L’esprit des fêtes s’est emparé de la GNO!

En 2018, on a :

  • Accueilli quatre expositions originales
  • Tenu la sixième édition de la FAAS
  • Repeint la place trois fois et fait des centaines de trous dans le mur pour le Nouveau Louvre
  • Brisé un marteau, un niveau, trois balais et quelques gogosses
  • Transporté des roches, des ardoises, des outils, des meubles et encore des roches
  • Perdu puis retrouvé le chauffage
  • Mangé approximativement 25 litres de chili
  • Dit au revoir à trois animaux domestiques
  • Dit bonjour à deux nouveaux membres de CA
  • Côtoyé une trentaine de valeureux bénévoles
  • Préparé une belle vidéo festive
  • Mérité nos vacances!

La galerie sera fermée du 23 décembre au 7 janvier inclusivement. De retour le 8 janvier!

Joyeuses fêtes!


APPEL AUX ARTISTES : Nouveau Louvre 2018

La GNO invite tous les artistes à exposer et mettre en vente leurs œuvres au Nouveau Louvre 2018. Que vous travaillez avec le fusain, la peinture à l’huile, l’argile, l’acrylique, le vitrail, peu importe! Nous serons très heureux d’accepter vos œuvres, les exposer sur nos murs et les proposer aux nombreux acheteurs qui fréquentent cette grande vente d’art qui est devenue une véritable tradition du temps des Fêtes à Sudbury.

Le Nouveau Louvre est la plus importante activité de collecte de fonds de la GNO. Les œuvres au Nouveau Louvre seront toutes à vendre au prix unique de 200 $, dont 125 $ seront payés à l’artiste et 75 $ à la GNO.

Nous acceptons, dès aujourd’hui, jusqu’à deux (2) œuvres à la fois par artiste. Celles-ci seront exposées à la GNO du samedi 24 novembre au samedi 22 décembre 2018.

Nous encourageons les artistes à nous apporter leurs œuvres le plus tôt possible, afin qu’on puisse bien les documenter et les ajouter au site web du Nouveau Louvre.

Apportez vos œuvres à la GNO (174, rue Elgin), d’ici le jeudi 22 novembre 2017. Les heures d’ouverture de la GNO sont de midi à 18 h, du mardi au samedi.

Pour de plus amples renseignements, n’hésitez pas à nous contacter.


La résidence artistique de Jérôme Havre se poursuit

La dernière semaine a été consacrée à la fabrication et à la pose de la première couche de torchis sur la structure de bois recouverte de grillage. Jérôme Havre, l’équipe de la GNO et quelques braves bénévoles ont mélangé les matériaux avec leurs pieds dans une grande boîte en bois. L’artiste a également expérimenté avec le brin de scie et le sable afin de développer des textures.

La sculpture sera complétée au courant de la semaine. Contactez-nous si vous désirez donner un coup de main (ou de pied!).

En parallèle, Havre continue de créer ses pièces en céramique. La cuisson aura lieu cette semaine à l’atelier des Sudbury Basin Potters, le commanditaire officiel de cette exposition.

Rendez-vous au vernissage le 23 octobre dès 18h!


Vous avez dit FAAS?

Eh oui, c’est presque l’heure de la FAAS!

Cette année, nos près-de-quarante artistes invités investiront un autre haut-lieu au coeur de Sudbury : le Village sur Mackenzie, anciennement l’école Saint-Louis-de-Gonzague, dont la location nous est gracieusement offerte par notre partenaire d’événement Autumnwood. Le thème, À qui?, positionne les artistes à l’intersection de l’identité et du territoire, et invite le public à réfléchir à cet enjeu contemporain.

Cette sixième édition de la Foire d’art alternatif de Sudbury aura lieu du 24 au 28 octobre 2018. Comme toujours, des conférences, une soirée de performance ainsi qu’un vernissage des installations seront de rigueur.

Vous ne voulez rien manquer de nos activités? Téléchargez notre application mobile ou consultez la page web.

Nous sommes toujours à la recherche de mains travaillantes (et des gens qui y sont rattachés). Si vous désirez être bénévole, veuillez remplir ce formulaire.

À très bientôt!


Jérôme Havre en résidence à la GNO

Depuis le 20 septembre dernier, l’artiste Jérôme Havre est l’artiste en résidence de la Galerie du Nouvel-Ontario. Pour l’occasion, l’espace a été transformé en atelier où se construisent peu à peu les pièces de son exposition Intérieur. La pièce principale consistera en une structure d’inspiration architecturale ressemblant à une hutte. Un squelette en bois sera recouvert de grillage qui viendra soutenir du torchis, ce mélange d’argile, de sable, d’eau et de matériel organique, ici de la paille.

Gérald travaille sur le squelette de l’oeuvre

Un premier coup d’oeil sur la structure

En plus de cette structure, l’artiste réalisera des sculptures en céramique qui viendront habiller l’espace. Les murs seront également mis à contribution.

La base d’une des sculptures

L’installation devrait être complétée le 12 octobre.

À suivre!


Les gribouillages d’enfants sont les futures cures

Un texte d’accompagnement par Sarah Blondin sur l’exposition Mais d’où viens-tu vraiment? de Florence Yee

Il arrive que, lorsqu’on entre dans un espace organisé par quelqu’un d’autre, on ressente quelque chose comme une révélation. En un instant, on se fait une idée de ce dont leur enfance avait l’air. Par la façon qu’a notre regard de balayer l’espace, on voit les choses d’une manière stéréotypée qui nous amène à présupposer leurs souvenirs. Par exemple, j’étais une jeune fille pleine de drames, prisonnière de la banlieue; par conséquent, mes murs étaient évidemment recouverts d’affiches des Backstreet Boys. Même maintenant, rendue à l’âge adulte, je me retrouve à recouvrir chaque pouce de mes murs, exprimant ainsi mes goûts dans ma chambre.

Après avoir étudié les arts visuels, j’ai commencé à remarquer que les artistes sont véritablement captivés par leurs souvenirs d’enfance. Il se dégage toujours l’impression qu’ils se tournent vers leur passé et qu’ils transforment leur histoire en une composante visuelle pour documenter et se souvenir de leurs années formatrices. Je me suis souvent demandé : pourquoi? Nos enfances sont pleines de moments embarrassants et traumatisants – certains plus que d’autres. Néanmoins, après avoir passé tant d’années à réfléchir, et à fixer mes murs placardés de Backstreet Boys, je me suis aperçue que notre développement comme êtres humains est la raison de notre créativité. L’art est façonné par nos expériences et la place qu’elles occupent subjectivement dans notre récit personnel. Ainsi, la fois où tu pensais que débouler l’escalier de l’école secondaire était le pire moment de ta vie – un moment que tu n’oublieras jamais –, cette fois-là va t’inspirer un projet créatif qui va guérir quelque chose en toi en se manifestant à travers ta propre vie.

Lorsque je suis entrée à la GNO pour voir l’exposition de Florence Yee « Mais d’où viens-tu vraiment? », j’ai ressenti un pincement au cœur. La façon dont l’exposition était commissionnée m’a fait sentir comme si je pénétrais dans l’expérience de vie d’autrui, comme si j’étais assise dans la maison de l’artiste et que je faisais l’expérience de son chez-soi depuis ses profondes entrailles, absorbant les joies, les luttes et les dénouements de cette vie. Quand j’ai mis le pied à la galerie, l’histoire de Florence est venue à moi facilement et m’a imprégnée. Son travail est également un témoignage puissant qui appelle à une communauté large, une communauté qui tend à être socialement dévalorisée, mais dont la voix mérite et a toujours mérité d’être entendue. Son exposition présente un équilibre entre l’innocence et la maturité. On peut apercevoir l’enfant en Florence qui protège et conserve ses traditions, et en même temps on perçoit la pression de la culture occidentale qui en émane. Elle est une artiste qui parle depuis son soi-enfant, créant dans l’espoir de provoquer des connexions humaines, quelque chose que l’on désire et à quoi l’on aspire tou.te.s. En tant que personnes, nous sommes simplement tou.te.s à la recherche d’un sens de la communauté, un idéal que l’art de Florence incarne véritablement.

Quelque chose d’autre m’a étonnée à propos de Florence Yee : son âge. Que quelqu’un d’aussi jeune ait une connexion et un amour si forts pour sa communauté – et, qui plus est, possède le cran et le courage d’exprimer ses souvenirs sous l’œil du public – est en soi un travail créatif pour lequel elle mérite d’être reconnue. Ultimement, elle parle au nom de bien des jeunes qui, aujourd’hui, se débattent avec leurs identités; un sujet assez pertinent dans notre pays et au sein de la société actuelle. Rappelle-toi toujours ton enfance, sois proche de ton histoire et crée d’après toi-même.

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Sarah Blondin est une artiste locale des techniques mixtes qui a encore seize ans dans son cœur. Son inspiration lui vient de sa vie comme jeune femme ayant grandi dans une petite communauté où Internet était le canal de choix pour s’exprimer avec grand drame, à une époque où chaque page MySpace était un journal intime bien trop personnel, bien qu’elle soit partagée avec une foule de personnes. Son travail explore le collage, l’illustration et la sculpture. Elle espère apporter joie, curiosité, humour et souvenirs à son public.


Vu de haut avec Caroline Monnet

Un texte d’accompagnement de Deanna Nebenionquit sur l’exposition WANDERLUST de Caroline Monnet

S’il vous est arrivé de vous retrouver devant une œuvre de Caroline Monnet, vous savez comment on peut se sentir petit devant une exposition. S’il vous est arrivé de vous retrouver devant le travail du commissaire Stefan St-Laurent, vous savez comment une exposition peut vous mettre à l’aise. L’une comme l’autre sont venus de Québec pour présenter à Sudbury une exposition à la fois pertinente et opportune pour la ville hôte.

La Galerie du Nouvel-Ontario est un petit centre d’artistes autogéré situé rue Elgin au centre-ville de Sudbury. Sa façade donne sur le sud et de grandes fenêtres laissent pénétrer une abondante lumière, ainsi que la pollution sonore de la gare de triage avoisinante. Ce petit local semble avoir un cachet historique et un riche passé à raconter. C’est bien que Caroline Monnet et Stefan St-Laurent y soient réunis pour y ajouter leur récit dans le cadre de leur exposition intitulée Wanderlust.

Dès qu’on entre dans la galerie, on subit l’effet frappant d’un long mur de 35 pieds ou plus couvert d’un papier peint à motif futuriste que Blue Moon Graphics de Sudbury a imprimé et installé. Les patrons géométriques de ce papier peint composent un labyrinthe sans fin où des éléments en positif et en négatif sont équitablement représentés. Trois toiles carrées de 60 pouces sont suspendues à ce mur. Ces œuvres (Edith, Caroline, Roberta) font partie de la série Tipi Moderne que Monnet a créée en 2012 dans son studio à Montréal.

Tout à fait au fond de la galerie, on aperçoit des bribes du papier peint exposé dans la fenêtre intérieure de la GNO, qui finit d’une manière ou d’une autre par s’intégrer à chaque installation qu’on y a présentée ces dernières années. On voit aussi un écran de télévision qui diffuse en boucle un film en noir et blanc dont la bande sonore vaguement sinistre a été composée par Frères Lumière. La vidéo s’intitule Gephyrophobia (2012) et le personnel de la galerie explique gentiment que ce mot signifie la phobie des ponts (mais non littéralement).

Ce film en format 16 mm d’une durée de 120 secondes a été produit par une équipe de collègues et d’amis avec lesquels Caroline travaille souvent. Je reconnais certaines des voies ferrées dans la vidéo : il s’agit des ponts qui relient Gatineau (Québec) à Ottawa (Ontario). Parce que j’ai habité un certain temps à Ottawa, cette vidéo me semble bizarrement familière. Les images en noir et blanc donnent l’impression de provenir d’un passé récent, ou peut-être de l’avenir. Le puissant courant de Kitigan Zibi, la rivière des Outaouais, joue dans ce film un rôle essentiel. J’ai remarqué que certains spectateurs voient d’abord l’eau qui coule, tandis que d’autres voient d’abord les ponts qui établissent un lien ou un respect mutuel entre les multiples cultures.

En continuant le parcours dans la galerie selon le sens des aiguilles d’une montre, on voit aux murs six panneaux carrés qui arborent des formes géométriques. Le regard va et vient entre les panneaux de bois accrochés à un mur et les patrons géométriques du papier peint du mur d’en face. On a bien raison de croire que ces motifs ont une interrelation énigmatique qu’on ne saisit pas forcément au premier coup d’œil.

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Le titre de l’exposition est Wanderlust. Il suffit d’une simple recherche Google pour savoir que ce mot signifie le désir d’errer. Pour moi, ce mot évoque davantage la découverte, puis l’interprétation et la réflexion, plutôt que la simple exploration. C’est un mot stimulant et actif qui présente la possibilité de pénétrer dans un nouvel univers de possibilités.

Cette année, en 2018, le centre-ville de Sudbury est à l’aube du changement. Le conseil municipal a approuvé de nouveaux projets comme le corridor vert de la rue Elgin, le plan directeur du centre-ville et une série de projets de construction bénéfiques. Il semble que pour la première fois depuis plusieurs décennies, les communautés convergent pour (on l’espère) soutenir de nouvelles initiatives souhaitables qui revitaliseront le centre-ville et la ville dans son ensemble.

Le message général de cette exposition et l’histoire de ce qui se passe à Sudbury ces temps-ci s’entrecroisent. Notre communauté doit aller de l’avant ensemble pour réaliser des projets et nous devons faire entendre nos voix. Bien qu’il y ait des différences dans notre communauté, il y a aussi des occasions de les faire converger et de créer quelque chose de beau. Dans le travail de Caroline Monnet, on peut voir les lignes transversales de la série Tipi Moderne, les lignes du papier peint et des panneaux de bois et la ligne d’intersection qu’est le pont qui franchit la rivière Kitigan Zibi. Le spectateur peut interpréter ces lignes comme des cartes géographiques qui ont été raccordées pour former un tout à même des perspectives et des médias divers.

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Cette artiste aux origines algonquines et françaises pense aux intersections de ses deux cultures et à leur influence sur son travail et ses idées. L’éloquente et belle Caroline Monnet sait amener les spectateurs à prendre conscience des perspectives et à en discuter. C’est intéressant de l’entendre parler de son travail, principalement de la conceptualisation, de l’exécution, des collaborateurs et des personnes qui installent ses œuvres. À chaque étape du cheminement, l’artiste exprime sa profonde reconnaissance.

Dans sa causerie, Caroline a parlé de l’influence des formes géométriques et des patrons sur son travail. Ce qui m’a paru particulièrement important, c’est ce qui l’a amenée à utiliser le carré et les symboles sacrés : c’est assise auprès des matriarches de sa famille qu’elle a commencé à apprendre ces usages anciens. Son éducation et l’influence de son entourage lui ont permis de pratiquer et d’appliquer ces connaissances d’une manière qui appartient bel et bien au 21e siècle, à l’aide de logiciels de conception graphique et de techniques d’impression modernes.

Je lui ai demandé quelle forme lui sert de point de départ lorsqu’elle travaille. Au lieu de répondre le cercle (comme je l’avais présupposé), elle a répondu qu’elle part du cube ou du carré. À partir de ces formes, on peut créer des patrons infiniment variés et explorer des possibilités sans limites. Effectivement, le labyrinthe laisse toujours voir le carré, où que l’on soit. C’est une forme équilibrée et robuste qui peut servir en toute circonstance.

Donc, le labyrinthe qui s’étend dans la galerie et le labyrinthe qui se déploie dans l’esprit du spectateur découlent d’une intention et résultent d’une structuration.

Au départ, présenter une exposition d’art abstrait est un défi en soi, surtout si le public a l’habitude de formes d’art plus traditionnelles. Selon moi, il faut mettre un certain temps à assimiler une œuvre d’art abstrait. Il faut se sentir suffisamment à l’aise pour entrer dans la salle et assez confiant pour ouvrir un peu plus son esprit afin d’assimiler l’information. Ce n’est qu’à ma quatrième visite environ que j’ai saisi que la série Tipi Moderne est une espèce d’installation en soi. Le tissu soigneusement plié sur le brancard me rappelle que pour bâtir une structure ou réaliser un projet, il faut un travail attentif et résolu.

À ma dernière visite à la galerie avant d’écrire ce texte, j’ai examiné plus attentivement les œuvres en bois contre-plaqué que j’avais négligées jusque-là. Même en sachant qu’elles cachent un élément essentiel sous une énonciation secrète, je ne me sentais pas attirée par la matière de ces œuvres. Il s’agit de feuilles de contre-plaqué à sept couches qui ont été découpées par le feu à l’aide d’un appareil électrique que je ne connais pas. Le feu a dégagé des lignes intensément nettes et le passage du laser a laissé derrière lui une forme noire évidée. En prenant l’œuvre en photo, j’ai été étonnée de constater que je pouvais distinguer ce qui semble être de l’écorce. J’ai alors pensé que, oui, à la base de ce projet et à la base de toutes ces idées se trouve la matière brute naturelle. Ces éléments naturels sont ce qui nous sert pour réaliser nos projets. Donc, en allant de l’avant dans notre petite ville minière nordique qui a de grands plans en vue, gardons aussi à l’esprit que les grandes réalisations reposent toujours sur les matières naturelles, les conseils de ceux qui nous ont précédés et l’intersection de nos cultures. En gardant à l’esprit ce que nous sommes, comment ces terrains du centre-ville ont été utilisés et comment on espère qu’ils seront utilisés à l’avenir, nous pourrons aller de l’avant et réaliser ces grands projets stratégiquement, vus de haut, par la collaboration et la communication.

Caroline Monnet
June (détail)
2018
Gravure au laser sur bois
24 x 24”

Deanna Nebenionquit est une commissaire d’exposition originaire d‘Atikameksheng Anishnawbek, anciennement connu comme la Première Nation de Whitefish Lake. Depuis 2014, elle a été la commissaire de nombre d’expositions présentées à la Galerie d’art de Sudbury / Art Gallery of Sudbury, notamment l’exposition de Darlene Naponse, « bi mooskeg / surfacing », nommée l’exposition de l’année en 2016 (catégorie moins de 10 000 $) par l’Association des galeries d’art de l’Ontario, et l’exposition de Mariana Lafrance « to not be so lonely / pour ne pas être si seule ».

Deanna tient à remercier la Galerie du Nouvel-Ontario d’avoir rétribué les services de traduction de Mme Tenascon, une locutrice de la langue algonquine de la communauté autochtone de Kitigan Zibi. Elle tient aussi à remercier Danielle Printup d’Ottawa (Ontario) et Ella Jane Meyers de Sudbury (Ontario) d’avoir pris le temps de réviser ce texte.


canevas inattendu

Un texte d’accompagnement de Maude Bourassa Francoeur sur l’exposition PORTRAITS d’Aurélien Muller et de Natalie Rivet

À la fois rassemblant des peintures qui croquent des scènes clés d’une enfance dans la région de Kapuskasing et des photos et vidéos de gens de la communauté sudburoise, l’exposition Portraits propose un face-à-face au familier. Cette rencontre agit autant par la reconnaissance des visages que je risque de recroiser dans les rues du centre-ville, que par les souvenirs que provoquent les tableaux hivernaux et que je souhaite recréer à mesure que je m’installe dans ce nouveau chez moi qu’est Sudbury.

La neige ne cesse jamais de tomber. Omniprésente dans les peintures de Natalie Rivet exposées en février et mars derniers à la GNO, elle évoque son enfance passée entre parties de pêche sur la glace, rides de ski-doo et randonnées en raquettes. Les flocons recouvrent les souvenirs de l’artiste et rappellent une réalité partagée par une majorité des résidents du nord de l’Ontario. Bien emmitouflés dans leur habit de neige fluorescent, les personnages des tableaux m’offrent leur regard franc aux yeux sombres, mais souriants. Les traits de leur visage semblent s’illuminer, prendre vie et m’inviter à les rejoindre, à enfiler ma paire de babiches pour faire un tour dans le sous-bois enneigé.

La sensation bien intime que j’ai face à ces portraits est celle de feuilleter un album de famille et de me remémorer combien douce est l’enfance lorsqu’on se retrouve bercé à l’arrière d’un traîneau. Ces figures aux joues rougies par le froid, figées par le pinceau de l’artiste ont une vie propre, ailleurs en photo que Rivet a soigneusement excavée de ses archives familiales. En se fiant sur les clichés pris par son père à l’aide d’une caméra argentique, accessoire essentiel à la création de souvenirs instantanés dans les années 1990, elle a entrepris un travail de reconstitution dans le but de partager ces moments avec sa grand-mère, mais surtout de comprendre où elle se situe au sein de son clan. Rivet ajoute ou soustrait des membres de sa parenté aux compositions originelles et surtout reprend sa place en tant que benjamine d’une fratrie nombreuse dans ses œuvres picturales nostalgiques.

Ce qui frappe particulièrement sur ces toiles aux couleurs bien hivernales, c’est la direction du regard du sujet. Pleinement conscient de l’objectif dirigé sur lui, il s’ajuste et pose fièrement pour la postérité. Savoir qu’on est regardé change tout. Et peut-être que de voir le résultat développé des semaines après le moment où le flash frappe nos pupilles change aussi la perception que l’on a de soi. Ne pas être en mesure de regarder notre image immédiatement après sa capture nous évite de découvrir, parfois avec surprise, que l’on ressemble à ça. Que c’est ainsi que les autres nous voient. C’est un réflexe qui s’est développé avec l’arrivée du numérique et qui intrigue également Aurélien Muller, artiste basé à Toronto qui a collaboré avec Rivet pour cette exposition.

Dans sa pratique actuelle, il questionne les habitudes prises par les consommateurs d’images à notre ère où tous peuvent s’improviser photographes. Faisant du portrait son sujet de prédilection, il interroge à la fois sa composition à notre époque et ce qui se cache derrière. Son installation qui fait face aux tableaux est une sorte de murs d’écrans d’ordinateur mis à nu où défilent rapidement des codes au sens incertain et des visages qui peu à peu me deviennent familiers. Ici, le regard de ses sujets n’a pas la même force, car souvent dirigé vers la lueur bleue de leur téléphone cellulaire. Cet accessoire bien de notre temps, véritable extension du corps humain, se faufile presqu’automatiquement dans le portrait. L’appareil facilite la rencontre entre Muller et ses modèles qui se réfugient à la première occasion dans une dimension virtuelle. Connectés instantanément à d’autres, absorbés par leur écran, les gens se détendent, ne posent plus pour la caméra et finissent même par oublier que quelqu’un les regarde. Le cyberespace les a happés ailleurs. Et c’est ce qui rend le portrait si naturel, les masques tombent et exposent un sujet qui ne joue plus un rôle.

Ironiquement, lorsqu’on m’a invitée à me faire photographier, j’ai décidé de ne pas apporter mon cellulaire. Le vide palpable dans ma poche et dans mes paumes évoquait la sensation d’un membre fantôme et m’a obligée à diriger mon regard vers Aurélien lors de la séance. Le cellulaire en tant que béquille aux interactions humaines, toujours à portée de main, renferme son lot d’informations, comme un ADN numérique composé de nos données. Si chez Rivet la quête identitaire se forge autour de la nostalgie du clan familial, chez Muller, elle s’articule autour de la connexion et de la (sur)utilisation du portable. Les gens qui ont posé pour lui se retrouvent exposés, une première fois sur les écrans d’ordinateur, une deuxième fois par leurs données et une troisième fois dans l’installation qui trône au fond de la galerie.

Le fruit de leur collaboration s’érige en igloo formé de télévisions cathodiques, objet transitionnel entre les deux époques et les deux médiums proposés par les artistes. Alliant fixité et mouvement, une seule et même personne se recompose un bref instant sur l’appareil. Dédoublée, à la fois en une photo noir et blanc et en une série de traits colorés peints directement sur la surface pixélisée, la composition n’est pas faite pour durer, car déjà, la photo disparaît et laisse place à un autre portrait. Dans sa fixité, elle bougera deux écrans plus loin, recouverte par la silhouette d’un inconnu. Plusieurs personnes se superposent ainsi, avant de retrouver leur place sous leur double figé par la peinture de Rivet.

Je reste assise assez longtemps pour voir des visages regagner leur place, réunis par les deux médiums. Je commence à reconnaître des gens, à les distinguer par leur carrure, leurs lunettes exubérantes, leur sourire gêné et surtout par le téléphone que tous ont précieusement à la main. Comme un jeu de Guess Who?qui s’affiche sur l’objet sacré autrefois rassembleur, les portraits d’une communauté se dessinent en plusieurs temps. Et la neige qui grésille sur ce canevas inattendu, mais pas anodin rappelle celle qui parsème nos souvenirs, ceux que l’on trouve dans les albums du passé et ceux que l’on crée et que l’on partage à coups de clics. Portrait intime et social, fixe et mobile, nostalgique et contemporain, cette incursion dans le monde des deux artistes réussit à me projeter dans une double dimension, aussi paradoxale qu’une bordée de neige au printemps.

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Nouvellement arrivée à Sudbury, Maude Bourassa Francoeur est adjointe à la production de récits communautaires aux Éditions Prise de parole.