Les gribouillages d’enfants sont les futures cures

Un texte d’accompagnement par Sarah Blondin sur l’exposition Mais d’où viens-tu vraiment? de Florence Yee

Il arrive que, lorsqu’on entre dans un espace organisé par quelqu’un d’autre, on ressente quelque chose comme une révélation. En un instant, on se fait une idée de ce dont leur enfance avait l’air. Par la façon qu’a notre regard de balayer l’espace, on voit les choses d’une manière stéréotypée qui nous amène à présupposer leurs souvenirs. Par exemple, j’étais une jeune fille pleine de drames, prisonnière de la banlieue; par conséquent, mes murs étaient évidemment recouverts d’affiches des Backstreet Boys. Même maintenant, rendue à l’âge adulte, je me retrouve à recouvrir chaque pouce de mes murs, exprimant ainsi mes goûts dans ma chambre.

Après avoir étudié les arts visuels, j’ai commencé à remarquer que les artistes sont véritablement captivés par leurs souvenirs d’enfance. Il se dégage toujours l’impression qu’ils se tournent vers leur passé et qu’ils transforment leur histoire en une composante visuelle pour documenter et se souvenir de leurs années formatrices. Je me suis souvent demandé : pourquoi? Nos enfances sont pleines de moments embarrassants et traumatisants – certains plus que d’autres. Néanmoins, après avoir passé tant d’années à réfléchir, et à fixer mes murs placardés de Backstreet Boys, je me suis aperçue que notre développement comme êtres humains est la raison de notre créativité. L’art est façonné par nos expériences et la place qu’elles occupent subjectivement dans notre récit personnel. Ainsi, la fois où tu pensais que débouler l’escalier de l’école secondaire était le pire moment de ta vie – un moment que tu n’oublieras jamais –, cette fois-là va t’inspirer un projet créatif qui va guérir quelque chose en toi en se manifestant à travers ta propre vie.

Lorsque je suis entrée à la GNO pour voir l’exposition de Florence Yee « Mais d’où viens-tu vraiment? », j’ai ressenti un pincement au cœur. La façon dont l’exposition était commissionnée m’a fait sentir comme si je pénétrais dans l’expérience de vie d’autrui, comme si j’étais assise dans la maison de l’artiste et que je faisais l’expérience de son chez-soi depuis ses profondes entrailles, absorbant les joies, les luttes et les dénouements de cette vie. Quand j’ai mis le pied à la galerie, l’histoire de Florence est venue à moi facilement et m’a imprégnée. Son travail est également un témoignage puissant qui appelle à une communauté large, une communauté qui tend à être socialement dévalorisée, mais dont la voix mérite et a toujours mérité d’être entendue. Son exposition présente un équilibre entre l’innocence et la maturité. On peut apercevoir l’enfant en Florence qui protège et conserve ses traditions, et en même temps on perçoit la pression de la culture occidentale qui en émane. Elle est une artiste qui parle depuis son soi-enfant, créant dans l’espoir de provoquer des connexions humaines, quelque chose que l’on désire et à quoi l’on aspire tou.te.s. En tant que personnes, nous sommes simplement tou.te.s à la recherche d’un sens de la communauté, un idéal que l’art de Florence incarne véritablement.

Quelque chose d’autre m’a étonnée à propos de Florence Yee : son âge. Que quelqu’un d’aussi jeune ait une connexion et un amour si forts pour sa communauté – et, qui plus est, possède le cran et le courage d’exprimer ses souvenirs sous l’œil du public – est en soi un travail créatif pour lequel elle mérite d’être reconnue. Ultimement, elle parle au nom de bien des jeunes qui, aujourd’hui, se débattent avec leurs identités; un sujet assez pertinent dans notre pays et au sein de la société actuelle. Rappelle-toi toujours ton enfance, sois proche de ton histoire et crée d’après toi-même.

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Sarah Blondin est une artiste locale des techniques mixtes qui a encore seize ans dans son cœur. Son inspiration lui vient de sa vie comme jeune femme ayant grandi dans une petite communauté où Internet était le canal de choix pour s’exprimer avec grand drame, à une époque où chaque page MySpace était un journal intime bien trop personnel, bien qu’elle soit partagée avec une foule de personnes. Son travail explore le collage, l’illustration et la sculpture. Elle espère apporter joie, curiosité, humour et souvenirs à son public.