NOUVEAU : La GNO à la radio

C’est officiel ! L’équipe de la GNO se joint à l’émission hebdomadaire Stie-Citte au côté des intrépides de la Slague et du TNO.

Cette émission de radio diffusée sur les ondes de CKLU, 96.7 à 11 h les jeudis vous propose un contenu culturel et artistique en FRANÇAIS !!! Vous pourrez y entendre la couverture de nombreux événements locaux et d’ailleurs, des éditoriaux qui ne se prennent pas trop au sérieux, et ce, en encourageant la radio communautaire locale. Mais ce n’est pas tout ! Si vous manquez le rendez-vous en direct, il est toujours possible de réécouter les émissions en rediffusion icitte.


Le cœurporel éphémère

un texte d’accompagnement de Alex Tétreault sur la série de performances «Les clés du cœur» d’Hélène Lefebvre.

Y fait chaud.

Le centre-ville bourdonne alors que les masses circulent et sillonnent dans la cacophonie festive. Une madame, seule, aux écouteurs orphelins, danse au rythme de ses propres clés. Elle part des multiples cadenas d’amoureux qui alourdissent le pont au-dessus des tracks avec la lourdeur des « pour toujours » gelés dans le temps et l’espace.

Sur les trottoirs bondés de la Elgin ou les pistes serpentines du Parc Memorial, elle passe largement inaperçue. Hormis quelques hochements de tête polis, des sourires en coin ou des requêtes sincères quant à son état psychologique, elle est rapidement répertoriée comme appartenant aux autres classes ignorées du coin.

Absorbée par son univers, elle poursuit sa danse, sa bacchanale for one. Lorsqu’elle traverse la clôture cependant, c’est un tout autre set de clés. Elle arrive sur le party. Le contexte change tout. Presqu’instantanément, les festivaliers, déjà bien primés par les pulsations des speakers et le pinot grigio du bar, se mettent à groover à son beat. Pour un bref instant, l’amour de cette femme nourrit ses nouveaux partenaires de danse, qui ne font que le lui redonner et ainsi de suite, dans un feedback loop de love.

Et puis, le moment passe, comme les autres qui l’ont suivit et l’ont précédé. Les parties concernées partent chacune de leur côté, la femme qui jingle poursuivant son parcours. Mais ce moment demeure…magique.

Il y a quelque chose de magique à la regarder, emportée par une musique qu’elle seule peut entendre, son corps se nourrissant de l’énergie autour d’elle, ses écouteurs branchés dans le cosmos qui siphonnent les vibes. Parce que bien sûr, nous pourrions tous l’entendre aussi cette musique, se nourrir de cette énergie. Elle n’est pas la seule à avoir un trousseau plein de clés. Nous n’avons qu’à vivre pleinement les moments d’éphémérité quand ils se présentent, soient-ils des performances, des festivals ou l’amour.

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Alex est un p’tit cul d’Azilda. Sa chatte et muse, Ariane Minouchkine, lui est une source perpétuelle d’inspiration. Quand ça y tente, il écrit des affaires.


Une première activité hors-les-murs pour la GNO

Quoi de mieux pour notre première présence hors galerie que de participer au fringant festival d’art urbain et de musique émergente Up Here ? Et pour bien faire les choses, la Galerie du Nouvel-Ontario a invité Hélène Lefebvre, une collaboratrice de longue haleine, à présenter des performances surprises tout au long de la fin de semaine.

Son style parfois troublant mais toujours pertinent interroge les rapports à l’identité et l’altérité en repoussant les limites du corps et du symbolisme. Pour l’occasion, l’artiste interdisciplinaire offrira aux spectateurs déambulant dans les rues du centre-ville des performances dans la continuité de celle présentée lors de la 5è édition de la FAAS.

Sa dernière intervention est planifiée pour le dimanche 18 août, vers midi, en face du YMCA (rue Durham), juste avant le départ du tour mystère organisé par Up Here – parce qu’il n’y a rien comme faire patienter des assoiffés d’art avec encore PLUS d’art !

L’artiste sera en résidence à la GNO à partir du 13 août. Plus de détails sur la page Facebook de l‘événement.


Miner la mémoire

un texte d’accompagnement de Jamaluddin Aram sur l’exposition Lèvres de mille neuf cent quatre-vingt-seize enseignants, de Patrick Cruz

La même année où la Galerie du Nouvel-Ontario (GNO) fut fondée à Sudbury, à des milliers de kilomètres de là, un collectif madrasa captura la ville de Kaboul. C’était en 1996.

C’est l’histoire de deux commencements aux conséquences absolument divergentes. À Sudbury, la GNO ouvrit ses portes afin d’offrir un nouveau souffle au milieu des arts et un lieu de création aux artistes. À Kaboul, les camions des talibans pénétrèrent la ville au milieu de la nuit. Le matin suivant, lorsque les lève-tôt aperçurent ces étrangers, ils ne perçurent rien de différent mis à part leurs yeux soulignés au charbon, leurs pieds ornés de sandales et leur musique exempte d’instruments.

Avec la GNO, Sudbury s’ouvrit à l’art contemporain. Avec les talibans, Kaboul s’est fermée à tout ce qui était lié de près ou de loin aux arts : la musique, la danse, le dessin, le cinéma, la télévision, le théâtre, le cerf-volant, la boxe et même le sifflotement. J’étais jadis à Kaboul, je suis désormais à Sudbury. En me remémorant ces deux commencements, je compare les récits et constate l’écart béant entre eux.

Ma première réaction à Lèvres de mille neuf cent quatre-vingt-seize enseignants, une exposition de Patrick Cruz à la GNO, en est une de comparaison. L’assemblage maladroit et négligé m’a d’abord apparu comme laid, au point de me demander : « Est-ce de l’art ? » Patrick a réalisé un collage décousu d’items qui s’empoussiéraient depuis un moment déjà. Il a empilé au milieu de la galerie tout ce qui se trouvait à sa portée : plaques chauffantes, ordinateurs obsolètes, casques de construction, bottes, filières et fichiers, magazines et livres, béquilles, balles de pingpong, chandails, albums photo, etc. « J’ai excavé le sous-sol [de la GNO] », déclara Patrick. Dérangé par ma réaction — qui selon des expériences passées peut sembler ignorante — je me suis décidé à lui parler.

J’appris sa conceptualisation de la mémoire qui selon lui nécessite l’exhumation du passé pour que le futur prenne tout son sens. J’appris que l’art, en tant que concept, peut être subjectif et fluide, dérangeant et imparfait, qu’il y a beaucoup plus à apprendre dans l’acte même de créer que dans les coups de pinceau visibles sur une toile, les mouvements pratiqués d’une chorégraphie ou les derniers ajustements sur un costume rutilant.

Alors que j’en apprenais plus sur les installations in situ, j’ai réfléchi au dévouement des talibans à détruire toute forme d’art — incluant une statue du Buddha gravée au 5e siècle à même la face d’une montagne au centre de l’Afghanistan.

Alors que le reste de l’humanité avançait, l’Afghanistan reculait. Dans les écoles, les cours de dessin et de calligraphie furent remplacés par les cours de religion où l’on apprenait des leçons plus qu’étranges. Je ne m’étais jamais rendu compte de l’importance de l’éthique des toilettes lorsque notre professeur de religion borgne nous apprîmes qu’il était impératif d’entrer du pied gauche dans les latrines et d’en sortir du pied droit. « Et qu’est-ce qui arrive si on se trompe ? » de demander un camarade de classe. « Qu’est-ce qui arrive ? » répondit le professeur, « Satan entrera votre derrière ainsi offert. » Il va sans dire qu’il n’y avait aucune place à la discussion, encore moins à propos des arts.

C’est seulement en rétrospective, vingt-trois ans après, que je peux me demander si les cinq ans de ce régime taliban répressif ont pu contribuer à inspirer une nouvelle génération d’écrivains, de poètes, de musiciens, de réalisateurs et d’artistes visuels.

Après tout, l’exposition de Patrick Cruz suggère que la lumière qui sert à éclairer notre avenir se cache parfois dans le passé. Pour y accéder, il faut parfois la déterrer des milliers de mètres sous terre, parfois fouiller dans la cave d’un édifice, et parfois elle se terre dans l’esprit sous forme de souvenirs.


Jamaluddin Aram est un documentariste, producteur et nouvelliste originaire de Kaboul, en Afghanistan. Ses documentaires My Teacher Is a Shopkeeper et Unbelievable Journey ont été présentés en Afghanistan et ailleurs dans le monde. Il est le producteur associé du film Buzkashi Boys, sélectionné aux Oscars. Ses nouvelles peuvent être lues dans divers magazines littéraires afghans, américains et canadiens. Il vit présentement à Sudbury, Ontario.


La GNO déménage !

Installée depuis 22 ans à la même adresse, la GNO changera d’emplacement avant de s’installer à la Place des Arts, à la manière d’une crise d’adolescence précédant un engagement sérieux. La GNO profitera de cette relocalisation pour focaliser ses énergies sur une programmation riche et axée sur la création, tout en renouvelant ses publics. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de la galerie qu’un déménagement subit nous invite à user de stratégies afin de promouvoir l’art actuel de manière inusitée, et c’est tant mieux.

Le déménagement se fera le 1er juillet 2019, à la suite de l’exposition Lèvres de mille neuf cent quatre-vingt-seize enseignants, de Patrick Cruz, présentée du 31 mai au 28 juin. L’artiste a justement utilisé cette annonce pour intégrer les archives de la galerie et autres objets trouvés au sous-sol à son installation multimédia qui analyse Sudbury à la manière d’un documentaire.


La Place des Arts de Sudbury dévoile son design architectural

La Place des Arts du Grand Sudbury a levé le voile sur le design extérieur de son futur centre d’excellence artistique multidisciplinaire. L’édifice qui abritera huit organismes culturels de langue française à l’angle des rues Larch et Elgin, au nord de la ruelle Medina à Sudbury, présente des lignes audacieuses et énergiques dans un design à la fois moderne et lumineux, qui arbore les traces du passé et du présent industriel du Nord.

« Nous avons là un édifice phare qui a beaucoup à raconter, explique le président de la Place des Arts du Grand Sudbury, Stéphane Gauthier. Il a été inspiré par la force motrice du mouvement culturel du Nouvel-Ontario, porté par une volonté d’advenir de toute une génération. C’est dans le Nouvel-Ontario que sont nés le plus ancien centre culturel, le premier théâtre de création, la première maison d’édition, le premier festival de musique provincial et la première galerie d’art en Ontario français. Ainsi il fallait imaginer un bâti surgissant du paysage comme si certaines formes avaient toujours été là, naturellement, faisant partie du panorama urbain. C’est à la fois une œuvre de mémoire et un espace rassembleur, actuel et ouvert sur de grands espoirs pour l’avenir », explique M. Gauthier.

L’édifice sera recouvert d’un matériau riche aux couleurs typiques du minerai du nord de l’Ontario : de l’acier corten. Exposé aux éléments, il s’oxyde naturellement et se stabilise pour former une patine qui varie du jaune doré au brun orangé. Cette patine unique protège le matériau et le rend durable et résistant.

« Le choix du corten s’est en quelque sorte imposé, inspiré des 300 années d’existence et de création que se partagent les sept membres fondateurs de la Place des Arts. Il signe un nouvel édifice à l’architecture unique, mais avec une façade extérieure qui, elle, rend hommage à un passé assumé qui continuera d’alimenter la vitalité de la communauté franco-ontarienne », indique l’architecte principal de Yallowega Bélanger Salach Architecture et Sudburois Louis Bélanger.

Le consortium d’architectes Yallowega Bélanger Salach Architecture et Moriyama Teshima Architects a conçu le futur centre artistique multidisciplinaire de quatre étages qui comprendra, à l’intérieur des 40 000 pieds carrés, une salle de spectacle, un studio multifonctionnel, une galerie d’art contemporain, un bistro avec terrasse débordant sur le trottoir en saison, une boutique-librairie, un centre artistique de la petite enfance avec terrain de jeu, puis des aires de bureau. « Nous sommes fiers du résultat et du défi que posait l’optimisation des espaces de plus d’une façon sans perdre au jeu. C’est tout un honneur de concevoir ce lieu rassembleur, invitant pour l’ensemble de la communauté et qui s’intègre harmonieusement dans la dynamique urbaine du centre-ville », renchérit l’architecte principal de Moriyama Teshima Architects originaire de Sturgeon Falls Jason Philippe.

Les coûts de réalisation de la Place des Arts totalisent 30 millions de dollars. La seconde phase des travaux de construction débutera à la fin du printemps pour une ouverture officielle durant la saison artistique 2020-2021.

La Place des Arts logera les sept organismes culturels et artistiques fondateurs, soit le Carrefour francophone de Sudbury (1950), le Centre franco-ontarien de folklore (1960), le Théâtre du Nouvel-Ontario (1971), les Éditions Prise de parole (1973), les Concerts La Nuit sur l’étang (1973), la Galerie du Nouvel-Ontario (1995) et Salon du livre du Grand Sudbury (2004).

FAITS SAILLANTS

  • La Place des Arts dotera le Grand Sudbury du premier centre artistique et culturel multidisciplinaire du nord de l’Ontario.
  • L’édifice aura 40 000 pieds carrés sur quatre étages.
  • Vitrage côté ouest au procédé de givrage par laser à gain solaire faible, diminuant les coûts énergétiques de l’édifice.
  • Centre artistique de la petite enfance accueillant 15 enfants par jour, avec terrasse et aire de jeu extérieure côté ouest de l’édifice, sur Elgin.
  • Terrasse du bistro débordant sur le trottoir en saison, rue Elgin.
  • Aires de bureaux d’une superficie de plus de 10 000 pieds carrés pour les sept organismes fondateurs.
  • Zone jeunesse de création.
  • Studio multifonctionnel de type boîte noire de 120 places.
  • Salle de spectacle de près de 300 places.
  • Galerie d’art contemporain et boutique-librairie avec vitrines sur Larch.
  • 850 activités prévues annuellement.
  • 50 000 entrées de visiteurs par année.
  • Le projet de 30 M$ bénéficie de l’appui de bailleurs de fonds dont Patrimoine canadien, FedNor, la Société de gestion du Fonds du patrimoine du nord de l’Ontario, le ministère du Tourisme, de la Culture et du Sport de l’Ontario et la Ville du Grand Sudbury.

Perdre le Nord entre les lignes

un texte d’accompagnement de Sylvie Mainville sur l’expo VIENS de Pascaline Knight, Mariana Lafrance et Julie Lassonde

Viens, c’est une invitation à plonger dans le familier — à se mouvoir entre les lignes bleues du célèbre cahier Canada, dans les jeux de cartes et les rituels combien intimes de notre enfance et dans la neige de nos paysages collectifs. On le dit souvent sans se tromper : nous sommes nés quelque part. Trois artistes nous y convient.

Première consigne en entrant dans l’espace public de la GNO : on se déchausse.

Mais Viens, c’est tout autant une invitation à se submerger dans l’inconnu où les marges rouges du cahier deviennent particulièrement floues et s’insinuent ici et là comme un doute en coup de poing qui jusqu’alors n’avait jamais pu nous traverser l’esprit, où de nouvelles règles émergent qui nous forcent — comme par une intuitive magie — à jouer autrement et où la constance du mouvement à lui seul peut déclencher l’enfantement de relations inédites.

Par le corps se pratiquent la découverte de soi et la découverte de l’autre. Peu importe le moyen : marche, danse, patin, raquettes, ski… On s’y ouvre malgré les risques. La curiosité s’impose. Il faut simplement y consentir. Suis-je suffisamment en forme, me dis-je? Suffisamment grande? Libre?

Presque par hasard, l’inconscience ici trébuche dans la conscience là-bas. Ce n’est plus un jeu. Et l’on sait bien par ailleurs que le hasard n’existe pas. Mes toutes-puissantes baguettes magiques se taisent. Du moins dans l’instant présent, pendant que d’autres gestes répétés mettent au monde de nouvelles sphères. Ça déconcerte. Le petit cahier Canada se transforme en un matelas géant gonflé par des vulnérabilités toutes personnelles. L’intime se déverse dans la sphère collective, se dévoile au grand jour. Rien d’autre à faire que de se faire tout-petit et de se tasser pour lui céder toute la place qu’il mérite.

En contact avec le papier kraft brun, la neige semble joyeusement changer de couleur. Je fais de la raquette, raquettiquetowtow… Non, je me trompe : ce n’est pas de la raquette, c’est plutôt un animal rouge en plein vol. Aucune idée où il se dirige, mais je le suis.

Dans le moment éternellement présent, le nowhere glisse vers le now here et tourne en rond. Une chose à faire : je prends d’affilée deux autres verres de vin. La certitude d’être née quelque part s’estompe : plus de Nord, plus de Nouvel-Ontario, plus de raquettes de mon enfance, plus de consignes ou de normes connues… La certitude d’être née quelque part devient une faible intuition à suivre à ses propres risques et périls. Il est vrai que parfois, il est difficile de s’endormir le soir.

Quelques constatations : je ne trouve plus mes bottes, mais je découvre dans ma poche gauche un as de cœur. J’ai de la chance, me dis-je. J’ai de la chance.


 


Une première rétrospective de la FAAS

Déjà nostalgiques de la FAAS ? Nous aussi. Par chance, on peut lire une première rétrospective publiée dans le numéro 131 de la revue Inter, art actuel, écrite par Jean-Michel Quirion. Là où les artistes explorent les intersections entre le territoire et l’identité, un article qui offre un aperçu des réflexions provoquées suite à cette biennale enivrante.

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