Quelques variations


Shahla Bahrami, LaGaan, Nathalie Lavoie, Paul Walty


18 mars au 27 avril 2000


Quelques variations

Installations sérielles

Une exposition qui regroupe les œuvres de quatre artistes franco-ontariens sélectionnés par la commissaire invitée Marie-Jeanne Musiol.

Quatre artistes utilisent la série qui allie motifs et propos pour développer leur sujet. Que ce soit à travers la répétition de la matière, du format ou de l’image, ils ont recours à une convention conceptuelle bien établie mais toujours susceptible d’engendrer des transformations. Répéter pour dire, examiner sous plusieurs angles, prolonger le regard, la séduction de la série opère comme un mantra visuel.

***

À priori, les quatre artistes exposés ici n’ont pas grand-chose en commun. Leurs propos recouvrent des préoccupations éclectiques allant des questions d’identité liées au port du tchador (Shahla Bahrami) aux contradictions entre divers lieux possibles de la parole (Paul Walty), en passant par la représentation des manifestations de phénomènes atmosphériques (Nathalie Lavoie) et la construction sculpturale avec des os (La Gaan). Bien que les propos des artistes et leurs matériaux-véhicules diffèrent, chacune des œuvres présentées recourt néanmoins à l’artifice de la répétition et au déploiement sériel de l’objet pour s’installer dans l’espace.

La réitération, la combinatoire d’éléments identiques ou avec de légères variantes tiennent depuis les années soixante une place incontournable dans les arts visuels. Que ce soit avec Andy Warthol, le maître du même dans le multiple, ou plus près de nous avec l’artiste torontois Tom Dean dont une des œuvres emblématiques déploie des figurines de poupons noirs qui prolifèrent au sol comme des clones, la convention de la série avec son effet de multiplication continue de fasciner les artistes. Elle permet de signifier que l’œuvre est ouverte aux transformations, au hasard et aux logiques non-linéaires, échappant ainsi à l’arbitraire du sens unique; mais elle signale aussi dans l’œuvre un retour à la narration avec une histoire qui se déploie et se construit dans le temps.

Lorsque Paul Walty utilise l’ordinateur pour multiplier les variations graphiques des situations qu’il développe, il a recours à un outil technologique qui engendre les possibilités de façon exponentielle. Comme artiste, il lui incombe de resserrer et de fixer quelques-unes de ces possibilités qui prennent alors la forme d’un quadrillage au message pessimiste : «J’en perds la parole.»

L’immense foule aux visages voilée de Shahla Bahrami suscite la crainte, parce qu’elle se répète sans fin dans une succession d’images presque semblables, mais pas tout à fait. Le même, incarné dans ces silhouettes similaires masquées par le tchador, se décompose à la longue en particularités. Le prévisible devient soudain moins certain lorsque nous sommes confrontés à la personne qui se cache sous le masque.

Les phénomènes atmosphériques saisis par Nathalie Lavoie dans quelques-uns de leurs nombreux états se décomposent et se recomposent à l’infini. L’histoire de l’univers livré aux aléas d’événements cosmiques n’est pas qu’une suite d’accidents et d’incohérences. Elle s’écrit avec ce que nous pouvons en observer et l’explication devient possible quand le scientifique ou l’artiste extraient des moments de la manifestation pour l’examiner.

L’assemblage méticuleux d’ossements entrepris par La Gaan selon les exigences de la forme et l’alliage des matériaux structurants s’apparente à la répétition sérielle que l’on retrouve en musique. Un même motif, constant mais soumis à des variations, repris de façon toujours différente et tenu par une trame, se développe et trouve sa place dans une architecture d’ensemble.

Le désir de s’attacher à la référence connue, à la matrice originelle et de s’en distancer dans un même geste artistique pour aller vers des engendrements nouveaux, saisit bien la problématique des origines et de l’inévitable transformation. Répéter pour atteindre le sens, multiplier les possibilités et les générations d’images pour toucher ce qui échappe à la série et ses variations opèrent comme un mantra visuel.

Marie-Jeanne Musiol


La Gaan

L’os, extrait par La Gaan du milieu naturel réinséré dans une installation en nature ou au contraire dans une structure fabriquée, résume à la fois l’histoire des origines et celle des formes évolutives de la vie. La répétition à travers le temps, symbolisé ici par la multiplication de l’os blanc aux formes variées, signale la continuité de l’espèce dans le flux de la transformation. Son matériau s’est d’abord imposé à l’artiste à travers des promenades dans la forêt où des vertèbres d’orignal ou de chevreuil sortaient de terre. Quand ces formes brutes sont laissées au naturel et utilisées in situ dans des installations, l’intervention est minimale et joue sur une répétition où l’os rejoint un processus organique harmonisé avec les strates de la terre. Dans les sculptures par contre, l’os conditionné pour ne pas s’effriter et dégager des odeurs devient un matériau qui s’allie avec le métal pour constituer une structure autonome.

Au sujet de l’artiste

La Gaan vit à Alexandria en Ontario. Elle a tenu des expositions individuelles à la galerie Praxix Art Actuel (Ste-Thérèse), à la galerie La Gare (L’Annonciation), à la galerie Vaste Vague (Carleton) et à la Galerie du Nouvel-Ontario (Sudbury) entre autres. Ses œuvres font partie des collections de la Domtar et du Centre des Services sociaux du Montréal Métropolitain.


Nathalie Lavoie

L’exploration des forces agissantes de la nature définit pour Nathalie Lavoie un terrain où ce sont l’éphémère, l’imprévisible et le hasard qui orientent le cours des phénomènes. Pas très loin des théories du chaos et de l’aléatoire qui dominent nos explications du cosmos, elle introduit pourtant l’ordre de la séquence dans sa narration d’un événement atmosphérique. Tirant de l’internet les images par stellite qui captent les figures de l’ouragan comme des spirales ou des entonnoirs, elle les miniaturise et raconte leurs transformations dans une linérarité picturale faire de dessins. Représenter les mouvements, les consigner sur papier est aussi un moyen de domestiquer des forces qui échappent au contrôle et à l’explication.

Au sujet de l’artiste

Nathalie Lavoie vit à Ottawa. Elle est diplômée en histoire de l’art de l’Université Laval et a participle à des expositions de groupe entre autres à la galerie Le Trillium (Gloucester), à la galerie Saw (Ottawa) et à la Galerie d’art Jean-Claude Bergeron (Ottawa), ainsi qu’à des événements comme Poste Art II au Musée canadien des civilisations (Hull) et Mini Print International de Cadaquès (Espagne).


Shahla Bahrami

La vue de millions de femmes portant le tchador engendre peur et confusion chez les Occidentaux. Shahla Bahrami suggère à travers une succession d’images de femmes voilées un registre de réactions ambivalentes. L’obligation de porter le voile est l’expression d’un substrat de violence qui s’exerce à grande échelle. Mais le tchador est aussi l’affirmation d’une résistance culturelle au nivellement corporatiste américain et cache des personnes aux identités bien affirmées. Le transfert d’images photocopiées est un procédé de répétition que l’artiste exploite pour mettre l’esthétisme de la miniature persane et ses inscriptions calligraphiques au service d’un questionnement de société.

Au sujet de l’artiste

Shahla Bahrami vit à Ottawa. Elle a fait des études d’art à Téhéran (Iran) et est diplômée en arts plastiques (UQAH. Ses expositions individuelles ont été vues au Centre d’exposition l’Imagier (Aylmer), à la maison de la culture de Gatineau et à la Galerie du Nouvel-Ontario (Sudbury) entre autres. Elle a aussi participé à des expositions de groupe et France, en Belgique et en Corée.


Paul Walty

Les personnages de Paul Walty existent à petites échelle dans des dessins originaux au crayon et à l’encre avant d’être numérisés et agrandis. Dans ce processus, l’ordinateur est l’outil fonctionnel qui permet de multiplier les variations graphiques. La pixellisation s’apparente alors à la ligne brisée du crayon, vue à la loupe avec ses interstices, qui se dissout pour ne laisser qu’un jeu d’espaces. L’espace est à la fois le lieu d’expansion où tout est possible et celui d’une absence, là où le vide et le manque de substance sont synonymes d’une perte de la parole.

Au sujet de l’artiste

Paul Walty vit à Toronto. Il a tenu de nombreuses expositions individuelles à travers le Canada, entre autres à la Galerie sans nom (Moncton), la Hamilton Artists Inc., la Galerie du Nouvel-Ontario (Sudbury), L’Espace Virtuel (Chicoutimi), La Chambre Blanche (Québec) et Xchanges (Victoria).

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