Amène-moi au lac

Un texte d’accompagnement par Chloé LaDuchesse sur l’exposition NBIISH – EAU – WATER de Colette Laliberté

Pas que je tenais à être désagréable, mais j’avais réservé le siège près de la fenêtre et je comptais bien m’y installer. « Excuse me, Sir, but I have the window seat ». Regard confus, excuses polies, retraite désordonnée. Et moi, gaie comme une enfant attendant le lever du rideau. C’est qu’il y a quelque chose de magique dans le fait de survoler le territoire, une joie sans cesse renouvelée de découvrir, sous une perspective nuancée par les saisons et les éléments, ces rues où l’on vit, ces forêts qui nous sont de parfaites inconnues, ces lacs scintillants, colériques ou embrumés.

J’habite à Sudbury depuis maintenant deux ans et, bien que j’aie remarqué les nombreux lacs de la région, jamais ils ne m’ont autant émerveillée que la première fois où j’ai survolé la ville en avion. De l’extérieur, les visiteurs imaginent le quotidien des habitants du Nouvel-Ontario rythmé par la forêt et les mines, mais peu savent que nous sommes réellement un peuple d’eau : patins aux pieds en hiver, en canot tout l’été, la canne à pêche (et le chasse-moustiques) jamais bien loin.

Double expérience du lac, donc : d’abord de la berge, les pieds dans l’eau froide; puis du haut des airs, où les plans d’eau apparaissent en entier, comme s’ils attendaient qu’on les cueille de la main. C’est cette même impression de survol et d’immersion que j’ai ressentie lorsque j’ai poussé la porte de la GNO à l’occasion du vernissage de l’exposition NBIISH – EAU – WATER de Colette Laliberté. Aux murs, des dizaines de lacs de toutes les couleurs, certains connectés par des rivières, d’autres flottant sur le canevas blanc. Ici c’est le Wanapitei, jaune et dodu; là se dessine le Ramsey, croissant couleur crevette. Le regard s’attarde sur une forme, tente d’y accoler un nom, puis les yeux s’élèvent, trouvent l’affluent, redescendent la rivière et suivent le courant. L’exploration se fait de haut en bas et de bâbord à tribord, recréant le mouvement de l’eau, sa fuite, ses accalmies.

Colette Laliberté a pour sa part découvert la ville aux multiples lacs penchée au-dessus d’une carte. Curieuse, elle a voulu s’informer sur l’évolution du rapport entre les humains et le réseau hydrographique du Grand Sudbury. Elle s’est aperçu que peu de lacs sont toujours désignés par leur nom premier en langue autochtone, gracieuseté de la colonisation. Bien des lacs portent maintenant le patronyme d’une figure historique ou sont qualifiés par leur apparence – combien de Long Lake en Ontario, déjà? Avec le nom autochtone est disparue une part importante de l’Histoire : ces lacs ont longtemps été des routes, des points de rencontres, des témoins silencieux d’événements qui, s’ils n’ont pas à ce jour la place qui leur est due dans les livres d’histoire, ont tout de même modifié notre façon d’occuper le territoire.

Sur Google Maps, les lacs sont bleus et lisses. Mais chez Laliberté, les couleurs sont légions. Inspirée par les noms – présents et passés – des cours d’eau, l’artiste a cherché à exprimer quelque chose à leur sujet qui soit inédit. Synesthésiste du territoire, elle a associé le nom et la forme des lacs à une couleur subjective, dénichée tant dans ses souvenir que de son imagination.

Nommer, un geste d’amour, une prise de position politique? Le nom affecte notre perception de l’entité qui est nommée et qui se met à appartenir à une communauté de choses une fois la désignation attribuée. Car c’est bien de cela qu’il est question : apposer une identité, comme on appose une étiquette. Le langage permet à la fois de distinguer et de regrouper, bref d’établir des liens entre des gens, des lieux, des concepts.

Utiliser les couleurs plutôt que le nom permet d’établir un nouveau rapport à l’espace et aux distances. Les lacs arc-en-ciel de Laliberté conservent leur forme originelle, bien que l’échelle puisse varier quelque peu de la stricte topographie. Exit les routes et les villes : NBIISH – EAU – WATER restitue un bouclier canadien en deux dimensions, vierge de toute intervention humaine.

L’eau m’apaise. Entourée des lacs de Laliberté comme entre les bras du Nepahwin, me voilà de retour au centre de moi-même, poisson nageant dans son élément. Partie d’un tout, maîtresse d’un univers, je fais partie de l’œuvre et m’y vautre allégrement. Les murs sont des surfaces planes mais ce qu’ils portent appelle à la profondeur : l’eau partout autour et moi cherchant ma place – physiquement, dans la galerie, et conceptuellement, dans l’espace blanc qui, selon toute vraisemblance, accueille les bipèdes naufragés.

L’exposition NBIISH – EAU – WATER de Colette Laliberté aura réussi à capter ce que le Grand Sudbury a de plus vibrant : l’intime relation que ses habitants entretiennent avec leur région, qu’elle soit d’ordre historique, familial, identitaire ou poétique.

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Chloé LaDuchesse est poète et nouvelliste. Elle est également l’instigatrice d’Expozine Sudbury, une foire de zines annuelle, ainsi que de soirées littéraires.


Du nouveau à la GNO

La GNO souhaite la bienvenue à Chloé Leduc-Bélanger, qui fait désormais partie de l’équipe à titre d’agente de communications et de développement.

Chloé œuvre dans le domaine culturel depuis plusieurs années, et plus particulièrement dans les milieux du livre et des médias à vocation artistique.

Toute l’équipe désire du même coup remercier Daniel Aubin pour sa science ainsi que pour le travail méticuleux qu’il a accompli au cours des cinq dernières années. Nous lui souhaitons un bonheur inouï dans ses nouvelles fonctions.


APPEL AUX ARTISTES : Nouveau Louvre 2017

La GNO invite tous les artistes à exposer et mettre en vente leurs œuvres au Nouveau Louvre 2017. Que vous travaillez avec le fusain, la peinture à l’huile, l’argile, l’acrylique, le vitrail, peu importe! Nous serons très heureux d’accepter vos œuvres, les exposer sur nos murs et les proposer aux nombreux acheteurs qui fréquentent cette grande vente d’art qui est devenue une véritable tradition du temps des Fêtes à Sudbury.

Le Nouveau Louvre est la plus importante activité de collecte de fonds de la GNO. Les œuvres au Nouveau Louvre seront toutes à vendre au prix unique de 200 $, dont 125 $ seront payés à l’artiste et 75 $ à la GNO.

Nous acceptons, dès aujourd’hui, jusqu’à deux (2) œuvres à la fois par artiste. Celles-ci seront exposées à la GNO du samedi 25 novembre au samedi 23 décembre 2017.

Nous encourageons les artistes à nous apporter leurs œuvres le plus tôt possible, afin qu’on puisse bien les documenter et les ajouter au site web du Nouveau Louvre.

Apportez vos œuvres à la GNO (174, rue Elgin), d’ici le jeudi 23 novembre 2017. Les heures d’ouverture de la GNO sont de midi à 18 h, du mardi au samedi.

Pour de plus amples renseignements, n’hésitez pas à nous contacter.


Appartenir à un ego interrelié

Un texte d’accompagnement par Nico Glaude, sur l’exposition EVICTED FROM THE ANTHILL du collectif Z’otz*

Aucun artiste ne peut être complètement sans ego. L’ego est une des sources de motivation qui incite les gens ordinaires à devenir des artistes. En plus du processus créatif et de l’expression artistique, plusieurs éléments vont de main en main lorsqu’on parle d’art et d’ego. La validation, la reconnaissance, vendre une œuvre d’art, se faire applaudir, recevoir une bourse ou un prix, chacun alimente l’ego créatif et le désir de s’améliorer. Parfois, un artiste n’a pas grand chose à part de son ego pour soutenir ce besoin motivant primordial ; s’attaquer à des projets plus grands peut déclencher de plus grands succès, plus de couvertures des médias et plus d’opportunités lorsque les artistes se laissent guider par leurs ego.

En parlant avec le collectif Z’otz*, on s’étonne au peu de considération qui est accordée aux ego des membres individuels. En fait, l’indifférence complète à l’égard de l’ego semble être la règle du jeu dans leur processus créatif. Leurs murales sont rarement planifiées d’avance ; chaque individu de ce collectif à trois membres arrive devant le mur avec ses propres idées ; il y a peu ou pas de communication verbale entre eux lorsqu’ils travaillent, mais ils se laissent des petits indices pour faire savoir dans quelle direction l’œuvre devrait aller ou à quoi elle devrait ressembler. De façon assez intéressante, ces indices sont souvent mal-interprétés et peuvent devenir quelque chose de complètement inattendu. Ça peut sembler assez élémentaire, surtout lorsqu’on fait affaire avec un collectif, mais cette dynamique peut se répéter plusieurs fois dans la création d’une murale. D’une certaine façon, c’est justement cette réciprocité entre les ego des membres qui permet au collectif Z’otz* de créer ces murales éphémères qui semblent avoir été créées d’une seule main.

Leurs murales sont des récits silencieux, incorporant dans une seule forme linéaire des objets familiers, des éléments de la nature et des animaux. Bien que ces éléments puissent nous être familiers, cette familiarité donne lieu à l’ambiguïté de l’œuvre achevée et sa multitude d’interrelations. La combinaison de ces éléments crée un certain malaise, mais l’ambiguïté de l’ensemble nous invite à regarder au-delà de l’inconnu et accepter une certaine ambivalence nous menant, finalement, à une nouvelle compréhension. On comprend que les murales du collectif Z’otz* ne sont pas à propos des éléments singuliers et autonomes, mais plutôt à propos du processus de prise de conscience de l’ensemble — qu’il n’y a aucun élément distinct et que tout est interrelié.

Ce portrait de l’interrelation est réalisé en partie à travers la représentation des animaux et nos relations personnelles avec eux. Plusieurs émotions conflictuelles, sans rien dire des actions, entrent en jeu entre les animaux et les humains. Les murales de Z’otz* nous rappellent que la vie exige le respect. Après tout, nous sommes tous interreliés et nous devons agir en tant que partenaires avec la vie — l’embrasser, la nourrir et comprendre notre impact.

Les murales du collectif Z’otz* engagent un dialogue avec les membres de l’auditoire en les ramenant à eux-mêmes. Même si les paysages imaginatifs sont peu familiers, l’ambiguïté n’engendre pas l’aliénation du public. Les juxtapositions étranges éveillent plutôt la curiosité pour le récit global de l’œuvre et peuvent ultimement mener à une appréciation du travail qui est enraciné dans un sentiment profond d’appartenance.

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Nico Glaude est un artiste en installation sudburois, commissaire et raconteur. Tout le monde a un investissement émotionnel dans la ville de Sudbury. Le sien reconnaît la valeur de cet attachement en créant et en commissariant du travail artistique aussi graisseux, moite, bas de gamme, amusant et affreux que toutes les expériences offertes par cette ville. Esprit de nickel, cœur en or.


BESHAABIIGANAN – dans les médias

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Merci au journal Le Voyageur pour son article sur l’exposition BESHAABIIGANAN, de Darlene Naponse, Deanna Nebenionquit et Tanya Lukin Linklater.

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Merci aussi à l’émission Le matin du Nord de Radio-Canada de nous avoir accueillis afin de parler de l’exposition !

Le matin du Nord

 

 


Retour au monde enchanté

Le homecoming de jenna dawn maclellan : réflexions
un texte d’accompagnement par Guylaine Tousignant

« [s]i l’écrivain se coupe de son enfance, de ses racines, de sa mémoire
onirique ancestrale, il se prive de tous ses moyens artistiques »

Jacques Derrida

« I really wanted to go back to being playful, just having fun with
the materials and not worrying about perfection. »

jenna dawn maclellan

Le monde enchanté n’est pas une invention de Walt Disney. C’est un monde vieux comme le monde, un lieu où la magie opère, où la réalité se perd dans le rêve et le rêve dans la réalité. C’est le territoire de l’enfance. Et ce territoire, qu’on le veuille ou non, nous habite à jamais.

Lorsqu’on le quitte, il nous rappelle. Lorsqu’on essaie de l’oublier, il nous interpelle. Il exerce une force sur nous qui nous repousse et nous attire, comme un ours noir dans un dépotoir.

C’est magique ce lieu où on a joué pour la première fois, où on a lancé sa première pierre, où on s’est imaginé la vie, où on se l’est construite avec les outils et les matériaux à notre disposition : une tronçonneuse, un peu de bois, une pelle, un peu de neige, des ciseaux, un peu de tissu, des crayons, un peu de carton.

Ce lieu, c’est la cabane et le feu de joie.

S’en souvenir, c’est voyager sans itinéraire dans un pays imaginaire. L’hiver, on se revoit en pique-nique dans notre robe d’été préférée, à cueillir des boules de neige, et l’été, on se promène en motoneige sur des sentiers colorés de baies écrasées.

La corde de bois, dans l’image, est toujours parfaitement là.

Les étoiles filantes tombent du ciel en toute saison. Les souhaits se réaliseront.

La vie, en mode souvenir, qu’il s’agisse de la nôtre ou celle des autres, c’est comme un rêve réel. On sait bien que la vie n’est pas comme ça, mais on ne sait pas qu’on le sait, et c’est bien comme ça.

Ce monde enchanté, c’est là où il faut aller lorsqu’on ne sait plus comment on a fait pour en arriver à être grand, comment faire pour retrouver l’enfant.

À ce moment-là, il est bon de retourner chez soi.

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Guylaine Tousignant est auteure et pigiste. Elle vit à Windsor, en Ontario.