de Pascaline Knight, Mariana Lafrance et Julie Lassonde

Viens, c’est une invitation à plonger dans le familier — à se mouvoir entre les lignes bleues du célèbre cahier Canada, dans les jeux de cartes et les rituels combien intimes de notre enfance et dans la neige de nos paysages collectifs. On le dit souvent sans se tromper : nous sommes nés quelque part. Trois artistes nous y convient.

Première consigne en entrant dans l’espace public de la GNO : on se déchausse.

Mais Viens, c’est tout autant une invitation à se submerger dans l’inconnu où les marges rouges du cahier deviennent particulièrement floues et s’insinuent ici et là comme un doute en coup de poing qui jusqu’alors n’avait jamais pu nous traverser l’esprit, où de nouvelles règles émergent qui nous forcent — comme par une intuitive magie — à jouer autrement et où la constance du mouvement à lui seul peut déclencher l’enfantement de relations inédites.

Par le corps se pratiquent la découverte de soi et la découverte de l’autre. Peu importe le moyen : marche, danse, patin, raquettes, ski… On s’y ouvre malgré les risques. La curiosité s’impose. Il faut simplement y consentir. Suis-je suffisamment en forme, me dis-je? Suffisamment grande? Libre?

Presque par hasard, l’inconscience ici trébuche dans la conscience là-bas. Ce n’est plus un jeu. Et l’on sait bien par ailleurs que le hasard n’existe pas. Mes toutes-puissantes baguettes magiques se taisent. Du moins dans l’instant présent, pendant que d’autres gestes répétés mettent au monde de nouvelles sphères. Ça déconcerte. Le petit cahier Canada se transforme en un matelas géant gonflé par des vulnérabilités toutes personnelles. L’intime se déverse dans la sphère collective, se dévoile au grand jour. Rien d’autre à faire que de se faire tout-petit et de se tasser pour lui céder toute la place qu’il mérite.

En contact avec le papier kraft brun, la neige semble joyeusement changer de couleur. Je fais de la raquette, raquettiquetowtow… Non, je me trompe : ce n’est pas de la raquette, c’est plutôt un animal rouge en plein vol. Aucune idée où il se dirige, mais je le suis.

Dans le moment éternellement présent, le nowhere glisse vers le now here et tourne en rond. Une chose à faire : je prends d’affilée deux autres verres de vin. La certitude d’être née quelque part s’estompe : plus de Nord, plus de Nouvel-Ontario, plus de raquettes de mon enfance, plus de consignes ou de normes connues… La certitude d’être née quelque part devient une faible intuition à suivre à ses propres risques et périls. Il est vrai que parfois, il est difficile de s’endormir le soir.

Quelques constatations : je ne trouve plus mes bottes, mais je découvre dans ma poche gauche un as de cœur. J’ai de la chance, me dis-je. J’ai de la chance.


 


Une première rétrospective de la FAAS

Déjà nostalgiques de la FAAS ? Nous aussi. Par chance, on peut lire une première rétrospective publiée dans le numéro 131 de la revue Inter, art actuel, écrite par Jean-Michel Quirion. Là où les artistes explorent les intersections entre le territoire et l’identité, un article qui offre un aperçu des réflexions provoquées suite à cette biennale enivrante.

Pour vous procurer le numéro 131

Pour vous abonner à Inter, art actuel


Une nouvelle venue à la Galerie

La Galerie du Nouvel-Ontario est fière d’annoncer l’embauche de Maude Bourassa Francoeur au poste d’agente de communication et de développement.

Établie à Sudbury depuis janvier 2018, elle a acquis une formation au sein de l’équipe des éditions Prise de parole. Elle a par le passé été coordinatrice d’un festival de films et s’intéresse depuis toujours aux arts visuels et à la littérature.

Nous souhaitons par la même occasion beaucoup de succès à Chloé Leduc-Bélanger dans ses nouvelles fonctions.


L’esprit des fêtes s’est emparé de la GNO!

En 2018, on a :

  • Accueilli quatre expositions originales
  • Tenu la sixième édition de la FAAS
  • Repeint la place trois fois et fait des centaines de trous dans le mur pour le Nouveau Louvre
  • Brisé un marteau, un niveau, trois balais et quelques gogosses
  • Transporté des roches, des ardoises, des outils, des meubles et encore des roches
  • Perdu puis retrouvé le chauffage
  • Mangé approximativement 25 litres de chili
  • Dit au revoir à trois animaux domestiques
  • Dit bonjour à deux nouveaux membres de CA
  • Côtoyé une trentaine de valeureux bénévoles
  • Préparé une belle vidéo festive
  • Mérité nos vacances!

La galerie sera fermée du 23 décembre au 7 janvier inclusivement. De retour le 8 janvier!

Joyeuses fêtes!


APPEL AUX ARTISTES : Nouveau Louvre 2018

La GNO invite tous les artistes à exposer et mettre en vente leurs œuvres au Nouveau Louvre 2018. Que vous travaillez avec le fusain, la peinture à l’huile, l’argile, l’acrylique, le vitrail, peu importe! Nous serons très heureux d’accepter vos œuvres, les exposer sur nos murs et les proposer aux nombreux acheteurs qui fréquentent cette grande vente d’art qui est devenue une véritable tradition du temps des Fêtes à Sudbury.

Le Nouveau Louvre est la plus importante activité de collecte de fonds de la GNO. Les œuvres au Nouveau Louvre seront toutes à vendre au prix unique de 200 $, dont 125 $ seront payés à l’artiste et 75 $ à la GNO.

Nous acceptons, dès aujourd’hui, jusqu’à deux (2) œuvres à la fois par artiste. Celles-ci seront exposées à la GNO du samedi 24 novembre au samedi 22 décembre 2018.

Nous encourageons les artistes à nous apporter leurs œuvres le plus tôt possible, afin qu’on puisse bien les documenter et les ajouter au site web du Nouveau Louvre.

Apportez vos œuvres à la GNO (174, rue Elgin), d’ici le jeudi 22 novembre 2017. Les heures d’ouverture de la GNO sont de midi à 18 h, du mardi au samedi.

Pour de plus amples renseignements, n’hésitez pas à nous contacter.


La résidence artistique de Jérôme Havre se poursuit

La dernière semaine a été consacrée à la fabrication et à la pose de la première couche de torchis sur la structure de bois recouverte de grillage. Jérôme Havre, l’équipe de la GNO et quelques braves bénévoles ont mélangé les matériaux avec leurs pieds dans une grande boîte en bois. L’artiste a également expérimenté avec le brin de scie et le sable afin de développer des textures.

La sculpture sera complétée au courant de la semaine. Contactez-nous si vous désirez donner un coup de main (ou de pied!).

En parallèle, Havre continue de créer ses pièces en céramique. La cuisson aura lieu cette semaine à l’atelier des Sudbury Basin Potters, le commanditaire officiel de cette exposition.

Rendez-vous au vernissage le 23 octobre dès 18h!


Vous avez dit FAAS?

Eh oui, c’est presque l’heure de la FAAS!

Cette année, nos près-de-quarante artistes invités investiront un autre haut-lieu au coeur de Sudbury : le Village sur Mackenzie, anciennement l’école Saint-Louis-de-Gonzague, dont la location nous est gracieusement offerte par notre partenaire d’événement Autumnwood. Le thème, À qui?, positionne les artistes à l’intersection de l’identité et du territoire, et invite le public à réfléchir à cet enjeu contemporain.

Cette sixième édition de la Foire d’art alternatif de Sudbury aura lieu du 24 au 28 octobre 2018. Comme toujours, des conférences, une soirée de performance ainsi qu’un vernissage des installations seront de rigueur.

Vous ne voulez rien manquer de nos activités? Téléchargez notre application mobile ou consultez la page web.

Nous sommes toujours à la recherche de mains travaillantes (et des gens qui y sont rattachés). Si vous désirez être bénévole, veuillez remplir ce formulaire.

À très bientôt!


Jérôme Havre en résidence à la GNO

Depuis le 20 septembre dernier, l’artiste Jérôme Havre est l’artiste en résidence de la Galerie du Nouvel-Ontario. Pour l’occasion, l’espace a été transformé en atelier où se construisent peu à peu les pièces de son exposition Intérieur. La pièce principale consistera en une structure d’inspiration architecturale ressemblant à une hutte. Un squelette en bois sera recouvert de grillage qui viendra soutenir du torchis, ce mélange d’argile, de sable, d’eau et de matériel organique, ici de la paille.

Gérald travaille sur le squelette de l’oeuvre

Un premier coup d’oeil sur la structure

En plus de cette structure, l’artiste réalisera des sculptures en céramique qui viendront habiller l’espace. Les murs seront également mis à contribution.

La base d’une des sculptures

L’installation devrait être complétée le 12 octobre.

À suivre!


Les gribouillages d’enfants sont les futures cures

Un texte d’accompagnement par Sarah Blondin sur l’exposition Mais d’où viens-tu vraiment? de Florence Yee

Il arrive que, lorsqu’on entre dans un espace organisé par quelqu’un d’autre, on ressente quelque chose comme une révélation. En un instant, on se fait une idée de ce dont leur enfance avait l’air. Par la façon qu’a notre regard de balayer l’espace, on voit les choses d’une manière stéréotypée qui nous amène à présupposer leurs souvenirs. Par exemple, j’étais une jeune fille pleine de drames, prisonnière de la banlieue; par conséquent, mes murs étaient évidemment recouverts d’affiches des Backstreet Boys. Même maintenant, rendue à l’âge adulte, je me retrouve à recouvrir chaque pouce de mes murs, exprimant ainsi mes goûts dans ma chambre.

Après avoir étudié les arts visuels, j’ai commencé à remarquer que les artistes sont véritablement captivés par leurs souvenirs d’enfance. Il se dégage toujours l’impression qu’ils se tournent vers leur passé et qu’ils transforment leur histoire en une composante visuelle pour documenter et se souvenir de leurs années formatrices. Je me suis souvent demandé : pourquoi? Nos enfances sont pleines de moments embarrassants et traumatisants – certains plus que d’autres. Néanmoins, après avoir passé tant d’années à réfléchir, et à fixer mes murs placardés de Backstreet Boys, je me suis aperçue que notre développement comme êtres humains est la raison de notre créativité. L’art est façonné par nos expériences et la place qu’elles occupent subjectivement dans notre récit personnel. Ainsi, la fois où tu pensais que débouler l’escalier de l’école secondaire était le pire moment de ta vie – un moment que tu n’oublieras jamais –, cette fois-là va t’inspirer un projet créatif qui va guérir quelque chose en toi en se manifestant à travers ta propre vie.

Lorsque je suis entrée à la GNO pour voir l’exposition de Florence Yee « Mais d’où viens-tu vraiment? », j’ai ressenti un pincement au cœur. La façon dont l’exposition était commissionnée m’a fait sentir comme si je pénétrais dans l’expérience de vie d’autrui, comme si j’étais assise dans la maison de l’artiste et que je faisais l’expérience de son chez-soi depuis ses profondes entrailles, absorbant les joies, les luttes et les dénouements de cette vie. Quand j’ai mis le pied à la galerie, l’histoire de Florence est venue à moi facilement et m’a imprégnée. Son travail est également un témoignage puissant qui appelle à une communauté large, une communauté qui tend à être socialement dévalorisée, mais dont la voix mérite et a toujours mérité d’être entendue. Son exposition présente un équilibre entre l’innocence et la maturité. On peut apercevoir l’enfant en Florence qui protège et conserve ses traditions, et en même temps on perçoit la pression de la culture occidentale qui en émane. Elle est une artiste qui parle depuis son soi-enfant, créant dans l’espoir de provoquer des connexions humaines, quelque chose que l’on désire et à quoi l’on aspire tou.te.s. En tant que personnes, nous sommes simplement tou.te.s à la recherche d’un sens de la communauté, un idéal que l’art de Florence incarne véritablement.

Quelque chose d’autre m’a étonnée à propos de Florence Yee : son âge. Que quelqu’un d’aussi jeune ait une connexion et un amour si forts pour sa communauté – et, qui plus est, possède le cran et le courage d’exprimer ses souvenirs sous l’œil du public – est en soi un travail créatif pour lequel elle mérite d’être reconnue. Ultimement, elle parle au nom de bien des jeunes qui, aujourd’hui, se débattent avec leurs identités; un sujet assez pertinent dans notre pays et au sein de la société actuelle. Rappelle-toi toujours ton enfance, sois proche de ton histoire et crée d’après toi-même.

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Sarah Blondin est une artiste locale des techniques mixtes qui a encore seize ans dans son cœur. Son inspiration lui vient de sa vie comme jeune femme ayant grandi dans une petite communauté où Internet était le canal de choix pour s’exprimer avec grand drame, à une époque où chaque page MySpace était un journal intime bien trop personnel, bien qu’elle soit partagée avec une foule de personnes. Son travail explore le collage, l’illustration et la sculpture. Elle espère apporter joie, curiosité, humour et souvenirs à son public.


Vu de haut avec Caroline Monnet

Un texte d’accompagnement de Deanna Nebenionquit sur l’exposition WANDERLUST de Caroline Monnet

S’il vous est arrivé de vous retrouver devant une œuvre de Caroline Monnet, vous savez comment on peut se sentir petit devant une exposition. S’il vous est arrivé de vous retrouver devant le travail du commissaire Stefan St-Laurent, vous savez comment une exposition peut vous mettre à l’aise. L’une comme l’autre sont venus de Québec pour présenter à Sudbury une exposition à la fois pertinente et opportune pour la ville hôte.

La Galerie du Nouvel-Ontario est un petit centre d’artistes autogéré situé rue Elgin au centre-ville de Sudbury. Sa façade donne sur le sud et de grandes fenêtres laissent pénétrer une abondante lumière, ainsi que la pollution sonore de la gare de triage avoisinante. Ce petit local semble avoir un cachet historique et un riche passé à raconter. C’est bien que Caroline Monnet et Stefan St-Laurent y soient réunis pour y ajouter leur récit dans le cadre de leur exposition intitulée Wanderlust.

Dès qu’on entre dans la galerie, on subit l’effet frappant d’un long mur de 35 pieds ou plus couvert d’un papier peint à motif futuriste que Blue Moon Graphics de Sudbury a imprimé et installé. Les patrons géométriques de ce papier peint composent un labyrinthe sans fin où des éléments en positif et en négatif sont équitablement représentés. Trois toiles carrées de 60 pouces sont suspendues à ce mur. Ces œuvres (Edith, Caroline, Roberta) font partie de la série Tipi Moderne que Monnet a créée en 2012 dans son studio à Montréal.

Tout à fait au fond de la galerie, on aperçoit des bribes du papier peint exposé dans la fenêtre intérieure de la GNO, qui finit d’une manière ou d’une autre par s’intégrer à chaque installation qu’on y a présentée ces dernières années. On voit aussi un écran de télévision qui diffuse en boucle un film en noir et blanc dont la bande sonore vaguement sinistre a été composée par Frères Lumière. La vidéo s’intitule Gephyrophobia (2012) et le personnel de la galerie explique gentiment que ce mot signifie la phobie des ponts (mais non littéralement).

Ce film en format 16 mm d’une durée de 120 secondes a été produit par une équipe de collègues et d’amis avec lesquels Caroline travaille souvent. Je reconnais certaines des voies ferrées dans la vidéo : il s’agit des ponts qui relient Gatineau (Québec) à Ottawa (Ontario). Parce que j’ai habité un certain temps à Ottawa, cette vidéo me semble bizarrement familière. Les images en noir et blanc donnent l’impression de provenir d’un passé récent, ou peut-être de l’avenir. Le puissant courant de Kitigan Zibi, la rivière des Outaouais, joue dans ce film un rôle essentiel. J’ai remarqué que certains spectateurs voient d’abord l’eau qui coule, tandis que d’autres voient d’abord les ponts qui établissent un lien ou un respect mutuel entre les multiples cultures.

En continuant le parcours dans la galerie selon le sens des aiguilles d’une montre, on voit aux murs six panneaux carrés qui arborent des formes géométriques. Le regard va et vient entre les panneaux de bois accrochés à un mur et les patrons géométriques du papier peint du mur d’en face. On a bien raison de croire que ces motifs ont une interrelation énigmatique qu’on ne saisit pas forcément au premier coup d’œil.

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Le titre de l’exposition est Wanderlust. Il suffit d’une simple recherche Google pour savoir que ce mot signifie le désir d’errer. Pour moi, ce mot évoque davantage la découverte, puis l’interprétation et la réflexion, plutôt que la simple exploration. C’est un mot stimulant et actif qui présente la possibilité de pénétrer dans un nouvel univers de possibilités.

Cette année, en 2018, le centre-ville de Sudbury est à l’aube du changement. Le conseil municipal a approuvé de nouveaux projets comme le corridor vert de la rue Elgin, le plan directeur du centre-ville et une série de projets de construction bénéfiques. Il semble que pour la première fois depuis plusieurs décennies, les communautés convergent pour (on l’espère) soutenir de nouvelles initiatives souhaitables qui revitaliseront le centre-ville et la ville dans son ensemble.

Le message général de cette exposition et l’histoire de ce qui se passe à Sudbury ces temps-ci s’entrecroisent. Notre communauté doit aller de l’avant ensemble pour réaliser des projets et nous devons faire entendre nos voix. Bien qu’il y ait des différences dans notre communauté, il y a aussi des occasions de les faire converger et de créer quelque chose de beau. Dans le travail de Caroline Monnet, on peut voir les lignes transversales de la série Tipi Moderne, les lignes du papier peint et des panneaux de bois et la ligne d’intersection qu’est le pont qui franchit la rivière Kitigan Zibi. Le spectateur peut interpréter ces lignes comme des cartes géographiques qui ont été raccordées pour former un tout à même des perspectives et des médias divers.

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Cette artiste aux origines algonquines et françaises pense aux intersections de ses deux cultures et à leur influence sur son travail et ses idées. L’éloquente et belle Caroline Monnet sait amener les spectateurs à prendre conscience des perspectives et à en discuter. C’est intéressant de l’entendre parler de son travail, principalement de la conceptualisation, de l’exécution, des collaborateurs et des personnes qui installent ses œuvres. À chaque étape du cheminement, l’artiste exprime sa profonde reconnaissance.

Dans sa causerie, Caroline a parlé de l’influence des formes géométriques et des patrons sur son travail. Ce qui m’a paru particulièrement important, c’est ce qui l’a amenée à utiliser le carré et les symboles sacrés : c’est assise auprès des matriarches de sa famille qu’elle a commencé à apprendre ces usages anciens. Son éducation et l’influence de son entourage lui ont permis de pratiquer et d’appliquer ces connaissances d’une manière qui appartient bel et bien au 21e siècle, à l’aide de logiciels de conception graphique et de techniques d’impression modernes.

Je lui ai demandé quelle forme lui sert de point de départ lorsqu’elle travaille. Au lieu de répondre le cercle (comme je l’avais présupposé), elle a répondu qu’elle part du cube ou du carré. À partir de ces formes, on peut créer des patrons infiniment variés et explorer des possibilités sans limites. Effectivement, le labyrinthe laisse toujours voir le carré, où que l’on soit. C’est une forme équilibrée et robuste qui peut servir en toute circonstance.

Donc, le labyrinthe qui s’étend dans la galerie et le labyrinthe qui se déploie dans l’esprit du spectateur découlent d’une intention et résultent d’une structuration.

Au départ, présenter une exposition d’art abstrait est un défi en soi, surtout si le public a l’habitude de formes d’art plus traditionnelles. Selon moi, il faut mettre un certain temps à assimiler une œuvre d’art abstrait. Il faut se sentir suffisamment à l’aise pour entrer dans la salle et assez confiant pour ouvrir un peu plus son esprit afin d’assimiler l’information. Ce n’est qu’à ma quatrième visite environ que j’ai saisi que la série Tipi Moderne est une espèce d’installation en soi. Le tissu soigneusement plié sur le brancard me rappelle que pour bâtir une structure ou réaliser un projet, il faut un travail attentif et résolu.

À ma dernière visite à la galerie avant d’écrire ce texte, j’ai examiné plus attentivement les œuvres en bois contre-plaqué que j’avais négligées jusque-là. Même en sachant qu’elles cachent un élément essentiel sous une énonciation secrète, je ne me sentais pas attirée par la matière de ces œuvres. Il s’agit de feuilles de contre-plaqué à sept couches qui ont été découpées par le feu à l’aide d’un appareil électrique que je ne connais pas. Le feu a dégagé des lignes intensément nettes et le passage du laser a laissé derrière lui une forme noire évidée. En prenant l’œuvre en photo, j’ai été étonnée de constater que je pouvais distinguer ce qui semble être de l’écorce. J’ai alors pensé que, oui, à la base de ce projet et à la base de toutes ces idées se trouve la matière brute naturelle. Ces éléments naturels sont ce qui nous sert pour réaliser nos projets. Donc, en allant de l’avant dans notre petite ville minière nordique qui a de grands plans en vue, gardons aussi à l’esprit que les grandes réalisations reposent toujours sur les matières naturelles, les conseils de ceux qui nous ont précédés et l’intersection de nos cultures. En gardant à l’esprit ce que nous sommes, comment ces terrains du centre-ville ont été utilisés et comment on espère qu’ils seront utilisés à l’avenir, nous pourrons aller de l’avant et réaliser ces grands projets stratégiquement, vus de haut, par la collaboration et la communication.

Caroline Monnet
June (détail)
2018
Gravure au laser sur bois
24 x 24”

Deanna Nebenionquit est une commissaire d’exposition originaire d‘Atikameksheng Anishnawbek, anciennement connu comme la Première Nation de Whitefish Lake. Depuis 2014, elle a été la commissaire de nombre d’expositions présentées à la Galerie d’art de Sudbury / Art Gallery of Sudbury, notamment l’exposition de Darlene Naponse, « bi mooskeg / surfacing », nommée l’exposition de l’année en 2016 (catégorie moins de 10 000 $) par l’Association des galeries d’art de l’Ontario, et l’exposition de Mariana Lafrance « to not be so lonely / pour ne pas être si seule ».

Deanna tient à remercier la Galerie du Nouvel-Ontario d’avoir rétribué les services de traduction de Mme Tenascon, une locutrice de la langue algonquine de la communauté autochtone de Kitigan Zibi. Elle tient aussi à remercier Danielle Printup d’Ottawa (Ontario) et Ella Jane Meyers de Sudbury (Ontario) d’avoir pris le temps de réviser ce texte.


canevas inattendu

Un texte d’accompagnement de Maude Bourassa Francoeur sur l’exposition PORTRAITS d’Aurélien Muller et de Natalie Rivet

À la fois rassemblant des peintures qui croquent des scènes clés d’une enfance dans la région de Kapuskasing et des photos et vidéos de gens de la communauté sudburoise, l’exposition Portraits propose un face-à-face au familier. Cette rencontre agit autant par la reconnaissance des visages que je risque de recroiser dans les rues du centre-ville, que par les souvenirs que provoquent les tableaux hivernaux et que je souhaite recréer à mesure que je m’installe dans ce nouveau chez moi qu’est Sudbury.

La neige ne cesse jamais de tomber. Omniprésente dans les peintures de Natalie Rivet exposées en février et mars derniers à la GNO, elle évoque son enfance passée entre parties de pêche sur la glace, rides de ski-doo et randonnées en raquettes. Les flocons recouvrent les souvenirs de l’artiste et rappellent une réalité partagée par une majorité des résidents du nord de l’Ontario. Bien emmitouflés dans leur habit de neige fluorescent, les personnages des tableaux m’offrent leur regard franc aux yeux sombres, mais souriants. Les traits de leur visage semblent s’illuminer, prendre vie et m’inviter à les rejoindre, à enfiler ma paire de babiches pour faire un tour dans le sous-bois enneigé.

La sensation bien intime que j’ai face à ces portraits est celle de feuilleter un album de famille et de me remémorer combien douce est l’enfance lorsqu’on se retrouve bercé à l’arrière d’un traîneau. Ces figures aux joues rougies par le froid, figées par le pinceau de l’artiste ont une vie propre, ailleurs en photo que Rivet a soigneusement excavée de ses archives familiales. En se fiant sur les clichés pris par son père à l’aide d’une caméra argentique, accessoire essentiel à la création de souvenirs instantanés dans les années 1990, elle a entrepris un travail de reconstitution dans le but de partager ces moments avec sa grand-mère, mais surtout de comprendre où elle se situe au sein de son clan. Rivet ajoute ou soustrait des membres de sa parenté aux compositions originelles et surtout reprend sa place en tant que benjamine d’une fratrie nombreuse dans ses œuvres picturales nostalgiques.

Ce qui frappe particulièrement sur ces toiles aux couleurs bien hivernales, c’est la direction du regard du sujet. Pleinement conscient de l’objectif dirigé sur lui, il s’ajuste et pose fièrement pour la postérité. Savoir qu’on est regardé change tout. Et peut-être que de voir le résultat développé des semaines après le moment où le flash frappe nos pupilles change aussi la perception que l’on a de soi. Ne pas être en mesure de regarder notre image immédiatement après sa capture nous évite de découvrir, parfois avec surprise, que l’on ressemble à ça. Que c’est ainsi que les autres nous voient. C’est un réflexe qui s’est développé avec l’arrivée du numérique et qui intrigue également Aurélien Muller, artiste basé à Toronto qui a collaboré avec Rivet pour cette exposition.

Dans sa pratique actuelle, il questionne les habitudes prises par les consommateurs d’images à notre ère où tous peuvent s’improviser photographes. Faisant du portrait son sujet de prédilection, il interroge à la fois sa composition à notre époque et ce qui se cache derrière. Son installation qui fait face aux tableaux est une sorte de murs d’écrans d’ordinateur mis à nu où défilent rapidement des codes au sens incertain et des visages qui peu à peu me deviennent familiers. Ici, le regard de ses sujets n’a pas la même force, car souvent dirigé vers la lueur bleue de leur téléphone cellulaire. Cet accessoire bien de notre temps, véritable extension du corps humain, se faufile presqu’automatiquement dans le portrait. L’appareil facilite la rencontre entre Muller et ses modèles qui se réfugient à la première occasion dans une dimension virtuelle. Connectés instantanément à d’autres, absorbés par leur écran, les gens se détendent, ne posent plus pour la caméra et finissent même par oublier que quelqu’un les regarde. Le cyberespace les a happés ailleurs. Et c’est ce qui rend le portrait si naturel, les masques tombent et exposent un sujet qui ne joue plus un rôle.

Ironiquement, lorsqu’on m’a invitée à me faire photographier, j’ai décidé de ne pas apporter mon cellulaire. Le vide palpable dans ma poche et dans mes paumes évoquait la sensation d’un membre fantôme et m’a obligée à diriger mon regard vers Aurélien lors de la séance. Le cellulaire en tant que béquille aux interactions humaines, toujours à portée de main, renferme son lot d’informations, comme un ADN numérique composé de nos données. Si chez Rivet la quête identitaire se forge autour de la nostalgie du clan familial, chez Muller, elle s’articule autour de la connexion et de la (sur)utilisation du portable. Les gens qui ont posé pour lui se retrouvent exposés, une première fois sur les écrans d’ordinateur, une deuxième fois par leurs données et une troisième fois dans l’installation qui trône au fond de la galerie.

Le fruit de leur collaboration s’érige en igloo formé de télévisions cathodiques, objet transitionnel entre les deux époques et les deux médiums proposés par les artistes. Alliant fixité et mouvement, une seule et même personne se recompose un bref instant sur l’appareil. Dédoublée, à la fois en une photo noir et blanc et en une série de traits colorés peints directement sur la surface pixélisée, la composition n’est pas faite pour durer, car déjà, la photo disparaît et laisse place à un autre portrait. Dans sa fixité, elle bougera deux écrans plus loin, recouverte par la silhouette d’un inconnu. Plusieurs personnes se superposent ainsi, avant de retrouver leur place sous leur double figé par la peinture de Rivet.

Je reste assise assez longtemps pour voir des visages regagner leur place, réunis par les deux médiums. Je commence à reconnaître des gens, à les distinguer par leur carrure, leurs lunettes exubérantes, leur sourire gêné et surtout par le téléphone que tous ont précieusement à la main. Comme un jeu de Guess Who?qui s’affiche sur l’objet sacré autrefois rassembleur, les portraits d’une communauté se dessinent en plusieurs temps. Et la neige qui grésille sur ce canevas inattendu, mais pas anodin rappelle celle qui parsème nos souvenirs, ceux que l’on trouve dans les albums du passé et ceux que l’on crée et que l’on partage à coups de clics. Portrait intime et social, fixe et mobile, nostalgique et contemporain, cette incursion dans le monde des deux artistes réussit à me projeter dans une double dimension, aussi paradoxale qu’une bordée de neige au printemps.

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Nouvellement arrivée à Sudbury, Maude Bourassa Francoeur est adjointe à la production de récits communautaires aux Éditions Prise de parole.


Amène-moi au lac

Un texte d’accompagnement par Chloé LaDuchesse sur l’exposition NBIISH – EAU – WATER de Colette Laliberté

Pas que je tenais à être désagréable, mais j’avais réservé le siège près de la fenêtre et je comptais bien m’y installer. « Excuse me, Sir, but I have the window seat ». Regard confus, excuses polies, retraite désordonnée. Et moi, gaie comme une enfant attendant le lever du rideau. C’est qu’il y a quelque chose de magique dans le fait de survoler le territoire, une joie sans cesse renouvelée de découvrir, sous une perspective nuancée par les saisons et les éléments, ces rues où l’on vit, ces forêts qui nous sont de parfaites inconnues, ces lacs scintillants, colériques ou embrumés.

J’habite à Sudbury depuis maintenant deux ans et, bien que j’aie remarqué les nombreux lacs de la région, jamais ils ne m’ont autant émerveillée que la première fois où j’ai survolé la ville en avion. De l’extérieur, les visiteurs imaginent le quotidien des habitants du Nouvel-Ontario rythmé par la forêt et les mines, mais peu savent que nous sommes réellement un peuple d’eau : patins aux pieds en hiver, en canot tout l’été, la canne à pêche (et le chasse-moustiques) jamais bien loin.

Double expérience du lac, donc : d’abord de la berge, les pieds dans l’eau froide; puis du haut des airs, où les plans d’eau apparaissent en entier, comme s’ils attendaient qu’on les cueille de la main. C’est cette même impression de survol et d’immersion que j’ai ressentie lorsque j’ai poussé la porte de la GNO à l’occasion du vernissage de l’exposition NBIISH – EAU – WATER de Colette Laliberté. Aux murs, des dizaines de lacs de toutes les couleurs, certains connectés par des rivières, d’autres flottant sur le canevas blanc. Ici c’est le Wanapitei, jaune et dodu; là se dessine le Ramsey, croissant couleur crevette. Le regard s’attarde sur une forme, tente d’y accoler un nom, puis les yeux s’élèvent, trouvent l’affluent, redescendent la rivière et suivent le courant. L’exploration se fait de haut en bas et de bâbord à tribord, recréant le mouvement de l’eau, sa fuite, ses accalmies.

Colette Laliberté a pour sa part découvert la ville aux multiples lacs penchée au-dessus d’une carte. Curieuse, elle a voulu s’informer sur l’évolution du rapport entre les humains et le réseau hydrographique du Grand Sudbury. Elle s’est aperçu que peu de lacs sont toujours désignés par leur nom premier en langue autochtone, gracieuseté de la colonisation. Bien des lacs portent maintenant le patronyme d’une figure historique ou sont qualifiés par leur apparence – combien de Long Lake en Ontario, déjà? Avec le nom autochtone est disparue une part importante de l’Histoire : ces lacs ont longtemps été des routes, des points de rencontres, des témoins silencieux d’événements qui, s’ils n’ont pas à ce jour la place qui leur est due dans les livres d’histoire, ont tout de même modifié notre façon d’occuper le territoire.

Sur Google Maps, les lacs sont bleus et lisses. Mais chez Laliberté, les couleurs sont légions. Inspirée par les noms – présents et passés – des cours d’eau, l’artiste a cherché à exprimer quelque chose à leur sujet qui soit inédit. Synesthésiste du territoire, elle a associé le nom et la forme des lacs à une couleur subjective, dénichée tant dans ses souvenir que de son imagination.

Nommer, un geste d’amour, une prise de position politique? Le nom affecte notre perception de l’entité qui est nommée et qui se met à appartenir à une communauté de choses une fois la désignation attribuée. Car c’est bien de cela qu’il est question : apposer une identité, comme on appose une étiquette. Le langage permet à la fois de distinguer et de regrouper, bref d’établir des liens entre des gens, des lieux, des concepts.

Utiliser les couleurs plutôt que le nom permet d’établir un nouveau rapport à l’espace et aux distances. Les lacs arc-en-ciel de Laliberté conservent leur forme originelle, bien que l’échelle puisse varier quelque peu de la stricte topographie. Exit les routes et les villes : NBIISH – EAU – WATER restitue un bouclier canadien en deux dimensions, vierge de toute intervention humaine.

L’eau m’apaise. Entourée des lacs de Laliberté comme entre les bras du Nepahwin, me voilà de retour au centre de moi-même, poisson nageant dans son élément. Partie d’un tout, maîtresse d’un univers, je fais partie de l’œuvre et m’y vautre allégrement. Les murs sont des surfaces planes mais ce qu’ils portent appelle à la profondeur : l’eau partout autour et moi cherchant ma place – physiquement, dans la galerie, et conceptuellement, dans l’espace blanc qui, selon toute vraisemblance, accueille les bipèdes naufragés.

L’exposition NBIISH – EAU – WATER de Colette Laliberté aura réussi à capter ce que le Grand Sudbury a de plus vibrant : l’intime relation que ses habitants entretiennent avec leur région, qu’elle soit d’ordre historique, familial, identitaire ou poétique.

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Chloé LaDuchesse est poète et nouvelliste. Elle est également l’instigatrice d’Expozine Sudbury, une foire de zines annuelle, ainsi que de soirées littéraires.


Du nouveau à la GNO

La GNO souhaite la bienvenue à Chloé Leduc-Bélanger, qui fait désormais partie de l’équipe à titre d’agente de communications et de développement.

Chloé œuvre dans le domaine culturel depuis plusieurs années, et plus particulièrement dans les milieux du livre et des médias à vocation artistique.

Toute l’équipe désire du même coup remercier Daniel Aubin pour sa science ainsi que pour le travail méticuleux qu’il a accompli au cours des cinq dernières années. Nous lui souhaitons un bonheur inouï dans ses nouvelles fonctions.


APPEL AUX ARTISTES : Nouveau Louvre 2017

La GNO invite tous les artistes à exposer et mettre en vente leurs œuvres au Nouveau Louvre 2017. Que vous travaillez avec le fusain, la peinture à l’huile, l’argile, l’acrylique, le vitrail, peu importe! Nous serons très heureux d’accepter vos œuvres, les exposer sur nos murs et les proposer aux nombreux acheteurs qui fréquentent cette grande vente d’art qui est devenue une véritable tradition du temps des Fêtes à Sudbury.

Le Nouveau Louvre est la plus importante activité de collecte de fonds de la GNO. Les œuvres au Nouveau Louvre seront toutes à vendre au prix unique de 200 $, dont 125 $ seront payés à l’artiste et 75 $ à la GNO.

Nous acceptons, dès aujourd’hui, jusqu’à deux (2) œuvres à la fois par artiste. Celles-ci seront exposées à la GNO du samedi 25 novembre au samedi 23 décembre 2017.

Nous encourageons les artistes à nous apporter leurs œuvres le plus tôt possible, afin qu’on puisse bien les documenter et les ajouter au site web du Nouveau Louvre.

Apportez vos œuvres à la GNO (174, rue Elgin), d’ici le jeudi 23 novembre 2017. Les heures d’ouverture de la GNO sont de midi à 18 h, du mardi au samedi.

Pour de plus amples renseignements, n’hésitez pas à nous contacter.


Appartenir à un ego interrelié

Un texte d’accompagnement par Nico Glaude, sur l’exposition EVICTED FROM THE ANTHILL du collectif Z’otz*

Aucun artiste ne peut être complètement sans ego. L’ego est une des sources de motivation qui incite les gens ordinaires à devenir des artistes. En plus du processus créatif et de l’expression artistique, plusieurs éléments vont de main en main lorsqu’on parle d’art et d’ego. La validation, la reconnaissance, vendre une œuvre d’art, se faire applaudir, recevoir une bourse ou un prix, chacun alimente l’ego créatif et le désir de s’améliorer. Parfois, un artiste n’a pas grand chose à part de son ego pour soutenir ce besoin motivant primordial ; s’attaquer à des projets plus grands peut déclencher de plus grands succès, plus de couvertures des médias et plus d’opportunités lorsque les artistes se laissent guider par leurs ego.

En parlant avec le collectif Z’otz*, on s’étonne au peu de considération qui est accordée aux ego des membres individuels. En fait, l’indifférence complète à l’égard de l’ego semble être la règle du jeu dans leur processus créatif. Leurs murales sont rarement planifiées d’avance ; chaque individu de ce collectif à trois membres arrive devant le mur avec ses propres idées ; il y a peu ou pas de communication verbale entre eux lorsqu’ils travaillent, mais ils se laissent des petits indices pour faire savoir dans quelle direction l’œuvre devrait aller ou à quoi elle devrait ressembler. De façon assez intéressante, ces indices sont souvent mal-interprétés et peuvent devenir quelque chose de complètement inattendu. Ça peut sembler assez élémentaire, surtout lorsqu’on fait affaire avec un collectif, mais cette dynamique peut se répéter plusieurs fois dans la création d’une murale. D’une certaine façon, c’est justement cette réciprocité entre les ego des membres qui permet au collectif Z’otz* de créer ces murales éphémères qui semblent avoir été créées d’une seule main.

Leurs murales sont des récits silencieux, incorporant dans une seule forme linéaire des objets familiers, des éléments de la nature et des animaux. Bien que ces éléments puissent nous être familiers, cette familiarité donne lieu à l’ambiguïté de l’œuvre achevée et sa multitude d’interrelations. La combinaison de ces éléments crée un certain malaise, mais l’ambiguïté de l’ensemble nous invite à regarder au-delà de l’inconnu et accepter une certaine ambivalence nous menant, finalement, à une nouvelle compréhension. On comprend que les murales du collectif Z’otz* ne sont pas à propos des éléments singuliers et autonomes, mais plutôt à propos du processus de prise de conscience de l’ensemble — qu’il n’y a aucun élément distinct et que tout est interrelié.

Ce portrait de l’interrelation est réalisé en partie à travers la représentation des animaux et nos relations personnelles avec eux. Plusieurs émotions conflictuelles, sans rien dire des actions, entrent en jeu entre les animaux et les humains. Les murales de Z’otz* nous rappellent que la vie exige le respect. Après tout, nous sommes tous interreliés et nous devons agir en tant que partenaires avec la vie — l’embrasser, la nourrir et comprendre notre impact.

Les murales du collectif Z’otz* engagent un dialogue avec les membres de l’auditoire en les ramenant à eux-mêmes. Même si les paysages imaginatifs sont peu familiers, l’ambiguïté n’engendre pas l’aliénation du public. Les juxtapositions étranges éveillent plutôt la curiosité pour le récit global de l’œuvre et peuvent ultimement mener à une appréciation du travail qui est enraciné dans un sentiment profond d’appartenance.

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Nico Glaude est un artiste en installation sudburois, commissaire et raconteur. Tout le monde a un investissement émotionnel dans la ville de Sudbury. Le sien reconnaît la valeur de cet attachement en créant et en commissariant du travail artistique aussi graisseux, moite, bas de gamme, amusant et affreux que toutes les expériences offertes par cette ville. Esprit de nickel, cœur en or.


BESHAABIIGANAN – dans les médias

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Merci au journal Le Voyageur pour son article sur l’exposition BESHAABIIGANAN, de Darlene Naponse, Deanna Nebenionquit et Tanya Lukin Linklater.

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Merci aussi à l’émission Le matin du Nord de Radio-Canada de nous avoir accueillis afin de parler de l’exposition !

Le matin du Nord

 

 


Retour au monde enchanté

Le homecoming de jenna dawn maclellan : réflexions
un texte d’accompagnement par Guylaine Tousignant

« [s]i l’écrivain se coupe de son enfance, de ses racines, de sa mémoire
onirique ancestrale, il se prive de tous ses moyens artistiques »

Jacques Derrida

« I really wanted to go back to being playful, just having fun with
the materials and not worrying about perfection. »

jenna dawn maclellan

Le monde enchanté n’est pas une invention de Walt Disney. C’est un monde vieux comme le monde, un lieu où la magie opère, où la réalité se perd dans le rêve et le rêve dans la réalité. C’est le territoire de l’enfance. Et ce territoire, qu’on le veuille ou non, nous habite à jamais.

Lorsqu’on le quitte, il nous rappelle. Lorsqu’on essaie de l’oublier, il nous interpelle. Il exerce une force sur nous qui nous repousse et nous attire, comme un ours noir dans un dépotoir.

C’est magique ce lieu où on a joué pour la première fois, où on a lancé sa première pierre, où on s’est imaginé la vie, où on se l’est construite avec les outils et les matériaux à notre disposition : une tronçonneuse, un peu de bois, une pelle, un peu de neige, des ciseaux, un peu de tissu, des crayons, un peu de carton.

Ce lieu, c’est la cabane et le feu de joie.

S’en souvenir, c’est voyager sans itinéraire dans un pays imaginaire. L’hiver, on se revoit en pique-nique dans notre robe d’été préférée, à cueillir des boules de neige, et l’été, on se promène en motoneige sur des sentiers colorés de baies écrasées.

La corde de bois, dans l’image, est toujours parfaitement là.

Les étoiles filantes tombent du ciel en toute saison. Les souhaits se réaliseront.

La vie, en mode souvenir, qu’il s’agisse de la nôtre ou celle des autres, c’est comme un rêve réel. On sait bien que la vie n’est pas comme ça, mais on ne sait pas qu’on le sait, et c’est bien comme ça.

Ce monde enchanté, c’est là où il faut aller lorsqu’on ne sait plus comment on a fait pour en arriver à être grand, comment faire pour retrouver l’enfant.

À ce moment-là, il est bon de retourner chez soi.

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Guylaine Tousignant est auteure et pigiste. Elle vit à Windsor, en Ontario.


LE HOMECOMING – dans les médias

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Merci au journal Le Voyageur pour son article sur l’exposition LE HOMECOMING, de jenna dawn maclellan.

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Merci aussi aux émissions Le matin du Nord et Morning North de Radio-Canada/CBC, pour leurs entrevues avec jenna!

Le matin du Nord

Morning North

 


Quand le centre ne tient plus

Un texte d’accompagnement par Maty Ralph

À quel point votre lampe est-elle politique ? Lorsqu’on parle philosophie, les réflexions de votre bureau sont-elles approfondies? Votre bouilloire siffle-t-elle ou crie-t-elle la révolution? Votre chaise est-elle dégénérée?

Attendez. Ces questions sont peut-être prématurées. Peut-être que j’ai commencé à la mauvaise place…

Au commencement, il y eut une conception. Une idée fut née. Un « design » conçu. Les matériaux ont été considérés, choisis, manipulés. Finalement, une forme physique s’est manifestée. Une valeur a été déterminée. Il y eut des reproductions. Et si tout allait comme prévu, on gagnait un profit.

Ainsi, une ligne de temps est établie. L’idée – née de l’esprit, réalisée dans le studio, façonnée dans l’usine et vendue dans le magasin – devient ultimement une partie d’un foyer qui fonctionne bien. Avec chaque jour, elle approche la dernière étape de sa vie : celle des déchets.

Tous les déchets ont d’abord été des idées. Mais toutes les idées deviendront-elles des déchets?

Out of This Light, Into This Shadow…

Le Bauhaus est une idée – quelques idées, en fait – qui allait illuminer à jamais le monde du design. L’école encourageait le respect des matériaux, l’espace, l’esthétique et la fonctionnalité. Il s’agissait d’un lieu où l’art inspirait l’artisanat, où les questions pratiques s’alliaient à la beauté. Ce fut le lieu de naissance du style international.

Mais la noirceur de l’Allemagne nazie est tombée sur l’Europe. Pour les nationalistes, le Bauhaus était une école de dégénérés. Les idées qui y étaient célébrées représentaient une menace. Ainsi, comme plusieurs autres, ils ont été réduits au silence.

Heureusement, les principes et les philosophies qui avaient fleuri pendant les 15 ans du Bauhaus sont sortis relativement indemnes de la Deuxième Guerre mondiale. Les idées ont survécu à la guerre et ont été utilisées, exploitées, altérées, abrégées et manipulées au fil des ans. Ce qui nous en reste sont des concepts qui font du chemin sur des idées qui font du chemin sur le passé.

Avec tous ces changements, que nous reste-t-il de ce passé? Nos designs contestent-ils encore la tyrannie? Les nazis considéreraient-ils IKEA le travail d’artistes dégénérés? Prendraient-ils votre lampe pour une menace?

C’est évident que l’esthétique du design contemporain se retrace jusqu’au Bauhaus, même aujourd’hui, mais Juan Ortiz-Apuy nous montre avec son travail que la surface cache un vide qui tient lieu de centre.

Le design a suivi le même parcours que les films blockbuster et la musique pop. La formule sans réflexion. On reproduit les succès du passé, mais à meilleur marché. Et plus rapidement. On coupe dans le gras. On coupe le prophète au profit… du profit.

En tant qu’une exploration de l’insipidité inhérente de la culture de la consommation, Out of This Light, Into This Shadow pourrait facilement nous faire la leçon du mauvais capitalisme déchainé, mais ce n’est pas du tout l’approche. S’il faut identifier un méchant dans l’histoire, la cupidité du monde corporatif est autant admissible que la complaisance du consommateur.

Ça ne suffit pas de conclure qu’on nous vend une piètre version évidée du passé. Ça, on le savait déjà.

Il faut aussi se demander pourquoi on ne s’attend pas à mieux ; pourquoi ne demande-t-on pas un retour à la forme. Avec le temps, nous nous sommes habitués à l’idée qu’il n’était pas nécessaire que nos meubles soient novateurs, éthiques ou bien réfléchis. Pourvu qu’ils fussent plaisants sur le plan esthétique.

En acceptant naïvement le design éphémère, on a perdu de vue la réalité que nos ordures ont toutes d’abord été des idées. Nous opérons dès lors sous le prétexte inverse, imaginant que le destin de toutes les idées est de se retrouver parmi les déchets. Ainsi, nous avons manqué de révérence envers l’innovation et mettons nos idées à la poubelle avec tout le reste.

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Maty Ralph aime vous parler de l’art. Il est toujours à la recherche de nouvelles aventures qui mettront à défi les hauteurs de l’imaginaire.


OUT OF THIS LIGHT, INTO THIS SHADOW – dans les médias

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Merci aux journaux Le Voyageur et The Sudbury Star pour leurs articles sur l’exposition OUT OF THIS LIGHT, INTO THIS SHADOW de Juan Ortiz-Apuy.

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Bases industrielles

Jon Sasaki à la GNO et à la GAS
Un texte d’accompagnement par Kenneth Hayes
(traduction de l’anglais par Normand Renaud)

La paire d’expositions de Jon Sasaki présentées à Sudbury (Ontario), à la Galerie du Nouvel-Ontario (GNO) du 27 mai au 30 juin 2016 et à la Galerie d’art de Sudbury (GAS) du 7 juillet au 5 septembre 2016, constitue une recherche éloquente et remarquablement approfondie sur les conditions culturelles du milieu où elles ont été présentées. Bien que chacune de ces expositions se penche sur une des industries de base qui ont déterminé le développement historique de Sudbury – l’industrie minière à la GNO et l’industrie forestière à la GAS –, c’est ensemble qu’elles éclairent les origines du désastre écologique emblématique de Sudbury, un sujet qui continue de fasciner les artistes qui visitent cette ville.

Ces deux occasions de voir l’art de Sasaki révèlent la profondeur de son effort de renouveler la conception de l’art paysager et la nouveauté des stratégies artistiques qu’il apporte à ce projet. Le travail de Sasaki se distingue des ambitieuses représentations artistiques de Sudbury que l’on doit à des artistes comme Louie Palu, Geoffrey James, Ed Burtynsky, Allan Sekula et Mariana Lafrance, car il n’a pas recours à la photographie principalement. La photographie, étayée par le réalisme documentaire, est la forme d’expression artistique la plus souvent associée au projet de créer une topographie culturelle. Mais pour sa part, Sasaki interagit avec le milieu en combinant adroitement les moyens de la vidéo, de la performance et de l’installation. De plus, il a sa manière particulière d’aborder la fabrication d’objets : même lorsqu’il crée quelque chose de durable et de permanent (ou qui se veut un objet de longue durée), c’est généralement difficile de qualifier le résultat de sculpture.

En fait, il suffit de laisser de côté la question des médias artistiques pour constater que le mode artistique de Sasaki est principalement le geste. Il est tentant d’ajouter que le travail de Sasaki est largement composé de gestes futiles ou ratés. Tant de commentateurs l’ont déjà affirmé que c’est devenu un lieu commun des écrits sur sa pratique. Pourtant, lorsqu’on comprend bien ce qu’est le geste, cette caractérisation de son œuvre semble redondante – et voilà un autre mot clé des écrits sur cet artiste. Dans une entrevue, Jacques Lacan s’est demandé « Qu’est-ce que c’est qu’un geste? Un geste menaçant, par exemple? », puis il a répondu : « Ce n’est pas un coup qui s’interrompt. C’est bel et bien quelque chose qui est fait pour s’arrêter et se suspendre. » Un geste, soutient Lacan, est intentionnellement incomplet; feindre ne signifie pas échouer. Et il poursuit : « Cette temporalité très particulière, que j’ai définie par le terme d’arrêt, et qui crée derrière elle sa signification, c’est elle qui fait la distinction du geste et de l’acte. » Le travail de Sasaki s’inscrit souvent dans cet état d’arrêt; la distinction entre le geste et l’acte explique aussi pourquoi le travail de Sasaki ne peut pas être considéré comme une sorte d’activisme. Au lieu de chercher à changer une condition ou à amener le spectateur vers une conduite particulière, Sasaki espère évoquer une aperception intense, presque hallucinogène, de l’objet arrêté, qu’il s’agisse d’une toile bien connue présentée d’une manière tout à fait nouvelle, d’un arbre particulier extrait d’une forêt ou d’un coupe-papier qui intègre un morceau de shrapnel.

Le temps, ou plutôt la temporalité, qui a trait aux modalités de l’expérience ou de la présence dans le temps, est au cœur de l’art de Sasaki, qui souvent postule d’improbables périodes, confond des moments et provoque des effets de dilation. Le surréalisme a exploré à fond la dimension temporelle de la rencontre d’un objet significatif, mais le travail de Sasaki s’apparente plus étroitement à des développements subséquents, comme le mouvement Fluxus, et partage avec le conceptualisme son étrange mélange d’axiomes et de tautologies et sa fixation sur la durée. Dans la foulée du conceptualisme en tant que perspective critique mûrie et institutionnalisée, les moments arrêtés de Sasaki veulent souvent faire saisir comment l’art et la production de l’art sont déterminés par leur milieu ou leur contexte. Dans ses œuvres, Sasaki vise à condenser et à exprimer l’ensemble de ces conditions productives, y compris l’état de spectateur et la conscience qu’a l’artiste d’agir au sein d’un système institutionnel. Il s’agit en effet d’une partie de son projet plus vaste qui vise à promouvoir la conscience historique en général. Le titre de son exposition à la GAS, « Sur les lieux de ceux qui m’ont précédé », signale ce projet en reconnaissant la témérité de l’intention de présenter une exposition traitant des arbres dans une galerie publique qui était à l’origine la demeure d’un magnat de l’industrie forestière.

À la GAS


Vue de l’installation « Sur Les Lieux De Ceux Qui M’ont Précédé », morceaux restants dans la Galerie 2 de la GAS.

L’industrie forestière ne joue plus dans l’économie nord-ontarienne un rôle aussi important qu’à l’époque où Sudbury s’appelait Sainte-Anne-des-Pins en raison de ses magnifiques forêts. Mais longtemps après la rapide ascension de l’industrie minière dans l’économie de cette région, ses forêts étaient encore assez vastes pour faire de William Bell un de ses entrepreneurs des plus prospères. William et sa femme Katharine allaient aussi devenir les mécènes culturels les plus généreux de la ville en faisant don de terrains et de fonds destinés à des parcs et à des églises. À sa mort en 1954, Katharine a fait don de leur maison, nommée Bell Rock, qui est éventuellement devenue la Galerie d’art de Sudbury.

L’œuvre que Sasaki a exposée à la Galerie d’art de Sudbury consistait à choisir un seul grand pin, à le faire abattre et, avec l’aide d’une équipe de bénévoles, à l’introduire dans la galerie et à le faire monter d’un étage jusqu’à la salle d’exposition, où il est demeuré pendant toute la durée de l’exposition. À divers moments au cours du processus qui a mené cet arbre à la galerie, il a fallu le couper encore. Plusieurs grandes branches ont dû être enlevées pour que l’arbre puisse franchir la porte principale de la galerie et elles sont demeurées entassées là. Une longue section du tronc a été placée dans le petit conservatoire en verre après qu’elle a été sectionnée pour que l’arbre puisse passer dans l’escalier adjacent. La masse de l’arbre occupait l’espace de la galerie un peu comme de grosses roches occupent des salles dans les toiles de Magritte. Près de l’endroit où reposait l’arbre, une projection vidéo de 17 minutes présentait le long processus collaboratif de la sélection, de l’abattage et du transport de l’arbre.

Le titre de l’exposition, « Sur les lieux de ceux qui m’ont précédé », peut se comprendre de deux manières simultanément. L’une a rapport avec l’histoire de cette maison, une luxueuse et remarquable demeure bâtie grâce aux revenus de l’activité forestière. Elle soulève donc des questions des liens entre l’exploitation des ressources naturelles, la représentation des paysages et les tendances du mécénat culturel, tant dans le contexte local que le contexte national, en tant qu’aspect général de la culture néocoloniale du Canada. L’autre a rapport avec une des conventions de l’art paysager canadien : la représentation symbolique d’un seul arbre iconique[i]. Sasaki poursuit depuis longtemps un dialogue explicite avec l’héritage légué par les peintres du Groupe des sept, qui oeuvraient exactement dans la même période et souvent dans les mêmes forêts que les barons du bois comme Bell.

Mais l’arbre que Sasaki a choisi ne ressemble en rien aux nobles épaves tordues qu’affectionnaient les artistes du Groupe des sept. On peut constater immédiatement qu’il s’agit plutôt d’un arbre qui a été planté exprès pour devenir du bois d’œuvre à récolter. Uniforme et dénué de toute caractéristique circonstancielle qui pourrait lui conférer du caractère, ce tronc fait partie de la deuxième ou peut-être de la troisième génération d’arbres qui ont poussé depuis que la forêt naturelle originelle a été abattue, il y a un siècle. Sasaki a peut-être choisi cet arbre en particulier par commodité, mais ce choix met de l’avant des questions comme la disponibilité des ressources et la nature arbitraire d’un acte de sélection artistique, qui rehausse forcément l’importance de l’objet choisi. Dans cette œuvre, Sasaki reconnaît l’iconicité de l’arbre tout en tentant de la neutraliser en optant pour un arbre réel et non représenté. Il sait cependant que la représentation persiste obstinément et qu’il n’est pas facile de saisir le réel[ii]. Ici aussi, on peut voir son œuvre comme un geste, dont la signification sous-jacente est l’ambivalence due à la reconnaissance de l’iconicité de l’arbre et à la lassitude engendrée par sa présence dominante dans l’art paysager canadien, ce que Sasaki démontre en choisissant dans la collection de la galerie quatre toiles où figurent des arbres, disposées dans un arrangement qu’il appelle un « boisé ».

Sans nécessairement l’exprimer de la même façon, Sasaki sympathiserait peut-être avec le sentiment mémorablement avoué par Gilles Deleuze et Félix Guattari au début de Mille plateaux : Capitalisme et schizophrénie (1980) : « Nous sommes fatigués de l’arbre. Nous ne devons plus croire aux arbres, aux racines ni aux radicelles, nous en avons trop souffert. Toute la culture arborescente est fondée sur eux, de la biologie à la linguistique. » Il est cependant peu probable que Sasaki fasse rupture aussi définitivement que Deleuze et Guattari lorsqu’ils proclament que « rien n’est beau, rien n’est amoureux, rien n’est politique, sauf les tiges souterraines et les racines aériennes, l’adventice et le rhizome ». En critiquant les conditions limitatives de la tradition de l’art paysager sans vouloir l’abandonner entièrement pour autant, Sasaki présente l’icône de l’arbre solitaire comme une sorte de spectre familier qui gît, mourant, sur le plancher de la galerie.

À la GNO


From The Ground To The Sky And Back Again, Structure gonflable de 250 pieds, deux ventilateurs soufflants, manette

Dernièrement, Sasaki développe sa pratique en participant à des résidences d’artiste de diverses durées à divers endroits. Ces résidences ont fait de lui en quelque sorte un agent de reconnaissance apte à saisir rapidement les situations culturelles. L’exposition initiale de Sasaki à Sudbury, « De la terre jusqu’au ciel et de retour encore », est issue en partie d’une brève résidence lors de laquelle, à son arrivée, le point de repère le plus remarquable de la ville a attiré son attention : le Superstack, la grande cheminée industrielle de l’INCO. Évidemment, ce n’est pas inhabituel qu’un visiteur s’émerveille devant cette structure proéminente qu’on peut voir plus facilement de très loin que de très près (le pied de la cheminée étant dans une zone industrielle à accès restreint), mais Sasaki était prédisposé à s’y intéresser, car les cheminées industrielles ont une place bien établie dans sa pratique. En 2010, l’artiste a utilisé une figure tubulaire en tissu gonflable, semblable à celles qu’on installe le long des artères urbaines commerciales en Amérique du Nord afin d’attirer l’attention sur les lave-autos ou les restaurants d’alimentation rapide, pour créer son œuvre « Flyguy Triggering His Own Motion Sensor ». Cinq ans plus tard, Sasaki a modifié cet appareil pour en faire une installation de dix-neuf « cheminées » de 25 pieds faites de tissu en nylon imprimé de motifs de briques. Exposée à Toronto au PowerPlant à Harbourfront dans le cadre de Nuit blanche 2015, cette œuvre visait à évoquer les sentiments ambivalents inspirés par l’élimination rapide des cheminées industrielles du paysage des villes nord-américaines. Pour son exposition à Sudbury, Sasaki a cousu bout à bout une dizaine de ces tubes en nylon pour créer sa propre cheminée très élevée. Puis, au lieu d’installer cette structure à l’extérieur, en concurrence directe avec le Superstack, il l’a plutôt insérée à l’intérieur de l’ancien local commercial qui abrite maintenant la Galerie du Nouvel-Ontario. Gonflé à chaque bout par une paire de grands ventilateurs, le tube en tissu extraordinairement long, plusieurs fois replié sur lui-même, s’entortillait sur le plancher de la galerie et s’agitait comme dans les spasmes de l’agonie.

De toute évidence, ce geste de Sasaki évoque la disparition de structures industrielles iconiques. Pour disperser le dioxyde de soufre émis par l’affinage du minerai de sulfure de nickel, plusieurs cheminées ont été érigées à Sudbury et quelques-unes d’entre elles étaient les plus hautes de leur époque au Canada. Chacune a disparu tour à tour sans laisser de trace. Notons que même l’avenir du Superstack, qui a été pendant un temps la structure autoportante la plus élevée au monde, est maintenant remis en question et il se pourrait qu’on la démolisse. Mais ce n’est pas l’archéologie industrielle comme telle qui intéresse Sasaki. Il a décrit cette œuvre en disant qu’elle ressemble « à un serpent géant qui se tord ou à des intestins qui se contractent ». Cette dernière description suffirait peut-être pour rappeler (du moins aux personnes d’une certaine génération) la représentation du bas matérialisme théorisé par Georges Bataille dans l’œuvre iconique d’André Masson, qui comprenait une figure décapitée et un rouleau d’intestins qu’on pouvait imaginer comme un labyrinthe matérialiste se tordant secrètement à l’intérieur du travailleur révolutionnaire moderne. Effectivement, les visiteurs à la galerie devaient avancer dans une sorte de labyrinthe en tentant de traverser l’espace de la galerie sans poser le pied sur l’œuvre d’art.

Comme Sasaki a un penchant pour les associations, il apprécierait peut-être une comparaison qui m’est venue à l’esprit avec l’œuvre conceptuelle de Dan Graham, « Detumescence » (1966-1969). L’œuvre de Graham consistait en la publication d’une annonce qui sollicitait une description clinique des « aspects postsexuels émotionnels et physiologiques typiques de l’après-orgasme dans l’expérience sexuelle du mâle de l’espèce humaine ». Ayant constaté l’absence d’une pareille description, Graham l’a qualifiée de « “trou” structural dans le conditionnement psychosexuel du comportement » et a suggéré que sa suppression était d’origine culturelle, ce qui a été confirmé par le fait que sa recherche n’a suscité aucune réponse. Cette œuvre est un exemple classique d’art conceptuel parce que son but est d’articuler une limite conventionnelle et culturellement déterminée qui s’impose sur l’expérience quotidienne.

Comme Graham, Sasaki cherche à susciter des sentiments complexes réprimés ou généralement réfractaires à l’expression. Avec cette installation, il continue de réfléchir à l’attachement de la culture générale à ce symbole industriel, dont la valeur est pourtant ambiguë, et aux sentiments de perte et de délaissement qui sont néanmoins éveillés par la perspective de sa disparition. Comme artiste, donc un producteur primaire en quelque sorte, Sasaki assume la responsabilité d’exprimer pour nous les réactions affectives complexes engendrés par la perte d’un régime entier de production industrielle. Il a créé une espèce de monument qui commémore un événement d’extinction industrielle. En oscillant entre le sublime et le comique, son œuvre soulève des sentiments puissants et très précis dont nous étions à peine conscients.

La deuxième composante de l’installation de la GNO exprime ces sentiments d’une façon encore plus intense, nuancée et personnelle. Sasaki a produit une vidéo à partir d’archives visuelles qui documentent l’utilisation du nickel dans la fabrication de munitions pour la Première Guerre mondiale, ainsi que le carnage qui en a résulté. Ces faits historiques se sont manifestés d’une manière étonnamment actuelle et concrète lorsque Sasaki a découvert en vente sur eBay un coupe-papier fait d’un morceau de shrapnel datant de cette guerre. Sasaki a acheté ce coupe-papier et, en un geste éloquent, silencieux et solitaire, il l’a apporté à Sudbury et l’a enterré dans un tas de scories minières destinées au retraitement. Cet artefact pourrait y demeurer enterré pendant des années, ou il pourrait bientôt se fondre dans un autre objet, comme un moteur d’avion à réaction ou un appareil médical. Le titre de l’exposition évoque des trajectoires qui traversent des moments extraordinaires au fil du temps. Cette œuvre de Sasaki souligne un fait troublant, à savoir qu’historiquement, la prospérité de Sudbury découle directement de son rôle de fournisseur d’une matière essentielle à la fabrication des machines de guerre modernes. En tant qu’invité dans cette ville, il apporte obligeamment un cadeau, mais vu son engagement à l’égard de la vérité historique, ce cadeau rappelle pertinemment la complicité concrète de son hôte dans l’histoire de la guerre et de ses carnages. Néanmoins, son geste est empreint d’une telle grâce qu’il exprime clairement que ses intentions ne sont pas diffamatoires ou accusatrices, mais plutôt élégiaques, voire cathartiques.

La capacité de découvrir la dimension pathétique d’objets banals ou dévalués est peut-être la plus grande des habilités artistiques de Sasaki. Derrière l’humour qui se profile si souvent dans son travail, il y a une forte impression de souffrance et d’absence de liberté. La présentation des débris du pin, par exemple, ressemble étrangement à l’icône chrétienne du chemin de croix et si l’on admet cette ressemblance, sa performance-installation peut acquérir des dimensions allégoriques encore plus étranges. Vue ainsi, il semble que l’œuvre de Sasaki sur les industries primaires ou extractives de Sudbury présente une autre signification que l’on pourrait interpréter comme une méditation sur le paysage dévasté et spectral de cette ville. Ce désastre écologique, qui a défini à jamais l’image de Sudbury pour en faire le symbole du prix à payer pour l’industrie moderne, n’a pas résulté seulement de l’extraction du nickel et des émissions de dioxyde de soufre, comme on le pense généralement, mais de l’interaction des industries minière et forestière. Les deux expositions sudburoises de Sasaki font appel à des gestes artistiques pour animer un dialogue fascinant sur le paysage créé par les économies axées sur l’extraction des ressources. Ce faisant, son travail transcende les limites conventionnelles historiques de l’art paysager canadien et prend place à l’avant-plan de la réflexion écologique au cœur de l’art moderne.

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[i] Voir Wall, Jeff. « Into the Forest ».  Rodney Graham: Works from 1976 to 1994. Sous la dir. de È. Van Balberghe et Y. Gevaert. Toronto: Art Gallery of York University, 1994. 11-25. Wall a aussi apporté sa contribution à ce genre, notamment son œuvre « The Pine on the Corner » (1990).

[ii] Pour une analyse détaillée de ce problème, voir Joseph Leo Koerner, Caspar David Freidrich and the Subject of Landscape.

In The House Built By Those That Came Before Me from Jon Sasaki on Vimeo.

From The Ground To The Sky And Back Again from Jon Sasaki on Vimeo.


Apparences trompeuses

« Se faire avoir comme un bleu / Hook, Line and Sinker »
Exposition de Sasha Phipps à la Galerie du Nouvel-Ontario, octobre 2016
Un texte d’accompagnement par Normand Renaud

Le camouflage, le leurre et la prise : trois réalités familières du milieu des pêcheurs et chasseurs sont en jeu dans cette exposition qui les renouvelle tout en les illustrant.

Je commente d’abord la composante de l’exposition qui m’a procuré le plaisir d’un instant de franche excitation. Dans un coin de la galerie près de l’entrée se trouve un bassin carré en acier inoxydable, rempli d’une eau sombre, monté sur quatre pattes en inox, de manière à placer le petit plan d’eau environ à la hauteur de la taille. Au centre de ce carré d’eau lisse flotte, immobile, une petite bouée conique orange-blanc-bleu : c’est le flotteur qu’utilise le pêcheur pour savoir quand le poisson mordille à l’appât. Une bande sonore de gouttes tombant dans l’eau à rythme lent achève de composer une ambiance paisible. Comme un gros plan photographique cerné d’un cadre métallique, cette image minimaliste capte joliment l’essentiel de l’expérience de la pêche à la ligne dormante. On replonge dans l’attente détendue et à peine attentive qui fait le plaisir du pêcheur. L’image est zen, pure, dépouillée. On la contemple, on s’y abandonne. Jusqu’à ce que, soudain…

Pour un bref instant électrisant, l’image s’anime! Ça mord! Le flotteur subit une toute petite secousse qui engendre une vaguelette circulaire et centrifuge, tout en produisant simultanément chez le spectateur une onde de choc dont l’intensité étonne. Le moment transmet avec une parfaite exactitude la sensation du pêcheur arraché de sa rêvasserie par la perspective d’une prise imminente. Même sans canne, ni appât, ni chaloupe, ni lac ou rivière, on se sent pourtant comme si on y était, à l’instant fulgurant de la capture. Mais l’instant est si bref qu’aussitôt, on en doute. Ai-je imaginé ça? Plus rien; immobilité totale. Le faux pêcheur est d’autant plus désemparé qu’il n’a pas de canne en main pour taquiner la proie. Il ne lui reste plus qu’à examiner l’installation de plus près.

Le secret de l’illusion n’est pas immédiatement évident, mais il n’est pas dissimulé. Un bout de ligne à pêche émerge discrètement le long du bord arrière du bassin. En la suivant du regard, on constate qu’elle descend jusqu’à un petit moteur électrique fixé au sol derrière la table. Sasha nous expliquera plus tard qu’il s’agit d’un petit moteur programmable, comme ceux des imprimantes ou des scanneurs, qui actionne une tige à laquelle la ligne est attachée. Il n’y a donc pas de poisson au fond de ces quelques centimètres d’eau. Mais il y a bel et bien une prise : le spectateur excité par un stimulus insignifiant est tout autant victime de sa programmation neuronale qu’un chat qui se comporte en chasseur devant un brin de ficelle de laine.

Un deuxième thème de cette exposition est le camouflage. Les deux murs qui se font face au milieu de la galerie servent à exposer des créations qui, tout en ayant l’air de motifs de camouflage classiques, sont en même temps autre chose. Le camouflage est censé servir à cacher le fait qu’on se cache. Mais voici qu’il devient une façon d’exprimer le paysage ou d’afficher notre présence au paysage.

Pendant au mur et se déroulant jusque sur le sol, on voit une large bande de toile de canevas à motif de camouflage, longue de plusieurs mètres et munie d’œillets métalliques pour qu’elle puisse servir de bâche. C’est comme si cette toile déroulante nous invitait à recouvrir l’espace entier de la galerie pour superposer la nature sur la structure. On y aperçoit des feuilles de chêne brunes, des cocottes de pin, des branches de pin rouge, des troncs de jeune bouleau et des bleuets. Il s’agit d’un motif que Sasha Phipps a conçu et nommé « Rocky Oak and Blueberries », un nom qu’il a choisi pour son assonance avec « Mossy Oak », un motif de camouflage bien connu dans le commerce.

L’autre bande de toile est drapée sur une structure carrée au plancher près du mur d’en face et attachée à des pierres, comme pour empêcher que le vent l’emporte. Ce motif-ci, l’artiste l’a nommé « Slag and Cattails ». On distingue des quenouilles, des feuilles de chêne vertes, des herbes qui ressemblent un peu à du blé et des morceaux de slague, ces roches noires qui sont les résidus des affineries minières. (Les jolis termes français crasse et crassiers sont peu connus dans la région; c’est dommage.) Tous ces éléments visuels sont extraits de photographies que Sasha Phipps a prises dans les environs de Sudbury.

Si on n’est pas chasseur, on ne sait peut-être pas qu’il existe dans le commerce quelques motifs de camouflage « classiques », nommés Mossy Oak, Real Tree, God’s Country, etc. L’artiste s’en est inspiré pour créer quelque chose qui leur ressemble. Toutefois, par l’utilisation d’images tirées de l’environnement naturel de la région de Sudbury, il confère au camouflage une fonction identitaire, ou à tout le moins un effet de mode, comme les motifs de camouflage apparaissant parfois dans la mode vestimentaire populaire. Le camouflage acquiert donc ici une fonction seconde qui l’écarte de sa fonction première, qui est de créer dans le paysage une illusion d’absence. Ici, il sert plutôt à exprimer la reconnaissance du paysage, à le faire voir d’un nouvel œil appréciatif en agençant esthétiquement quelques éléments emblématiques de la forêt mixte boréale. Sudbury peut désormais se targuer d’avoir ses propres motifs de camouflage uniques et représentatifs de la région.

Non loin, pendues au mur sur des crochets en bois, il y a trois casquettes à palettes, à motifs de camouflage elles aussi. Une de celles-ci est destinée aux pêcheurs. Idée neuve : qui eut cru qu’un pêcheur aurait intérêt à se cacher du poisson? L’idée est amusante et, en effet, un trait d’humour s’y ajoute : sur le dessous d’une des palettes, on remarque le fameux « doré bleu » dont il sera question dans la prochaine composante de l’exposition. Le pêcheur n’a qu’à lever les yeux pour l’apercevoir : près des yeux, près du cœur!

Sasha Phipps raconte que l’idée d’explorer le motif du camouflage a germé lors de sa minirésidence à Sudbury dans le cadre du programme « Aller-retour » de la GNO. Mais il ne savait pas au départ qu’il était possible de faire fabriquer des casquettes à motifs de camouflage personnalisés. C’est en Angleterre qu’il a découvert une entreprise qui accepte de fabriquer en seulement quelques exemplaires des casquettes dont le client fournit le motif. (Mais attention, les Britanniques semblent avoir un petit tour de tête!) Pour leur part, les bâches à motif de camouflage ont été imprimées à l’Université d’Ottawa, où l’artiste travaille, à l’aide d’une grosse imprimante qui peut imprimer sur de la toile.

La dernière composante de l’exposition est celle qui donne son titre à l’exposition : « Se faire avoir comme un bleu ». Je me demandais pourquoi l’artiste a ressuscité cette expression peu usitée qui a ses origines dans le domaine militaire en France, jusqu’à ce que j’aperçoive le « bleu » en question, qui porte drôlement à confusion.

Accroché au mur du fond de la galerie, il y a un poisson grandeur nature, muni de deux très gros hameçons triples. Semble-t-il que ce genre de gros hameçon sert à pêcher le requin. Ce poisson en matière plastique reproduit parfaitement la forme d’un doré, mais si son ventre est de couleur or, son dos, lui, est bleu. C’est donc un « doré bleu »! Ce serait une prise rare, un trophée épatant. Pourtant, il n’est que le prélude à une capture encore plus impressionnante. Car de toute évidence, les hameçons font de lui un leurre servant à attraper bien plus gros et rare que lui.

Le doré bleu est fixé au mur très solidement, car de sa bouche s’étend une corde blanche qui traverse la galerie de biais pour atteindre une canne à pêche fixée au mur d’à côté. La canne est ployée sous la tension de la corde. Quelques quenouilles, toutes blanches pour se confondre avec les murs blancs de la galerie, complètent la scène. C’est donc que la nature se camoufle, comme pour passer inaperçue dans un local aux murs blancs. De son côté, le poisson-leurre accroché au mur, que personne n’a jamais aperçu dans la nature, fait pressentir du jamais vu.

On essaie d’imaginer le prédateur qui mordrait à pareille proie : toutes proportions gardées, il aurait la taille d’un humain adulte, au moins. Est-ce un lancer maladroit qui a emmêlé le leurre dans une végétation riveraine? Ou est-ce que la prise visée est bel et bien le mur de la galerie, comme pour attraper le local et tous les visiteurs qu’il contient? En tout cas, la scène est dynamique, empreinte d’une tension, d’une énergie, d’une quête dont la source et le but sont voilés de mystère ou… camouflés.

Voilà donc un aperçu d’une exposition qui procède par déplacement de réalités familières du vernaculaire de la pêche et de la chasse pour les faire percevoir d’une manière neuve. L’objet ou la situation subit un léger décalage qui ne semble pas altérer très profondément son usage ou sa fonction, mais qui pourtant renouvelle assez profondément sa signification. En empruntant au banal et à l’ordinaire, l’artiste conçoit des nouveautés à même un imaginaire concret. Ces objets sembleraient à leur place dans leur contexte d’origine, ailleurs que dans une galerie d’art, ce qui témoigne de l’appréciation respectueuse des réalités ainsi trafiquées. Il y a sourire en coin et bonne humeur dans ces attrapes sans nigauds. Se faire avoir comme un doré bleu, c’est sympathique.


APPEL AUX ARTISTES : Nouveau Louvre 2016

Quand les premiers flocons de neige se heurtent au sol du Grand Sudbury, on sait que la saison des Fêtes ne se fera pas attendre longtemps! Et lorsque le mercure commence à plonger, les Sudburois qui sont passionnés des arts visuels savent aussi qu’on prépare le Nouveau Louvre à la Galerie du Nouvel-Ontario (GNO).

La GNO invite tous les artistes, de tous les genres et pratiquant tous les styles, d’exposer et mettre en vente leurs œuvres au Nouveau Louvre 2016. Que vous travaillez avec le fusain, la peinture à l’huile, l’argile, l’acrylique, le vitrail, peu importe! Nous serons très heureux d’accepter vos œuvres, les exposer sur nos murs et les proposer aux nombreux acheteurs qui fréquentent cet événement qui est devenu une véritable tradition sudburoise.

Le Nouveau Louvre est la plus importante activité de collecte de fonds de la GNO. Les œuvres au Nouveau Louvre seront toutes à vendre au prix unique de 200 $, dont 125 $ seront payés à l’artiste et 75 $ à la GNO.

Nous acceptons, dès aujourd’hui, jusqu’à deux (2) œuvres à la fois par artiste. Celles-ci seront exposées à la GNO du samedi 19 novembre au vendredi 23 décembre 2016.

Nous encourageons les artistes à nous apporter leurs œuvres le plus tôt possible, afin qu’on puisse bien les documenter et les ajouter au site web du Nouveau Louvre.

Apportez vos œuvres à la GNO (174, rue Elgin), d’ici le jeudi 17 novembre 2016. Les heures d’ouverture de la GNO sont de midi à 18 h les mardis, mercredis et samedis, et de midi à 19 h les jeudis et vendredis.

Pour de plus amples renseignements, n’hésitez pas de nous contacter.


SE FAIRE AVOIR COMME UN BLEU – dans les médias

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Merci au journal Le Voyageur pour le bel article sur SE FAIRE AVOIR COMME UN BLEU (HOOK, LINE, AND SINKER) de Sasha Phipps.

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On peut aussi écouter une entrevue avec Sasha à l’émission Le matin du Nord, de Radio-Canada ICI.

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#sefaireavoircommeunbleu

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Voilà quelques photos qui présentent le travail de l’artiste Sasha Phipps lors de son séjour de création à la GNO. On y voit l’évolution de son nouveau projet d’exposition Se faire avoir comme un bleu (Hook, Line, and Sinker).

Camouflage Sudbury #sefaireavoircommeunbleu #la_gno

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Poisson d’octobre // Catch of the day #sefaireavoircommeunbleu #la_gno

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Quenouilles? // Cattails? #sefaireavoircommeunbleu #la_gno

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Camouflage Sudbury x 2 #sefaireavoircommeunbleu #la_gno

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Quel chapeau! // What a hat! #la_gno #sefaireavoircommeunbleu #sudbury

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Trois chapeaux #sefaireavoircommeunbleu #la_gno #sudbury #galerie #gallery #art

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Gotcha! #sefaireavoircommeunbleu #la_gno #fishing #art #sudbury #sudbury #gallery #galerie #hooklineandsinker

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Papier et lumières sous la surface

Un texte d’accompagnement par Maty Ralph

Les histoires d’un monde souterrain secret nous ont toujours intrigués. Que ça soit Indiana Jones ou l’émission Planet Earth de la BBC, notre appétit pour le mystère sous la surface est reflété sans cesse dans les mondes de l’art et du divertissement. Dans Nouveaux Troglodytes, Philippe Blanchard nous apporte un peu plus loin en nous accordant un contexte dépourvu de narration où nous sommes encouragés à explorer nos fantaisies d’obscurité et de profondeur.

Ça commence avec les formes. Si les stalactites et stalagmites sont des choses banales aux yeux des spéléologues, elles représentent pour le commun des citadins un portail vers un monde qui active l’appel primordial à l’exploration. Blanchard sait comment faire appel à ce désir; il dose parfaitement la forme, la lumière et le paysage sonore. S’il nous offrait un excès de détails, le monde qu’il a créé risquerait d’être trop éclatant, trop vif et par conséquent, trop petit. Ainsi, il utilise les principes du minimalisme afin d’accorder au public les outils nécessaires pour créer eux-mêmes leur propre histoire.

Les mystères à l’époque moderne sont de plus en plus difficiles à trouver. Par exemple, nous pouvons maintenant analyser la topographie d’une lune de Jupiter grâce aux satellites, et soudainement la surface de la planète Terre nous semble, en comparaison, bien moins intéressante. Alors on s’aventure sous la surface, où l’ancien inconnu évite encore, pour le moment, le regard perçant de l’ère numérique.

Blanchard fait son appel le plus astucieux au contraste en dressant un lien entre le numérique et l’ésotérique. Il a construit un monde de pierre, de mousse et de noirceur avec que du papier, des pixels et de la lumière. Alors que les cônes animés clignotent et bourdonnent, et que les paysages sonores électroniques résonnent et se répercutent, l’espace est enveloppé d’un joyeux brouillard de contradictions. Un hybride avenir/histoire est formé, où les apparences sont trompeuses et la seule certitude qui demeure est la conviction qu’on se retrouve loin de la surface.

Et c’est là que, secrètement, nous voulons être : où la puissance des mystères n’est pas diminuée puisqu’on n’arrive pas encore à les résoudre.

Après tout, nous croyons que la caverne fut le lieu de naissance de l’art. Les premières galeries se retrouvent dans le monde souterrain, où les images sur les murs cherchaient à comprendre le monde à l’extérieur, un monde où tous les phénomènes échappaient encore à l’explication et où tout était encore extraordinairement énigmatique.

Maintenant, à l’époque de l’information, la galerie se doit d’accueillir la caverne. Nouveaux Troglodytes est un retour passionné vers le genre d’espace où nous pouvons, une fois encore, explorer les incalculables derniers secrets du monde moderne.

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Maty Ralph aime vous parler de l’art. Il est toujours à la recherche de nouvelles aventures qui mettront à défi les hauteurs de l’imaginaire.


Saison 2016-2017

ALLERS-RETOURS

Les allers-retours peuvent prendre une variété de formes. Que ça soit un voyage dans le temps, l’exploration d’un paysage, le jeu entre jour et nuit, le retour aux origines ou tout simplement le va-et-vient d’une conversation, chaque artiste de la Saison 2016-2017 de la GNO nous présente le fruit de leur parcours, le résultat de leur aller-retour.

En plus des considérations thématiques de sa programmation, l’idée des allers-retours s’accorde bien avec le genre de projet que la GNO coordonne. Depuis son 20e anniversaire en 2015-2016, la GNO encourage les artistes à mener des voyages de prospection et des séjours de création en amont de leurs expositions. Ainsi, les projets que présente la GNO sont souvent créés en réaction aux particularités du paysage local.
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01 Philippe Blanchard

NOUVEAUX TROGLODYTES
PHILIPPE BLANCHARD

11 août au 24 septembre 2016

Le travail de l’artiste Philippe Blanchard cherche à réinvestir l’animation de son caractère fondamentalement merveilleux et magique. Avec ses stalagmites et stalactites éclairées par stroboscopes et projecteurs, Nouveaux Troglodytes transformera la galerie en un espace animé et psychédélique faisant un lien entre le passé lointain et le futur.
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02 Sasha Phipps Option2

SE FAIRE AVOIR COMME UN BLEU (Hook, Line and Sinker)
SASHA PHIPPS

7 octobre au 5 novembre 2016

L’artiste Sasha Phipps explore et réinterprète les cultures dites « vernaculaires ». À la GNO, il compte faire l’installation et la mise en scène d’un paysage inspiré des rives du lac Ramsey. Certaines surfaces seront couvertes de motifs originaux de camouflage, spécifiques à la région et composés à partir de photos du paysage local.
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nlouvre-2016

LE NOUVEAU LOUVRE
19 novembre au 23 décembre 2016

Chaque année, nous sommes étonnés de la qualité des œuvres soumises au Nouveau Louvre. Un événement phare de la saison des Fêtes à Sudbury, cette vente d’art incontournable présente le travail d’artistes visuels de tous les genres. Chaque morceau d’art au Nouveau Louvre sera à vendre au prix modique de 200$.
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04 Juan Ortiz-Apuy

OUT OF THIS LIGHT, INTO THIS SHADOW
JUAN ORTIZ-APUY

10 février au 8 mars 2017

Avec les techniques du collage et de l’assemblage, Juan Ortiz-Apuy explore le concept du Junkspace : une extension de la notion de la malbouffe qui s’applique à la totalité de notre environnement construit. Le paysage sculptural animé qui en résulte met en scène des « personnages » absurdes qui font référence à l’histoire de l’art et au langage du design.
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LE HOMECOMING
JENNA DAWN MACLELLAN

17 mars au 5 mai 2017

Par l’entremise de l’autofiction, le projet de jenna dawn maclellan aborde les défis de la vie quotidienne dans le Nord, tels qu’ils ont été révélés par son propre retour en Ontario. Ses œuvres illustreront ainsi les stratégies de survie ludiques qu’elle a développées afin de se défendre contre chacune des quatre saisons.
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06 Linklater Nebenionquit Naponse

CONSTELLATED __________ TALK
TANYA LUKIN LINKLATER, DARLENE NAPONSE, DEANNA NEBENIONQUIT

2 au 30 juin 2017

Ce projet collaboratif sera élaboré à partir d’une série de conversations entre Tanya Lukin Linklater, Darlene Naponse et Deanna Nebenionquit. Elles exploreront, entre autres, ce que signifie être « sur le terrain » en tant qu’artistes autochtones dans le Nord de l’Ontario et comment faire pour élargir l’espace conceptuelle autochtone sur le plan des institutions.


L’Église du Moi

Réflexions sur « La Fugue » de Geneviève Thauvette
Un texte d’accompagnement par Lara Bradley

Une tombe. Un tunnel. Un utérus.

Un garçon blond court, s’élance et y glisse à pieds de bas en criant, en riant. Il se précipite devant les adultes, devant l’assortiment d’objets souvenirs qui longent l’extérieur de la structure blanche oblongue ― photo d’écolier encadrée, fleurs artificielles, béquille, crucifix, masque d’ours, boule de disco, animal en peluche, trophée ― pour s’engouffrer de nouveau entre ses parois étincelantes, illuminées par des guirlandes de lumières qui s’allument en rapide succession d’un bout à l’autre, puis dans le sens inverse. Il se dépêche, il n’est aucunement effarouché par cet art.

Nous, les adultes, nous hésitons devant le portail de l’installation. Nous sommes tracassés par l’impression d’être un enfant arrivé en retard à l’église (ah, mais quelle église!) qui ne veut pas sortir de la pénombre du vestibule. Nous n’osons pas marcher sur le plancher miroitant, avancer au milieu de toute cette lumière, devenir le centre de l’attention.

Pour une fraction de seconde, je me retrouve dans ma classe de chimie à l’école secondaire où je jouais avec des perles de mercure toxique sur la surface noire de mon pupitre. Je les tassais ensemble pour former une grosse goutte que je piquais ensuite pour la voir éclater en gouttelettes. Que devenaient les gouttelettes perdues qui fuyaient par les fentes? Serait-ce ici la mare formée par tous ces éclats de mercure perdus? Non, ce sont plutôt les parois en Mylar d’une installation de culture que j’ai visitée dans ma vingtaine. Je sens la chaleur des lumières reflétée par ses parois argentées et je respire les relents des plants de pot en écoutant mon copain m’expliquer ses plans grandioses, avant leur dénouement malheureux.

Cette installation a une odeur. Ce n’est pas celle des plants de pot, mais elle lui ressemble : le musc humide de la feuille de plant de tomate mélangée à la betterave, au pollen, au chèvrefeuille, au champignon, à l’encens et au bois d’église. C’est un parfum que l’artiste, Geneviève Thauvette, vaporise dans l’air pendant la nuit. À la manière de Tom Robbins et de son Jitterbug Perfume, elle l’a conçu en tentant de capter une impression de décomposition et de décadence, de mortalité et de transcendance.

Le garçon blond s’élance de nouveau.

Nous les adultes, nous y allons plus lentement. D’abord, en nous penchant pour franchir l’entrée (si nous sommes grands) sous le crâne fixé parmi les fleurs. Puis, avec réticence, nous tombons à genoux pour y avancer en rampant, gênés dans notre peau d’adulte.

Lors du vernissage, il y a trop de bruit pour qu’on puisse entendre les rires et les applaudissements enregistrés qui tintent dans le tunnel. Mais on sent dans nos os un bourdonnement grave tandis que le son de la fugue de l’Amen de Mozart s’élève et s’affaiblit, la lecture de l’enregistrement se faisant d’abord normalement, ensuite en marche arrière. Certains d’entre nous sont couchés sur le dos et voient leur reflet fragmenté, perdu parmi les éclats de lumière colorée. En quittant le tunnel, nous nous apercevons brièvement ― à peine une bribe d’image de soi-même en mouvement ― dans une vidéo projetée au mur avec un léger décalage temporel, encadrée par un rideau de filaments argentés digne d’une émission de jeux télévisés.

Hé, toi. C’est toi, le centre de tout ça, dans cette église du Moi érigée par Thauvette en joyeuse dérision de nos âmes modernes égocentriques repliées sur nos autoportraits photographiques. (Il y a aussi dans le mélange des mythes grecs, comme Narcisse et Écho, que je commenterai ci-après.) L’expérience qu’on y fait est comme un « bonbon pétillant pour l’épiphyse » : elle est électrisante, édulcorée et éphémère. C’est la même excitation intime que l’on éprouve lorsqu’on fait sur Google la recherche de son propre nom, qu’on s’aperçoit au téléviseur à l’épicerie, ou qu’on accumule des « j’aime » après avoir affiché en ligne une nouvelle photo de profil.

Moi. Me voici qui m’amuse. (Même si nous nous sommes disputés en nous rendant à la galerie et que nous n’avions rien à nous dire en dînant ensemble, tant nous étions absorbés par nos téléphones.) Mais vois comment nous dévorons goulûment notre repas d’Instagram. Vois. Moi. Toi. Heureux! Pas juste heureux, mais émoticônement heureux!

Lors du vernissage, Thauvette papillonne d’une personne à l’autre, un appareil photo pendu à son cou. Sa beauté est frappante, comme si elle incarnait son œuvre.

Ses jambes sont comme celles d’un fauteuil rococo, minces et galbées dans des collants blancs qui aboutissent à de mignons souliers blancs agencés, élégants et ornementés. (Plus tard, j’apprendrai qu’elle est accro du rococo.)

Je ne remarque pas les pointes bleutées de ses cheveux avant le lendemain, quand nous marchons au soleil à la recherche d’un café. Elle commande un triple espresso avec du lait chaud au chocolat. Un triple. Son choix m’inquiète, car déjà elle semble vibrer dans une sphère transcendante d’énergie, de mots et d’idées qui lui tournent autour de la tête comme des abeilles et que ses mains saisissent hardiment en plein vol.

Bien qu’elle soit jeune, au seuil de la trentaine, elle n’est pas novice en matière d’art et de milieux artistiques. La création d’installations est un aspect de son art, mais elle s’est d’abord adonnée à la photographie. Ses photos ont été exposées partout au monde, notamment au festival Media Arts au Japon, au International Arts Festival de Perth en Australie, et aux 6e Jeux de la Francophonie à Beirut, où elle a remporté la médaille d’or pour le Canada. Vous pouvez aussi trouver sa série « Les quintuplées Dionne » au Musée canadien de l’histoire.

Des installations de Thauvette ont aussi été présentées dans le cadre de l’événement Nuit blanche à Ottawa. Semblables à « La Fugue », elles jouaient aussi sur les idées de la mort, de la culture populaire, de la célébrité et du moi.

Il y a eu l’aérostat blanc attaché à un édifice sous lequel des nuages de fumée s’élevaient et où on lisait les mots « The World is Yours ». C’était inspiré du film Scarface. Dans une scène de ce film, Al Pacino voit passer un dirigeable noir où ces mots sont inscrits, puis tout vire au vinaigre.

« Technical Difficulties: On Air and Other Disasters » était une installation qui ressemblait à une cabine d’avion. Dans celle-ci, il y avait la dichotomie entre des scènes d’écrasement d’avion projetées en silence et une bande audio composée de vrais enregistrements des dernières minutes de communication de pilotes.

Il y a eu aussi « Cake is Freedom », la fois où Thauvette s’est costumée en Marie-Antoinette aux yeux bandés en pleine splendeur rococo, dressée dans un gâteau de fête tout en chantant la Marseillaise. Celle-là jouait sur plusieurs thèmes, dont la peur de chanter en public. Cette performance a fait l’objet d’un documentaire tourné par Radio-Canada.

« Mon ami rit de moi et dit que je suis rococo. C’est ma période préférée de l’histoire. Comme ce tableau où l’on voit une fille sur une balançoire et quelqu’un qui regarde sous sa jupe. J’aime le détail et j’aime le sens symbolique. »

« La Fugue » puise son origine dans l’appréciation qu’a Thauvette pour les églises et les sites commémoratifs, comme ceux qu’on voit au bord de la route après un accident, ou à l’extérieur de la maison luxueuse d’une vedette après une overdose.

« J’aime cette expression spontanée de sympathie et d’empathie qui s’affiche si ouvertement en public. C’est quelque chose de très profond et primal et inconscient, explique-t-elle. Parfois, les gens le font pour quelqu’un qu’ils ne connaissent pas personnellement, comme une vedette. Ils le font pour dire au monde qu’ils ont mal, qu’ils ressentent quelque chose. Ça ne parle pas de la personne qui est morte. »

L’époque dans laquelle nous vivons est dominée par le moi et le « culte du moi », dit-elle. L’oxygène qui nourrit les flammes de l’autopromotion a été fourni par les médias sociaux. Parallèlement, pour plusieurs, la religion est devenue désuète. Puisqu’on a déclaré que « Dieu est mort », est-ce que nous nous empressons de combler le vide avec… nous-mêmes?

« Le moi et le culte du moi que nous vivons actuellement, c’est une période très intéressante de notre société. À quoi nous rattachons-nous? Qu’est-ce que la communauté? L’homme ne peut pas exister sans religion, mais vu l’état de la religion de nos jours, où est notre exutoire? Dans notre quête de sens, nous nous sommes tournés vers nous-mêmes, je suppose », dit-elle.

En tant que société, nous canalisons notre vanité tout en la mélangeant avec notre besoin de quelque chose de plus élevé. Donc, une nouvelle religion est en gestation et nous sommes au cœur de ça, dit-elle.

« Toute cette énergie profonde qui est liée au divin et à l’inconnu se déverse dans les selfies et les hashtags, dit Thauvette. Je vois l’importance de ça, mais c’est sans profondeur. »

« La Fugue » est un tunnel, oui, mais c’est peut-être aussi un corridor menant à un autel. Son entrée a vaguement la forme d’une nef gothique, dit-elle. Mais la structure ressemble aussi un peu à un tombeau. Le tunnel « rétrécit » : plus large à un bout, il devient graduellement plus étroit à l’autre bout, ce qui oblige les gens à se mettre à genoux pour en sortir.

« Il y a cette piété forcée. Les gens se regardent eux-mêmes, comme Narcisse qui tombe en amour avec soi-même », dit-elle.

Écho entre aussi en jeu, grâce à la fugue de l’Amen de Mozart. Bien qu’il y ait plusieurs variations de ce mythe, dans une version, la nymphe Écho s’éprend d’un jeune homme nommé Narcisse qui n’aime que lui-même (et qui finit par s’étioler en fixant du regard son propre reflet dans une mare). En plus de son amour pour Narcisse, l’autre erreur fatale d’Écho est le plaisir qu’elle prend à entendre sa propre voix et à parler. Donc, ayant suscité la colère du dieu Juno, Écho est condamnée et ne peut que répéter ce que disent les autres.

« Une fugue est une composition musicale où les voix sont répétées, ce qui se rapporte au mythe d’Écho. Condamnée à ne jamais avoir de voix; elle ne peut que répéter. Donc, ce qu’elle dit est futile et vide de sens. C’est essentiellement le retweet en mythologie », ajoute Thauvette.

Mozart considérait cette fugue comme son chant funèbre. Il avait l’impression que ce serait sa dernière création, dit-elle. Dans cette installation, on l’entend jusqu’à la fin, puis on l’entend à reculons. Donc, la trame audio a son propre miroir, tout comme d’autres éléments de l’installation.

En plus de la fugue, on entend dans le tunnel le son de rires et d’applaudissements, ce qui a rapport avec notre désir d’être appréciés et aimés, ainsi qu’un lourd son grave, une « présence audible » qui pèse sur toute la salle. Thauvette voulait que les spectateurs ressentent les vibrations « à un niveau plus profond », tout en rampant à quatre pattes vers la sortie.

Le dernier élément de l’installation est son parfum, conçu pour suggérer la décomposition et la décadence, ainsi que les souvenirs d’église.

« Nous avons remplacé Dieu par cette ridicule obsession du moi. Je vois l’ironie dans le fait que j’en parle avec toi maintenant. Nous parlons juste de moi et de cette pièce d’art. Être simplement une artiste solitaire, c’est une occupation très nombriliste, dit Thauvette. Ma mère a dévoué sa vie professionnelle à des enfants qui sont incapables de la remercier. Moi, je suis là à fabriquer des tunnels fantaisistes qui essaient d’exprimer une idée nébuleuse, alors qu’elle essaie d’améliorer la société de façon tangible. »

Pour Thauvette, l’impression de produire du tangible lui vient des personnes qu’elle voit en interaction avec son art et qui en retirent quelque chose. La réaction du petit garçon blond a fait toute la différence.

« J’ai vraiment épaté ce petit garçon. C’est pour ça qu’on fait de l’art. L’art peut être sérieux et sobre, mais mon cœur est ailleurs. Je veux que ce soit un peu festif », dit Thauvette.

Je reviens plus tard alors qu’il n’y a plus foule. Des gens ont laissé d’autres objets souvenirs et ont écrit sur la tombe au crayon-feutre. Maintenant, il ressemble un peu à un immense plâtre pour un bras cassé.

Rémi était ici. Kanye West aussi. Cool.

Couchée sous le spectacle des lumières, je me souviens de la croix rapportée des funérailles de mon beau-père que j’ai trouvée dans une boîte chez ma mère. Nous nous demandions quoi en faire. Où peut-on mettre une telle croix, ailleurs que dans une boîte-à-conserver-à-jamais, lorsqu’on ne sent plus que c’est approprié de l’accrocher à un mur? Faudrait-il la ranger près de cette tombe avec toutes les autres parcelles de souvenirs et de possessions?

J’entends le bruit des applaudissements enregistrés et je pense qu’il est si facile d’obliger les gens à applaudir. La plupart du temps, lorsqu’on applaudit, c’est sous l’effet conjugué de la pression des pairs et de la politesse.

Je sens une pression qui pèse sur ma poitrine. Cette sensation a commencé ce matin et n’a pas diminué depuis. J’imagine le pire : je pourrais faire une crise cardiaque ici même, en ce moment même. Que ce serait merveilleusement poétique! Et que c’est narcissique de ma part d’imaginer ma mort dans cette minicathédrale de la pop culture, dans cette église miroitante à la disco dédiée au culte du moi.

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Ce texte d’accompagnement est commandité par l’Université Laurentienne.

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LA FUGUE – encore dans les médias

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Merci au journal Le Voyageur pour le bel article sur LA FUGUE de Geneviève Thauvette.

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On peut aussi écouter une entrevue avec Geneviève à l’émission Le matin du Nord, de Radio-Canada ICI.

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« Le bleuet, c’est l’infini »

un texte d’accompagnement par Normand Renaud 

On veut… du bleu plein les yeux
Du bleu… pour les amoureux
Du bleu… dans les ananas
Du bleu, du bleu où il n’y en a pas
(chanson de Ginette Reno)

Un compte-rendu bien étayé de l’exposition « Mines de rien pas pour cinq cennes » aurait plutôt mis en exergue une théoricienne de la sémiologie des tropes ou des figures de sens. En effet, ce savoir érudit pourrait éclairer un aspect essentiel de cette collection d’objets éloquents nés de croisements fascinants. J’espère qu’un jour quelque spécialiste s’y mettra, car son analyse fascinera.

Mais à bien y penser, les lumières d’une chanteuse populaire font mieux l’affaire. Car on rejoint ainsi un fondement de la démarche de ce ravaudeux d’histoires qu’est Guillaume Boudrias-Plouffe : son parti-pris pour la culture et le génie du peuple, dont il entend valoriser le potentiel mésestimé. Le joyeux refrain de madame Reno cerne bien un procédé à l’œuvre dans cette installation et peut-être même un sens qui s’en dégage.

Alors, l’orange d’Éluard a eu son tour. Désormais, la terre est bleue comme un bleuet.

Voilà une intuition poétique d’envergure cosmique à laquelle nous convie cette exposition qui est le… oui, le fruit d’un acte de présence engageante envers un milieu physique et humain, en l’occurrence le Grand Sudbury. Sous la chaleur bénéfique d’un regard sympathique, l’humble baie s’est immensément gonflée d’orgueil, si bien que maintenant elle colore intimement tout ce qui l’entoure et, surtout, qui s’y frotte.

C’est ainsi qu’en entrant dans la galerie, le visiteur aperçoit d’abord de grosses masses informes de styromousse évocatrices des collines rocheuses de ce coin de pays, celles-là mêmes qui l’été sont parsemées de baies bleues. Mais la « pierre » n’est plus de ce noir calciné qui a fait la triste célébrité de ces paysages corrodés par les pluies acides minières. Ici, le roc est d’un bleu mauve qu’on aura tôt reconnu comme le bleu bleuet. Alors, la minuscule partie est devenue le grand tout, l’élément est contexte, l’effet est la cause, le lieu d’origine est le produit. Métonymie? Métaphore? Synecdoque? Je vous disais qu’il faudrait les lumières de la rhétorique.

Un peu plus loin, le visiteur aperçoit deux pieds bleutés parfaitement moulés en cire d’abeille, ce qui leur donne un petit parfum mielleux. Ces pieds‑là auraient donc tant foulé ces rochers-là qu’ils en ont pris la teinte? Est-ce donc ainsi qu’on a pied, qu’on prend pied, qu’on a les deux pieds sur terre en cette terre bleue comme un bleuet? Pieds de ciarge – juron nouveau – pourra-t-on dire en guise d’eurêka devant cette soudaine illumination.

Mais le bleuet peut aussi déteindre sans colorer. Cette exposition en témoigne au fil d’une collection hétéroclite de créations inspirées de l’esprit du peuple qui, pour la plupart, ont du bleuet dans le toupet. On les doit aux artisans de la cuisine, du bibelot, de la tradition orale, de l’animation communautaire, voire de la mythologie populaire, mais ultimement à la démarche du ravaudeux d’histoires qui les rassemble et les ravive en des amalgames générateurs d’idées neuves.

Par exemple, on admire les hachures géométriques de divers motifs de dessus de tarte. Ici, elles sont d’autant plus admirables qu’elles sont découpées avec une adresse manifeste dans une large planche de bois, puis perchées comme des étoiles d’arbre de Noël au sommet de quatre pyramides sveltes. Celles-ci sont revêtues d’innombrables petites déchirures de photos de bleuets qui ont été patiemment collées en place une à une. Au contraire du geste qui ramasse, c’est le geste qui remet. Certaines pyramides ne sont que mi-bleuet, le reste de leur surface ayant un aspect métallique, comme si métal et végétal se complétaient. À mes yeux, ces assemblages évoquent esthétiquement la puissance du patient dévouement et la force des gestes généreux qui mènent de la récolte au régal.

D’autres dessus de tartes figurent dans des photos encadrées accrochées au mur. Au premier regard, on dirait de vraies tartes posées par terre sur ce fameux roc noir sudburois. Mais un examen attentif révèle qu’il s’agit en fait de tartes en céramique d’un réalisme trompe-l’œil. On voisine ici la traître pipe de Magritte – « ceci n’est pas une tarte » ‑ ou même la « rencontre fortuite » surréaliste d’une tarte aux bleuets dans une talle de bleuets. Il ne reste qu’à imaginer la surprise du cueilleur qui en trouverait une en pleine nature, puis la vantardise qu’elle justifierait : « ma talle est tellement bonne que j’y ai ramassé une tarte toute faite! ».

Pour se faire servir une vraie histoire invraisemblable, le visiteur descend au sous-sol de la galerie et constate avec une certaine stupéfaction qu’un ours y tient à force de bras un poteau qui empêche la terre de s’écrouler. L’ours en question est en fait le costume porté par la personne qui incarne la mascotte du Festival du bleuet annuel de Sudbury : Sud-berry Bear (ou comme dirait l’autre, l’ours sud-baie-rois). Ce costume a été prêté par le festival, tandis que d’autres éléments parsemés dans l’installation proviennent de la cache aux trésors personnelle de l’organisatrice, Jeannine Larcher-Lalande, dont l’artiste a tenu à saluer le dévouement lors du vernissage.

Ici, cependant, la mascotte se métamorphose en héros minier substitué au personnage titre de la chanson « Gros Jambon ». Succès populaire de Réal Giguère dans les années 60, cette chanson raconte comment, lors de l’effondrement d’une mine, un homme fort a péri pour sauver ses compagnons en soutenant le toit de la galerie à l’aide d’une poutre. Dans une bande audio, on entend le ravaudeux d’histoires qui chantonne sa version trafiquée : « Gros Ours bleu… Gros Ours bleu, eu… » Notre sémiologue appellerait peut-être ça un hypertexte. En tout cas, c’est une confluence amusante des mythologies du bleuet et du minerai et c’est on ne peut plus sudburoisement insolite.

Au minerai et aux bleuets, le ravaudeux d’histoires joint le troisième élément d’une sainte trinité locale : le pin blanc. Sainte-Anne-des-Pins était à l’origine le nom bien canadien-français du village fondé à « Sudbury Junction » et la première ressource naturelle ravagée en ces contrées a été ses grands pins blancs, depuis longtemps disparus. Leur apport à l’installation peut sembler un peu discret au premier coup d’œil. Pourtant, il s’agit d’un tour de force.

Appuyées contre deux des murs de la galerie, près des roches bleues, on voit une douzaine de très longues tiges rondes en bois nu d’une dizaine de pieds en longueur, sinon plus. Rien ne l’indique, mais le personnel de la GNO vous dira qu’il s’agit bien de pin blanc. On chercherait en vain pareilles pièces de bois d’œuvre dans le commerce. C’est que l’artiste les a lui-même fabriquées, avec l’aide de complices locaux.

Pour bien apprécier ce qu’on voit, il faut savoir que l’artiste a déniché chez une petite scierie locale, Portelance Lumber, une rare poutre de pin blanc massif, que le propriétaire de la scierie a pu identifier grâce à sa connaissance des essences. Puis, l’artiste a rallié à son projet un technologue d’Architecture Laurentienne, Francis Thorpe, qui disposait de l’atelier qu’il fallait pour transformer la poutre carrée en cette douzaine de longues tiges cylindriques. Leur forme évoque-t-elle les carottes rocheuses extraites du sol par les foreuses à prospection, ou bien les fleurets des foreuses à extraction qui percent les trous à remplir d’explosifs?

Pareilles interprétations sont d’un moindre intérêt au regard de la démarche comme telle, du processus qui a donné naissance à ces espèces de gaules. Pour y aboutir, que d’effort, de remue-ménage, de volonté d’aller à la rencontre d’un milieu et d’en activer la potentialité. Voilà le sens de ces longs bouts de bois. Quand le ravaudeux d’histoires explique que ses rencontres avec les gens de la place sont intégrales non seulement à sa démarche, mais à son œuvre comme telle, on le comprend. Bref, il nous tend la perche… plusieurs en fait.

La tradition orale locale, le conte folklorique, contribue également à l’installation. À l’extérieur de la porte d’entrée de la galerie, une bande sonore joue en boucle une histoire qui fait boucle. On y entend notre artiste qui livre lui-même un conte de « mon oncle Émile », le regretté conteur local Émile Maheu. C’est une histoire d’ours qui surprend un cueilleur de bleuets, encore et encore. Car dans ce conte, le fin mot de l’histoire est la reprise de son début. On ne s’en sort pas; le bleuet, c’est l’infini. À son arrivée ou à son départ, le visiteur franchit le portail de la pérennité.

Lors du vernissage, le ravaudeux d’histoires a ajouté à son installation un élément de performance. Coiffé d’un casque dur sur lequel il a fixé une bougie à la manière des mineurs de l’époque pionnière, il a circulé parmi les spectateurs pour donner à chacun une part de « farine de bleuets ». (C’était en fait une pâte de fécule de maïs teinte en bleu, séchée, puis réduite en poudre.) Ensuite, il a invité chacun à s’avancer et à déposer sa petite poignée sur le plancher en six petits tas. Ce geste, a-t-il dit, rappelle une meunerie d’il y a longtemps et ses six silos toujours présents dans un quartier sudburois, auquel ils donnent son nom populaire, le « Moulin à fleur ». Tri-isotopie, dirait notre sémiologue? En tout cas, ainsi farinacé-minéralisé, le bleuet moulu au creux de la main représente la petite contribution que chacun peut apporter à l’édification de son milieu par la perpétuation de son histoire et l’amplification de son imaginaire.

Alors, voilà comment se pratique le métier de ravaudeux d’histoires. Prenez des réalités voisines et mariez-les. Une brique et un fanal, mystère et boule de gomme… la conjonction engendre la révélation. Tout se parle, se répond, se complète, se dilate, s’intensifie et s’enrichit. Il faut de tout pour faire un monde, un monde pour faire le tout et du monde pour tout faire. Or, nous en avons un monde, juste devant notre nez, qu’on a tendance à négliger. Pour mieux l’estimer, il suffirait de l’explorer, d’y puiser des ingrédients et de mélanger doucement… et vous aurez du bleu plein les yeux.

Normand Renaud, Sudbury, février 2016


La poésie translucide des BLOBETTES

Ron Loranger, artiste visuel
un texte d’accompagnement par Pierre Raphaël Pelletier

On naît alors comme tout artiste,
en mer agitée,
forcément embarqué.

Alain Deneault, La Médiocratie


[note : les citations et les images mises en retrait sont les réactions ou les commentaires de l’artiste Ron Loranger]

Ron trace son petit chemin de travers comme artiste professionnel depuis 1981.

Hors de toute convention, tradition, protocole, recette à la mode. Tout de go l’artiste a sa manière de créer un langage visuel qui ne répond à rien et qui se déploie accompagné de clins d’œil aquarellés, dans la blancheur insondable de l’espace.

D’ailleurs la sympathie que l’on peut avoir pour une œuvre est la seule façon de l’approcher pour se glisser dans son intimité (voir Lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke).

« Ouais… l’écriture ç’pas mon affaire. »

Mise en garde

Toute critique sur l’art, aussi éclairée soit-elle, est toujours a posteriori de l’œuvre, car l’inexprimé de celle-ci laisse à découvert l’interprétation (voir La Beauté exulte d’être si rebelle, de l’auteur, aux Éditions David).

« Les grands trouvent leur signature. »

Blobettes, Ron Loranger

Il y a de cela un bon moment… Ron cherche un mot qui pourrait donner un sens à ses amibes de couleurs.

Blub, blubber, boule de gras, tache de boue, qu’il trouve trop ordinaires. Son ami d’alors lui dit, “Ron, it’s so fucking serious Blob, blob, blob, blood… Oh, I got it ! Call it Blobettes. It’s funny, yet it says exactly what your art is about.”

« Le dessin ne ment pas très bien. »

De là les fameuses Blobettes !
Qui se font
caresses érotico-festives
transes entre deux mondes
arcs-en-ciel d’étranges silences
nymphes paumées
méduses dansantes
yeux qui vadrouillent
éphémères voyageuses
lucioles
comme des papillons fouineurs
molécules à tourniquets transgenres
matières molles à dentelles

Blobettes à chair de couleurs dans la sacramentelle nuit blanche. Ainsi et bien au-delà parle cette poésie translucide des Blobettes. Heureuses comme fougueuse liberté, celle des révolutions permanentes (voir Jean Dubuffet).

Allô j’arrive !

Coucou ! Prise 1 sur le monde de Ronald Raymond Loranger. Un petit humain, à l’aveuglette, se pointe à 1h45 du matin le 18 février ____ à l’hôpital Sensenbrenner à Kapuskasing, par un temps de tempête terrible.

« 1964 :

  • Même année que Fusion des arts , le premier centre d’exposition autogéré canadien français ouvre ces portes a Montréal;
  • Giorgo Morandi, le peintre italien, meurt;
  • Andy Warhol crée son film Empire;
  • Joseph Beuys sculpte sa chaise de graisse;
  • Marshall McLuhan écrit Understanding Media:The Extensions of Man. »

Empreinte de vie

Créer son empreinte sur le monde, dans un milieu plus que modeste, où l’argent se fait rare, relève d’un courage et d’une coriacité constante.

Mais heureusement, la famille Loranger est de celles des pionniers du Nord de l’Ontario qui ne lâchent pas. Le bonheur chez les Loranger a bonne mine. Enfance agréable entourée de sa mère et de ses deux grands frères. Très tôt, en bas âge, Ron dessine tout le temps et peint. Viendra quelques années plus tard, les paysages à l’huile, jolis comme on les aime.

À Kapuskasing, au cours de sa deuxième année de primaire, le voyant dessiner, la mère supérieure de l’école qui passait par là de façon bienveillante lui dit, « tu vas devenir un artiste quand tu vas vieillir ». Ron, de lui répondre immédiatement, « je le sais », certain de sa destinée. Comme je le disais ci-dessus, c’est ça « créer sa vie comme une œuvre d’art » (La couronne d’herbes, Étienne Souriau).

« L’art je crois, est biologique. Créé en nous par les machins de l’évolution. »

Point de rupture

Ennuyé à un tel point de l’art bien fait, Ronald Loranger l’artiste se rebelle contre ce qu’il appelle l’art facile, celui des bouquets de fleurs, etc., de toutes ses peintures qui se vendent bien dans les galeries. Sa boussole virevolte, enfin l’artiste prend le large.

« Je veux pas faire des beaux tableaux. »

Toronto

Il quitte Kapuskasing à l’âge de 17 ans. Arrive dans la grande ville où il se sent plus libre de vivre sa sexualité comme il l’entend. Pour survivre, Ronald se prête à toutes sortes d’activités alimentaires, une variété de p’tites jobs, qui ne payent pas.

Par contre, malgré toute cette agitation quotidienne, dans la ville de Toronto, il trouve le moyen d’étudier les arts et le graphisme au Ontario College of Art (aujourd’hui l’OCAD University).

À l’âge de 24 ans, il quitte Toronto pour s’installer à Londres où il habitera exactement un an et un jour. Un ami intime le prendra alors en charge.

Jobettes de toutes sortes, entre autres, vendeur de souliers à toute une faune d’individus bizarres, dont des bikers, des skin heads. Comme la chance lui sourit toujours, dans cette vie mouvementée qui est la sienne, son protecteur est directeur de la gestion générale du Royal Opera House. Ronald assiste à plusieurs concerts. Il y croisera des grandes personnalités du monde de la scène, des personnages puissants de Londres, des vedettes d’Hollywood, mais aussi des gens à prestance historique, comme la princesse Diana et l’archevêque de Cantorbéry. Tout ça l’amuse bien. Ronald ne se prive pas de faire tous les excès, dans la ville de Londres et de transgresser les modes de vie conservateurs. Il s’y défonce jusqu’à la limite, où l’on chavire dans l’abîme. Il se joue dangereusement des frontières entre la vie et la mort. Aussi bien dire que notre artiste mord goulûment dans la pomme d’Adam.

« Tu es fait d’étoiles ! »

Ronald Loranger en profitera pour voyager un peu partout en Europe, entre autres, en Autriche, en Espagne, et en France, à Paris, où il vivra pendant un certain temps. De retour à Londres, Ron frôlera la mort de près et la dame noire le toisera de son regard abyssal. Je me permets de rappeler l’évènement tragique qu’il connaît un soir sur la Tamise où 141 personnes se défoncent sur un bateau pour touristes. Alors que rien ne semble l’annoncer, quelque chose encore inexpliqué fait couler le bateau. En conséquence, tout ce beau monde se retrouve dans l’eau glaciale de la Tamise, enveloppé d’un noir le plus absolu. Hurlements, cris de détresse, panique générale, appels désespérés à l’aide, gens qui se noient à droite et à gauche,… Bon nageur, Ronald n’y voyant rien, se met à nager dans le sens du cours d’eau au débit rapide. Au loin déjà on entendait les cris de désespoir s’éteindre. Courageux, Ron continue de nager, surtout sur le dos. Il entend deux personnes qui se débattent à bout de souffle pour survivre. Ronald réussit à leur porter secours et les traîne avec lui jusqu’aux assises du pont. Ronald se défait de ses vêtements et continue à nager sans rien voir. Finalement, un bateau de secours tire les survivants de l’eau. Plus d’une quarantaine de personnes y auront trouvé la mort, dont quatre amis. Quand Ron est repêché, il est tout nu sur le pont, au grand dam des officiers. Il scandalise tous ces bons citoyens de Londres, nullement habitués à ce genre de scène. Ronald me raconte cette histoire, encore ému de ce triste accident qui le marque à vie.

« As a survivor, you’re srewed up. »

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Quotidien à Toronto

Propriétaire d’une petite maison en banlieue, ouverte à tous les amis (plus ou moins une auberge espagnole, à la manière de l’artiste), il a un atelier dans lequel il fait œuvre au jour le jour, bordé par un silence absolu. Il pourvoit à ses nécessités. Ron de me dire « je marche les chiens ». Le jour, il se promène dans tous les coins de la ville, à la recherche d’images pour nourrir son œuvre. Il cueille toutes sortes d’images, affiches sur des poteaux, panneaux publicitaires, graffitis, dessins sur les trottoirs, tout un bazar visuel pour son œil.

« Est-ce pour ça que Ron fait partie de ToRonTo ? »

« Je prends d’autres images sur le web, ou autour de moi, dans mon quotidien. Je prends tout ce que je vois. Dans mon atelier, je peins parfois jusqu’à l’aube, ça dépend comme je vais. L’important pour moi, c’est de créer mon art et évoluer dans mon art. De vivre de son art. Pour moi c’est important que l’artiste gagne sa vie. »

« Le jour, j’me promène partout dans ville. »

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Certains propos de notre philosophe Alain Deneault corroborent les commentaires de Ronald Loranger. « Certains artistes déplorent (…) l’institutionnalisation de l’art. Leurs œuvres [sont] standardisées pour satisfaire les attentes des ministères de la culture, des musées, et autres académies. » (La Médiocratie).

Standardisation donc des œuvres qui se vendent à gros prix sur le marché national et international de l’art, avec la bénédiction de vénérables institutions du savoir, financées par les contribuables.

Galerie du Nouvel Ontario

L’artiste Ronald Loranger est invité comme artiste en résidence pendant une semaine pour réaliser en galerie, une œuvre de grande dimension, de la taille de 30 pieds par 3 ½ pieds, constituée d’un épais papier d’Arches qui sera fixé au mur de la Galerie. Ce papier étalé sur le plancher de la galerie, l’artiste l’inonde d’eau. Période de séchage obligée. Au besoin, il humidifie à nouveau le papier. Éponge le surplus d’eau quand il y en a. À ce stage du processus de création de l’œuvre, Ronald injecte littéralement des gouttes d’eau aux pigments généreux aux formes ovoïdales. À plusieurs reprises, l’artiste aura à humidifier le papier, jouer avec les mouvances qui se dilatent dans l’espace de l’œuvre. De tout ce travail d’où émergera l’œuvre, l’artiste peut passer des heures à travailler une seule blobette, quand tout sera au sec, d’un trait continu, qui ne tolère pas de reprise, Ronald ajoutera des mots et des dessins de choses diverses, éparpillées à loisir sur le papier. Les greffant parfois aux blobettes.

Chose curieuse, quasiment magique, l’espace de l’œuvre fixée au mur se fusionnera à l’espace de la galerie, créant une œuvre à trois dimensions où circulent les blobettes et où le spectateur devient lui-même une blobette.

« Le soir, quand j’faisais mon travail à la Galerie, il y avait un paquet de chapeaux de cowboy qui passaient dans la fenêtre devant. Y’avait un rassemblement de cowboys à Sudbury. Cowboy without a horse. »

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C’est important de mentionner que l’artiste Ronald Loranger a déjà fait des expositions de ses œuvres immenses à Toronto, à Montréal et ailleurs. Actuellement, son œuvre évolue rapidement, en incluant de plus en plus de formes nouvelles, des blobettes éclatées, souvent traversées de phrases laconiques, de traits, de symboles, de signes, un peu partout sur le support qu’il utilise, qui peut varier.

Ronald voudrait bien répéter l’expérience d’une œuvre in situ, qu’il a faite à la Galerie du Nouvel Ontario, dans l’Ouest canadien, sur la côte du Pacifique, aux États-Unis, au Mexique, et possiblement ailleurs en Europe.

« J’aime bien ça interagir avec le public. »

Les mots

À travers son interaction, sous forme de commentaires intégrés à l’article, Ronald Loranger se donne au mot, en toute liberté, et ainsi il s’écrit et nous écrivons l’article ensemble.

Pierre Raphaël Pelletier

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Ce texte d’accompagnement est commandité par l’Université Laurentienne.

universite laurentienne


#minesderien

 

Qui est-ce? #la_gno #minesderien

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Il fait froid. On se réchauffe les pieds! // It’s cold. Warming our feet! #la_gno #minesderien

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Taillés dans le styro-roc

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qu’est-ce que tu portes, Linda?

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Sud-baie-roi

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Dénumérisation // Dedigitize

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MINES DE RIEN PAS POUR CINQ CENNES #la_gno #minesderien

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Minerai/Bleuet #la_gno #minesderien

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Pieds bleus #la_gno #minesderien

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Farine de bleuet! #la_gno #minesderien

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Gros Ours Bleu #la_gno #minesderien

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Jennifer Lefort – « Chromadose »

un texte d’accompagnement par Cheryl Rondeau

En entrant dans la Galerie du Nouvel-Ontario, nous délaissons la grisaille d’un environnement urbain familier et nous passons le seuil d’un univers imaginaire. Nous voici maintenant dans un environnement électrisé par des couleurs vives qui dansent sur les murs et le plancher. Pendant une semaine, la salle d’exposition de la galerie est devenue le studio temporaire de l’artiste Jennifer Lefort, qui habite à Gatineau. La salle lui sert de vaste toile pour la création de son installation spécifique au site, dont le titre est « Chromadose ». L’œuvre de Lefort enivre ce lieu de ses éclats de couleurs acidulées qui se muent en formes abstraites, puis qui se métamorphosent en perdant et en retrouvant leurs contours.

Lefort maîtrise la coloration, qui est en fait le point de départ de ses peintures abstraites — c’est une pratique qu’elle développe depuis environ quinze ans. Lauréate de prestigieux honneurs comme le prix Joseph Plaskett, Lefort a acquis une réputation enviable non seulement au Canada, mais aussi internationalement. Des signes plus récents indiquent que sa renommée continue de grandir : cette année, ses œuvres ont été remarquées dans un contexte mondial lors de l’importante foire d’art Volta 11 à Basel en Suisse.

Au fil des années, les dimensions de ses œuvres ont grandi et ses intérêts l’ont amenée à s’affranchir des limites de la toile pour aborder la sculpture et les installations temporaires. Cette évolution a été inspirée par sa collaboration avec Dominique Pétrin à la production d’une installation spécifique à un lieu créée en 2014 à la Galerie Optica de Montréal, où ce duo d’artistes a transformé la salle d’exposition au fil d’un processus de « dialogue créateur ». C’est alors qu’elle a compris qu’elle pouvait « peindre virtuellement dans l’espace ». À la GNO, Lefort poursuit de ce travail d’exploration non seulement en appliquant la peinture directement sur les murs de la galerie, mais aussi en intégrant dans son œuvre des éléments tridimensionnels qui approfondissent sa transformation de l’espace cubique blanc.

En entrant dans la galerie, nos yeux et notre corps tout entier sont immédiatement subjugués par une forme polygonale massive aux contours nets qui occupe le mur ouest de la galerie. Cette forme s’allonge jusqu’au plafond et s’élargit en se déversant sur le plancher en des lacs de bleu, de noir et de magenta taillés dans le Mactac, à tel point que le spectateur risque de poser pied sur ces mares de couleur. Au cœur de cette forme, Lefort commence par appliquer une couche de fond noir, qu’elle a tôt fait d’éclairer en y traçant vigoureusement des lignes jaunes et rouges qui émergent de cette forme et qui l’entourent. Comme les traits qui divisent les voies d’une route, ces lignes orientent notre regard de droite à gauche le long du bord inférieur de la forme. Finalement, elles s’éjectent du bord supérieur droit, où le mur demeure blanc.

Mais le blanc vide est bref. Car non loin, une flaque dense rose bonbon émerge du mur tout en expulsant des points noirs. Une série de lignes d’un bleu océanique jaillissent du milieu de cette forme et au-dessus d’elle et s’achèvent en dégoulinant près du pied du mur. Des tentacules roses s’étirent du côté droit de cette forme vers une autre forme polygonale qui trace presque un cadre autour de la tache rose, comme si sa « tête » se penchait vers la gauche en une embrassade. On remarque avec intérêt que des lignes du même rose bonbon s’imposent sur cette forme aux noirs et aux bleus sombres, dont la base se déverse sur le plancher en flaques de jaune et de blanc. Son bord droit s’étend vers le mur nord de la galerie et s’y élève, là où une volée de points rose vif gambadent le long du mur vers une forme vaguement conique aux contours très nets qui émerge du plancher. Cette forme-ci est infusée de taches noires, bleues, rouges et jaunes et deux antennes qui s’étendent de son bord supérieur gauche semblent aspirer les points roses.

En nous approchant du mur est de la galerie, nous y voyons, haut perchée, une forme polygonale plus grande qui dégouline du plafond vers le plancher en une série de formes qui évoquent des stalactites aux couleurs vibrantes. C’est comme si nous étions vertigineusement tombés du cosmos en parachute pour enfin atterrir dans une grotte. Des points d’un jaune vif s’écartent de ces stalactites et se dirigent vers une dernière forme nettement délimitée et vaguement phallique qui s’élève à partir du plancher. Cette forme est relativement petite — je la vois de haut, car elle est plus courte que moi — et les teintes qui la remplissent sont moins vives. Il n’y a que les bouts de ses quelques antennes qui aient de vives lueurs jaunes et rouges. Cette forme s’enfle sur le plancher en une coulée de Mactac noir rectangulaire longue et mince qui s’étend vers le centre de la salle, comme une ombre qui s’allonge sous l’effet d’une source lumineuse qu’on ne saurait percevoir. Son extrémité pointe vers une petite île faite de Mactac rose vif sur laquelle est posée une colonne de briques aux couleurs vives. Deux briques sont posées au hasard à côté de la colonne, comme si quelqu’un ou quelque chose était en train de l’édifier ou de la démanteler.

Comme dans les œuvres sur toile de Lefort, nous voyons ici une palette familière de couleurs et de formes enjouées qui flottent, s’épanouissent, se dilatent, se recoupent et se confondent. Par son maniement habile de la superposition et de la répétition, Lefort sait créer avec adresse des scénarios « fluctuants » qui donnent l’impression d’être animés par un mouvement constant, au cœur d’espaces liminaux dont la transformation semble imminente.

« Une forme en appelle une autre jusqu’au sentiment de l’unité, ou de l’impossibilité d’aller plus loin sans destruction. En cours d’exécution, aucune attention n’est apportée au contenu. » Paul-Émile Borduas, Refus global

En n’emportant avec elle qu’un peu de matériel de son studio, Lefort est arrivée à la GNO un lundi matin et s’est vue confrontée à un cube blanc vide. Elle y est venue sans idée préconçue ni croquis préliminaires, car le moteur de son processus créatif serait son environnement immédiat — les formes, les sons, les lueurs, les ombres, les fentes, les boursouflures et les imperfections du lieu. Elle semble épouser l’attitude de Paul-Émile Borduas, un de ses précurseurs dans la voie de la peinture abstraite au Québec, qui a rédigé le manifeste percutant qu’était Refus global et qui a été le principal instigateur de ce qui deviendrait le mouvement automatiste des années 1940-1950. Fasciné par l’authenticité et la spontanéité des dessins d’enfants, Borduas a été le pionnier d’un processus créatif influencé par la théorie surréaliste de l’automatisme. Cette méthode consiste à peindre sans idées prédéterminées, en laissant les sensations du moment et l’environnement immédiat inspirer et orienter l’élaboration d’une œuvre d’art. L’intention est non pas de réfléchir, mais de jouer et d’expérimenter. Pour sa part, Lefort s’est donné amplement de possibilités grâce à la diversité du matériel — peinture en aérosol, Mactac, jeu de briques — qu’elle a puisé dans son studio.

La peinture en aérosol étant très imprévisible, elle a inévitablement mené l’artiste vers quelques découvertes. Vu le temps de séchage rapide, le travail de Lefort devait être rapide et il s’ensuit un sentiment d’urgence et d’excitation qui traverse son œuvre. On y ressent tangiblement l’emballement de l’artiste qui travaillait dans un lieu nouveau et selon un échéancier serré tout en expérimentant avec de nouveaux matériaux. Le spectateur qui explore l’installation éprouve une sensation d’exubérance intense et de curiosité excitée devant l’inconnu.

Quand l’artiste a entamé son travail directement sur les murs et que des formes ont commencé à évoluer, les imperfections des murs, du plafond et du plancher l’ont interpellée. Un récit a commencé à se développer alors que les gestes de ses jets et de ses gribouillis d’aérosol passaient en alternance des espaces délimités aux espaces non délimités. Comme pour ses formes octogonales, Lefort a décidé de contenir ses gestes dans des zones précisément définies qu’elle a délimitées à l’aide de ruban-cache. Grâce à son maniement astucieux de la couleur, de la lumière et de l’ombre et grâce aux contours très nets qu’elle donne à ses formes, les formes octogonales semblent jaillir du mur comme des monolithes qui surplombent les spectateurs. Il y a aussi la masse rose bonbon qui semble émerger du mur et s’étendre dans l’espace en explosant vers la personne qui la regarde. Lefort a un don extraordinaire pour utiliser les éléments de ses peintures et de ses sculptures de manière à reconfigurer et à réorienter subtilement l’espace que l’œuvre habite.

L’intervention de Lefort est animée par une sensibilité apparentée à la performance qui donne l’impression que la gestation de l’œuvre est toujours en cours. C’est comme si à tout moment, l’artiste allait revenir dans la salle pour prendre une de ces briques et la placer au sommet de la colonne ou peut-être continuer de démanteler la colonne. L’œuvre nous fait comprendre que ce que nous voyons n’est pas fixé à jamais et que tout est en état de flux constant, ce qui fait ressentir une troublante éphémérité. Effectivement, cette œuvre est destinée à disparaître; l’installation sera inévitablement démontée et les murs seront repeints en blanc quand l’exposition aura pris fin.

Lefort s’est réellement approprié l’espace de la salle d’exposition de la galerie en transformant temporairement un cube blanc en un monde tout à fait autre. Cette installation donne à voir un univers où l’artiste règne vraiment en maître. Ici à la GNO, nous voici plongés dans un monde imaginaire que Lefort a créé, qui offre au spectateur un paysage onirique liminal, hyperactif, convulsif et abstrait. Son processus témoigne d’une curiosité profonde et d’un esprit ludique qui motive une incessante expérimentation des formes, des couleurs et des espaces. L’artiste combine des plages de couleurs saturées et des éclaboussures extravagantes, s’amuse à dérégler les perceptions et les perspectives et se demande sans cesse combien d’activité le regard pourra absorber tout en demeurant dans sa zone de confort, en un jeu de va-et-vient entre le chaos et l’ordre.


MINES DE RIEN – dans les médias

On a beaucoup parlé de l’exposition MINES DE RIEN PAS POUR CINQ CENNES dans les médias de Sudbury!

The Sudbury Star

Cet article est paru dans l’édition du samedi 16 janvier.

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L’article est aussi disponible sur le site web du Sudbury Star.

Radio-Canada

Guillaume est passé par les studio de Radio-Canada le matin même de son vernissage à la GNO. Il a été accueilli chaleureusement par l’équipe de Le matin du Nord !

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Écoutez l’entrevue avec Guillaume, ici.

Le voyageur

Un article signé par Priscilla Pilon a été publié dans l’édition du mercredi 27 janvier.

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Encore des BLOBETTES dans les médias!

Dans le journal Le Voyageur d’aujourd’hui, le mercredi 21 octobre 2015, on peut lire un petit article chouette sur l’exposition de Ron Loranger ici à la GNO. On le reproduit ici pour vous :

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Nous vous invitons aussi à écouter ce reportage de Josée Perreault sur l’exposition BLOBETTES de Ron Loranger, à l’émission le Matin du Nord.

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APPEL AUX ARTISTES

APPEL AUX ARTISTES – NOUVEAU LOUVRE 2015

Quand les premiers flocons de neige se heurtent au sol du Grand Sudbury, on sait que la saison des Fêtes ne se fera pas attendre longtemps! Et lorsque le mercure commence à plonger, les Sudburois qui sont passionnés des arts visuels savent aussi qu’on prépare le Nouveau Louvre à la Galerie du Nouvel-Ontario (GNO).

La GNO invite tous les artistes, de tous les genres et pratiquant tous les styles, d’exposer et mettre en vente leurs œuvres au Nouveau Louvre 2015. Que vous travaillez avec le fusain, la peinture à l’huile, l’argile, l’acrylique, le vitrail, peu importe! Nous serons très heureux d’accepter vos œuvres, les exposer sur nos murs et les proposer aux nombreux acheteurs qui fréquentent cet événement qui est devenu une véritable tradition sudburoise.

Le Nouveau Louvre est la plus importante activité de collecte de fonds de la GNO. Cette année, les œuvres du Nouveau Louvre seront toutes à vendre au prix unique de 200 $, dont 125 $ seront payés à l’artiste et 75 $ à la GNO.

Nous acceptons, dès aujourd’hui, jusqu’à deux (2) œuvres à la fois par artiste. Celles-ci seront exposées à la GNO du samedi 21 novembre au mercredi 23 décembre 2015.

Nous encourageons les artistes à nous apporter leurs œuvres le plus tôt possible, afin qu’on puisse bien les documenter et les ajouter au site web du Nouveau Louvre.

Apportez vos œuvres à la GNO (174, rue Elgin), d’ici le 19 novembre 2015. Les heures d’ouverture de la GNO sont de midi à 18 h les mardis, mercredis et samedis, et de midi à 19 h les jeudis et vendredis.


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L’Art de s’envoler / A Flyer for Flight

un texte d’accompagnement par Normand Renaud

Imaginez qu’un jour, dans tous les parcs publics, on apercevra des personnes exécutant divers gestes élégants afin de développer leur capacité de voler sous l’impulsion de leur seule volonté, sans le moindre appareillage. L’art de s’envoler / A Flyer for Flight de Maryse Arseneault, une installation exposée à Sudbury à la Galerie du Nouvel-Ontario en juin 2015, comporte plusieurs composantes, mais c’est celle-là qui s’est glissée le plus sympathiquement dans mon imagination, même si je n’en ai pas été témoin. (Un moment de ce genre a cependant eu lieu pendant le séjour de l’artiste.) Or, toutes les composantes de l’œuvre découlent de cette même intention : apprivoiser, populariser, banaliser l’aspiration à un savoir-faire surhumain et nous inciter à entreprendre une démarche patiente et résolue pour un jour y accéder.

Le titre de l’œuvre se permet un petit jeu de mots bien à-propos, car le « flyer » en question est effectivement d’un petit dépliant qui invite aux pratiques de l’art de s’envoler. Les autres composantes de l’œuvre en donnent un aperçu. La technologie et la science n’ont rien à voir avec la proposition de l’œuvre; c’est l’exploration méditative nourrie de croyance confiante qui devra réaliser l’impossible. En notre époque, l’aéronautique est perfectionnée et des cascadeurs du ciel vêtus de combinaisons planeuses accomplissent des prodiges ahurissants. Pourtant, Maryse Arseneault a un tout autre parti-pris : qu’on apprenne un jour à voler sans mécanismes ni prothèses, mais plutôt par la voie de l’esprit qui pénètre le mystère de nos rapports avec la matière.

« Imaginer quelque chose, c’est se préparer à le percevoir. » Cette phrase est un autre détail de l’œuvre qui m’a atteint. Elle provient de sa composante la plus voyante que remarque le visiteur en pénétrant dans la galerie. Deux vidéos sont projetées sur les murs, l’une en face de l’autre. D’un côté, une instructrice présente une série de mouvements tout en expliquant leur signification. De l’autre, un petit groupe de personnes suit ses instructions. Détail insolite, chacun porte un tablier, ce qui indique peut-être l’adresse et l’esprit de professionnalisme à apporter à la démarche. Debout entre ces deux projections, le spectateur n’aurait qu’à emboîter le pas pour en faire partie. L’invitation est discrète, mais bien sentie.

De prime abord, cet art de s’envoler semble vaguement apparenté au tai-chi. Toutes simples, les instructions décrivent une séquence de gestes à exécuter en se laissant pénétrer de leur signification pour la quête du savoir-voler. Chaque geste est associé à un élément : terre, air, eau, bois, feu, métal. Par exemple : « Le prochain élément est l’eau. Levez vos bras en ligne avec vos oreilles comme des antennes. Cet élément est propice à la bonne écoute. (…) Être attentif au monde extérieur et intérieur. » Chacun des six éléments est ainsi associé à une posture méditative et son rapport avec le vol est succinctement expliqué.

La narration de cette leçon commence par un aveu personnel, dont voici un extrait : « À l’adolescence, j’ai appris à contrôler mes rêves, surtout ceux où j’apprenais à voler. Pour combattre ma légèreté, je devais comprendre où placer le poids de mon corps avec attention. De cette façon, j’évitais de me perdre dans le vide. » La démarche de cet art de s’envoler s’enracine donc dans l’intimité de l’artiste depuis l’âge des peurs enfantines et elle est auréolée de l’effet de réel inhérent au rêve.

Une autre composante de l’œuvre consiste en une série de dessins d’êtres volants et plongeurs ― oiseaux aquatiques, mammifères marins, nageurs humains — eux aussi associés aux divers éléments. Ces dessins sont exécutés avec un grand souci de précision et de réalisme. On y ressent la tension de l’attention, du regard patient de l’artiste qui s’imbibe des menus détails de ces incarnations bien réelles de la volonté de voler.

Une dernière composante de l’œuvre, la plus interactive, invite le spectateur à éprouver, comme une illumination peut-être, la finalité de la démarche méditative. Il s’agit d’un petit trampoline relié par des fils électriques à un appareil démodé : un lecteur de vidéocassettes branché à un vieux téléviseur cathodique. Par ses bonds sur le trampoline, le spectateur peut parfois réussir à activer la fonction de lecture rapide, de recul ou de lecture ordinaire, quoiqu’avec fort peu de précision. L’aspect rudimentaire de cet appareil fait sourire en notre époque où des appareils de réalité virtuelle donnent la sensation d’interagir avec un environnement imaginaire tridimensionnel. Il n’en demeure pas moins que l’expérience procurée est celle du corps modifiant maladroitement, mais réellement, son environnement matériel simplement par sa présence consciente et agissante.

Pour repousser les limites du possible, L’art de s’envoler / A Flyer for Flight se présente comme un acte de foi visant à transformer les rapports de l’humanité avec la matière. À l’époque du mythe d’Icare ou des croquis de Léonard de Vinci, le rêve de voler pouvait sembler chimérique, mais la volonté de voler a ultimement triomphé. On a acquis la capacité de voler en harnachant les forces de la physique à coups d’avancées techniques. Qu’en serait-il aujourd’hui si cette même volonté acharnée de voler s’était investie aussi résolument dans l’exploration des puissances de l’art et de l’esprit? L’être humain en arriverait-il un jour à harnacher d’autres forces plus obscures, mais peut-être non moins réelles? L’art de s’envoler veut préparer l’émergence d’une conscience plus pleine de la présence humaine dans le tissu écologique et cosmique, ce que l’œuvre représente par les six éléments et leurs influences sur l’esprit. Au fil des siècles, d’abondantes et puissantes énergies ont été investies dans l’expansion de la conscience spirituelle, non sans effet. L’horizon séduisant de la proposition de l’artiste, c’est de concentrer cet effort sur un but circonscrit : le vol.

Voilà la voie de réflexion qu’ouvre cette œuvre de Maryse Arseneault. Elle veut faire surgir une intuition semblable à celle qu’ont dû avoir les premières créatures marines qui ont osé se traîner sur la terre ferme et apprendre à s’oxygéner dans l’air plutôt que l’eau. Cette installation nous invite à comprendre que le désir précède et prépare l’évolution, puis à agir en conséquence. « Imaginer quelque chose, c’est se préparer à le percevoir. » Dans cette vision de l’évolution de l’espèce, l’être humain ne mise plus sur sa capacité de dominer la matière. Il s’agit plutôt de devenir conscient des relations méconnues de la matière avec le corps et l’esprit. Il s’agit de cesser d’objectiver la matière, pour acquérir plutôt la connaissance de notre rapport intime et égalitaire avec elle. Nous apprendrons ainsi à être plus et mieux humains. À preuve : nous saurons voler.

Au point où nous en sommes dans cette évolution, le désir précurseur du vol s’exprime dans une sculpture mouvante formée de corps humains dans un parc public. Ça prête à sourire. Mais ça donne à rêver.


(re)member of water au Matin du Nord

Allez écouter les artistes Emilio et Elyse Portal qui parlent de leur exposition (re)member of water avec l’animatrice Josée Perreault aux ondes de l’émission Le Matin du Nord.

L’entrevue est ici !

20anscapture

Le lendemain, Daniel Aubin est allé à la même émission pour parler du 20e anniversaire de la GNO. Écoutez-ça ici !

 


(re)member of water dans le Sudbury Star

Merci au journal The Sudbury Star!

L’article est imprimé dans la version papier du journal du 11 septembre 2015. On peut aussi lire l’article sur le site du journal, ici.

N’oubliez pas de venir saluer les artistes lors du vernissage, ce soir à la galerie!

(re)member of water #la_gno #eeportal

A photo posted by Galerie du Nouvel-Ontario (@la_gno) on


Mission Site : notes portant sur une résidence d’artistes de la performance à Sudbury

un texte d’accompagnement par Guylaine Tousignant

Je reviens d’une mission à Sudbury et j’ai terriblement peur de vous en parler. Je ne veux pas vous raconter n’importe quoi ou vous faire croire qu’en me lisant vous assistez à ce que j’ai vécu. J’ai vécu une expérience qui ne peut plus jamais se reproduire mais qui peut pourtant durer.

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Geneviève et Matthieu dans la vidéo d’Up Fest

Les magiciens du festival Up Fest ont réussi à transformer le centre-ville de Sudbury avec la toute première édition de ce nouveau festival d’art public et de musique émergente.

Cette vidéo présente un aperçu de la première journée d’Up Fest avec, entre autres, des extraits de la performance de Geneviève et Matthieu. Regardez-ça!

Up Fest – Day 1 from We Live Up Here on Vimeo.